Voir supra, p
Puisque Carthage ne voulait pas céder, il ne devait espérer l'y contraindre qu'en l'isolant du côté de la mer. Dans la troisième année de son séjour en Libye, il choisit l'admirable port de Bizerte pour y créer une puissante flotte. Il n'en eut pas le temps. Ses ennemis, profitant de son retour en Sicile, firent un o-rand eiïort militaire, qui mit très vite les Grecs à leur merci. L'expédition d'Agathocle prouva donc qu'en portant la guerre sur le continent africain, on pouvait causer à Carthage de o-raves embarras, mais non menacer sérieusement son existence, si l'on n'avait pas une marine très supérieure à la sienne.
De retour dans l'île, Agathocle chercha à traiter avec le chef des bannis, Dinocrate. Il se déclara prêt à renoncer à Syracuse, où le gouvernement démocratique eut été rétabli; il demanda à o-arder seulement Thermal^ et Céphaloidion, avec le territoire de ces villes ^ Ses offres ne parurent pas sincères. Il conclut alors la paix avec les Carthaginois % désireux, après une lutte si lon"-ue, de recouvrer sans combat les villes qu'il leur avait enlevées dans leur province sicilienne \ En échange de ses restitutions, ils lui versèrent une somme d'argent^ et 200 000 médimnes de blé^ Espéraient-ils qu'Agathocle et Dinocrate s'use-
1. Cette ville faisait partie delà province punique, ce qui prouve qu'Agathocle n'avait pas l'intention de s'entendre avec les Carthaginois (de Sanclis, p. 187). ' 2. Diodore, XX, 77, 3.
3. Id. XX, 79, 5 : dans la troisième année de la 118' Olympiade (303-5 avant J.-C). Voir aussi Justin, XXII, 18, 5.
4. Parmi ces villes, on connaît Thermal, Héracléa, Sélinonte, Ségeste (voir p, 55). Agathocle avait dépouillé et massacré la population de Ségeste et il l'avait remplacée par des déserteurs, en donnant à la ville un nom nouveau,. Aixa'.OTïoXt;.
5. Une somme en or qui équivalait à 300 talents d'argent, ou, selon Timée, à 150 : Diodore, XX, 79, 5. On a supposé qu'il n'y a pas là contradiction, et que les 300 talents étaient des talents carthaginois qui valaient deux fois moins que les talents indiqués par Timée : Hultsch, Griechische und rômisclie Métrologie, 2" édïl.^ p. 429 (conf. Meltzer, I, p. 529). M. de Sanctis (p. 190, n. 1) croit que l'indemnité fut fixée à 300 talents euboiques, mais que les Carthaginois n'en payèrent que la moitié en or; le reste aurait été payé en blé (les 200 000 médimnes dont parle
Diodore).
0. C'esl-à-dire 105 000 hectolitres, si ces médimnes équivalaient à un peu plus d'un demi-hectolitre.
raient l'un l'autre et qu'eux-mêmes pourraient ensuite devenir les arbitres des Grecs affaiblis? S'ils eurent cette pensée, ils se 'trompèrent. Peu de temps après, Agathocle, devenu roi, était le maître incontesté de toute la Sicile orientale. Dans les années qui suivirent, il se tourna vers l'Italie du Sud et ne fit rien contre ses anciens ennemis. Cependant il n'avait pas renoncé à reprendre un jour la guerre en Afrique. Disposant d'une belle armée, il s'était constitué la marine nécessaire : il avait 200 grands vaisseaux, avec lesquels il comptait bloquer Carthage et l'empêcher de recevoir de Sicile et de Sardaigne des approvisionnements de blé. La mort le surprit en 289 ^
Agathocle disparu, les querelles des Grecs de Sicile recommencèrent". Les Carthaginois les entretinrent et en tirèrent profit. Ils intervinrent à Syracuse et purent même se faire remettre 400 otages. Un peu plus tard, vers 280, ils remportèrent un succès sur Hicétas, tyran de cette ville, qui, ayant vaincu Phintias, tyran d'Agrigente, les avait attaqués. Contre Phintias, ils protégèrent Henna (au centre de l'île) et y mirent une garnison ^ Dans les îles Eoliennes, ils prirent possession de Lipara, utile à leurs flottes pour surveiller le détroit de Messine*. Enfin, en 278, ils envoyèrent 100 vaisseaux et une