‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 191 sur 407 · XXIX · texte numérisé non relu

XXIX

SClPlOiN ET HANNIBAL. 211

côte africaine et la poussa vers l'île d'^Egimure S et qu'elle reprit sa route avec peine ; que les soldats, voyant les vaisseaux en péril, n'attendirent pas les ordres de leur général et se précipitèrent sans armes dans des barques, comme de véritables naufragés; qu'ils parvinrent au rivage en grand désordre ».

Scipion eut-il vraiment l'intention de se diriger vers les Emporia ^? Il eût pu espérer qu'il occuperait et garderait assez facilement ces villes, éloignées de Garthage. Elles paraissent avoir fait un commerce actif, sur lequel l'État punique prélevait de fortes taxes, et leurs banlieues étaient bien cultivées : Publius aurait donc privé l'ennemi de ressources importantes \ Mais la côte du golfe de Gabès est très loin de la Sicile ; dans l'intervalle, la route la plus directe passait, durant plusieurs jours de navigation, le long d'un littoral appartenant aux Carthaginois et d'ailleurs dépourvu de bons ports, où, par conséquent, les Romains n'auraient pas trouvé d'abris contre les tempêtes, ni de refuges contre les flottes puniques. Scipion eût risqué d'être coupé de ses communications. D'autre part, les villes maritimes des Syrtes n'étaient guère que des oasis, derrière et même entre lesquelles s'étendaient des espaces presque déserts. Il eût fallu les conquérir une à une et perdre ainsi du temps, pour s'assurer une base d'opérations des plus médiocres. Cependant les Carthaginois se seraient préparés à recevoir l'armée d'invasion, quand elle aurait marché vers le Nord afin de leur porter les coups décisifs. Les indications mômes de Tite-Live contredisent son assertion. Pourquoi le

Page 1