De 167 à lîiO avant notre ère
vécut dans la familiarité des Scipions; il recueillit en particulier les souvenirs de Lœlius*, lieutenant et confldent de Publius. Il put aussi s'entretenir avec Masinissa^, dont le concours avait été si utile aux Romains, et même avec des Carthaginoise Capable d'apprécier la valeur des témoignages, fort expert dans les choses militaires*, il mérite toute confiance^; l'admiration, d'ailleurs justifiée, qu'il ressentait pour Scipion l'Africain et les attaches qu'il avait avec les parents de ce grand homme ne lui ont pas fait altérer la vérité".
Ïite-Live a consacré à la guerre d'Afrique une partie de son vingt-neuvième livre et le trentième tout entier'. Il fait parfois des allusions à des écrivains qu'il a consultés^; leur nombre
l.Polybe, X, 3, 2.
2. IX, 25, 4 (à propos d'Hannibal). Polybe connut probablement Masinissa en l'année 150 (voir p. 308, n. 3), par conséquent plus d'un demi-siècle après la bataille de Zama. Le roi était alors fort occupé d'une guerre contre les Carthag^inois. Il ne trouva sans doute pas beaucoup de temps pour causer avec Polybe d'un passé déjà lointain.
3. IX, 25, 2. Des Carthaginois, prisonniers de guerre, otages, ambassadeurs, hùtes de nobles Romains, avaient pu donner à des informateurs de Polybe des renseignements sur ce qui se passa de leur côté.
4. Tile-Live (XXX, 35, 5) fait allusion à lui dans un passage où il mentionne des « periti militiae • {infra, n. 8). Voir aussi p. 345.
5. Pour des critiques injustiQées adressées à Polybe au sujet de la bataille de Zama, voir p. 272.
6. C'est par lui que nous connaissons la conduite assez louche de Scipion à l'égard de Syphax (voir p. 223-5). Les chroniqueurs romains, et même l'honnête Tite-Live n'ont pas dit la vérité sur cet épisode.
7. Il parle des préparatifs de l'expédition dès la fin du livre XXVIII.
8. XXIX, 25, 1-3 ; « quantum militum in Africa transporlatum sit, non parvo numéro inter auctores discrepat... Quidam non adiecere numerum ». Tite-Live cite ici des chiffres empruntés à trois sources diverses (dont l'une peut être Polybe); il ajoute que Cœlius ne donnait aucun chiffre. Il a donc consulté quatre auteurs (à moins que ces chiffres différents n'aient été recueillis par un de ses devanciers, auquel il les aurait empruntés). Appien {Lib., 13) dit que Scipion emtaena 16 000 fantassins et 1 600 cavaliers. Un des trois auteurs auxquels Tite- Live fait allusion donnait les mêmes chiffres. Ce n'était probablement pas Valerius Antias, dont Appien ne paraît pas s'être servi (voir p. 202). Ce n'était pas non plus Polybe, dont on ne retrouve dans Appien aucune trace. — XXIX, 27, 13 : « permultis Graecis Latinisque auctoribus credidi ». — XXIX, 29, 4 : « ... quem quidam cum ducentis haud amplius equitibus, plcrique cum duum milium equitatu tradunt venisse >•. Il est probable que quidam désigne ici Polybe : voir p. 215, n. 3. — XXIX, 35, 2 : « duos ... duces ... interfectos non omnes auctores sunt ». Les auteurs qui s'écartent de la version (]iie Tite-Live adopte et qu'il a sans doute empruntée à Polybe sont très vraisemblublement
paraît avoir été plus restreint que ces vagues mentions ne le feraient croire. Au dernier chapitre du livre XXX, il cite expressément Polybe, en le qualifiant d' « auteur qu'il ne faut nullement dédaigner* ». On peut regretter que l'éloge ne soit pas plus chaleureux, car l'historien latin doit beaucoup à son devancier. Sachons-lui gré, du moins, d'avoir suivi un excellent guide : il nous permet ainsi de combler, dans une certaine mesure, les lacunes du texte de Polybe. C'est d'après -celui-ci qu'il raconte tous les événements militaires^. D'ordinaire, il le traduit^ non sans quelques infidélités : inadvertances d'un lecteur pressé, ou menus contresens*. Çà et là, il insère de courtes additions, des variantes, prises dans des sources romaines, entre autres Cœlius et Valerius Antias, qu'il nomme ''. C'est aussi à des chroniqueurs romains qu'il emprunte ■des développements sur les préparatifs de l'expédition et sur des faits qui, durant cette expédition, se passèrent en Italie. Son récit est alors plus ou moins apparenté à ceux d'Appien €t de Dion Cassius.
Ces deux auteurs^ sont tout à fait indépendants de Polybe'.
Cuilius et Valerius Antias, mentionnés aussitôt après. — XXX, 3, 6 : « pars maior auctores sunt ». Il suit ici Polybe et signale une version dilTérente, donnée par Valerius. — XXX, 16, 12 : indications empruntées à trois sources dilTérenles, dont Tune est sans doute Polybe. — XXX, 35, 5 : « omnium peritorum niilitiae illam laudem adeplus ». Il i^emble bien que, derrière cet omncs, il n'y ait qu'un seul auteur, Polybe. — XXX, 43, 2 : « quidam tradunt ».
1. XXX, 45, 5 : « Polybius, haud(iua(iuatn spernendus auctor ».
2. Cela est unanimement admis : voir, par exemple, Zielinski, p. 88-101; Ilesselbarth, p. 2GI et suiv.; Kahrstedt, p. 329, 333, 341. — On ne voit pas que Tile-Live ait consulté d'autres auteurs grecs que Polybe.
3. Avec certaines modidcalions dans la manière de présenter les faits et dans \n rédaction : Tite-Live prétendait garder son indépendance litléraire ^Wiite, dans n/icinisches Muséum, LXV, 1910, p. 278-280, 301-3. 3(33-6).
4. Voir, pour le récit de la bataille de Zama, Hcsselbarih, p. 229-233, 236; Kahrstedt, p. 353-4.
5. Cuilius : XXIX, 25, 3; 27, 14 (cité peut-être par erreur : infni p. 21:?); 35. 2. Valerius Antias : XXIX, 35, 2; XXX, 3, 6; 29, 7. Il est vraisemblable que deux passages du livre XXX (6, 8-9; 36, 7 8) sont emi^runtés ;i Valerius : infm. p. 227, n. 2, et p. 282, n. 6.
6. Oe Dion, il ne reste (jue des extraits (fragin. 56, 65-72. 75-78, ^5-90, édit. Melber)et l'abrégé de Zonaras, IX, 11-14. — A(»picn, Lib., 7-6(».
7. Quelques ressemblances entre Polybe et Appieu (voir eu particulier Polybe,
Ils ont de nombreuses indications communes, intimement mêlées à d'autres qui ne concordent pas. Nous avons d'assez bonnes raisons de supposer que l'ouvrage de Cœlius fut la principale source de Dion pour la seconde guerre punique. Il est donc probable que Dion ne l'abandonna pas quand il parvint à l'expédition africaines mais il nous semble impossible de l'afliimer -. Quant à Appien, il se rattache, sans doute par plusieurs intermédiaires, à une source directe ou indirecte de Diodore de Sicile, comme l'attestent des fragments de Diodore qui nous ont été conservés ^ On s'est demandé si Appien n'a pas reproduit Y Histoire romaine du roi Juba* : hypothèse qui ne s'appuie sur aucun argument solide ^ Il faut aussi rejeter celle qui désigne Valerius Antias comme la source d' Appien^ :
XV, 5, 4-8, et Appien, Lib., 39; Polybe, XV, 11, 1-3, et Appien, 40) peuvent faire croire qu'un des auteurs consultés par Polybe l'a été aussi par d'autres, dont Appien dépendrait.
1. Voir, après Zielinski et Hesselbarth, Kahrstedt, p. 334 et suiv., passim.
2. Un seul fait précis peut être allégué en faveur de cette hypothèse, et il n'est pas très probant. Tite-Live (XXIX, 35, 2) fait remarquer que, dans un combat de cavalerie, un certain Hannon fut fait prisonnier, selon Cœlius et Valerius Antias, et non pas tué, comme l'indiquait l'auteur qu'il a suivi (sans doute Polybe). Or la version attribuée aux deux chroniqueurs romains se retrouve dans Dion (et aussi dans Appien). — Puisque nous ne constatons dans Dion aucune trace de Polybe, celui-ci aurait été laissé de côté par Cœlius pour les dernières années de la guerre. Mais on ne voit pas pourquoi Cœlius se serait séparé d'un auteur dont, très vraisemblablement, il avait fait jusque-là grand usage.
3. XXVII, 6-18. Voir en particulier XXVII, 10, et Appien, Lib., 33, où les termes sont presque les mêmes : la source commune était donc écrite en grec. Des variantes paraissent cependant prouver que Diodore et Appien ne se rattachent pas immédiatement à cette source.
4. L. Keller, Der zweite punische Krieg und seine Qiiellen (Marburg, 1875), p. 1-34 (après C. Peter et H. Mssen). Conf. A. von Gutschmid, Kleine Schrifien, V, p. 347; Wittinghausen, dans Wiener Studien, XIX, 1897, p. 306; Veith, dans Kromayer, Antike Schlachtfelder, III, 2, p. 581.
5. L'événement le plus récent que mentionne Diodore (XVI, 7, 1) se passa probablement en 36 avant J.-C. (Schvvartz, dans Real-Encyclopâdie, V, p. 663). Juba naquit environ quatorze ans plus tôt. Par conséquent, il ne débuta dans l'érudition qu'après l'achèvement de la Bibliothèque de Diodore, lequel ne peut dépendre de lui. Il serait. donc nécessaire de supposer que Diodore et Juba avaient copié le même auteur, un Grec ou un Romain. Or, si l'on a désigné Juba comme la source d'Appien, c'est parce qu'on a cru (à tort, du reste) reconnaître une sorte d'accent africain dans l'auteur dont Appien s'est servi.
6. Opinion dllesselbarlh. Contra : Schwartz, Eeal-Encyclopadie^ II, p. 218; Kahrsteùt, p. 339, 344, 346, 350, 358.
ce dernier ne donne pas certaines indications attribuées formellement à Valerius par Tite-Live*. Enfin, l'on n'a pas prouvé que l'auteur dont Appien dépend ait consulté celui qui fut mis à contribution par Dion Gassius^ : les concordances peuvent s'expliquer par de communs échos d'un ou plusieurs ouvrages antérieurs \ Nous trouvons aussi dans le court résumé d'Eutrope* des échos de traditions apparentées à celles qu'Appien a recueillies, mais avec des variantes ^ De l'annalistique romaine, dont les courants ont été nombreux et se sont mélangés, nous ne connaissons presque rien : quelques noms d'auteurs et de maigres citations. C'est peine perdue de chercher à remonter aux sources. La valeur historique de cette littérature était fort médiocre^ : il suffit, pour s'en convaincre, de comparer les deux récits de la bataille de Zama par Polybe et par Appien'.
1. XXX, 3, 6; 29, 7. — XXX, 6, 8, qui paraît provenir de Valerius, ne concorde pas, pour le chiffre des pertes, avec Appien, Lib., 23. Pour l'indemnité de guerre exigée par Scipion en 203, Appien {Lib., 32) donne un chiffre différent de ceux (jue Tile-Live (XXX, 16, 12) dit avoir trouvés dans divers auleurs, parmi lesqurls il faut sans doute compter Valerius, puisque Ton sait que Tite-Live l'a consulté.