Conf. t. II, p. 128; ici, p
212 lUSTUlUt: MILITAIRE DE CAUTIIAUE.
pilote, auquel Scipion avait commandé, lors du départ, de se diriger vers la petite Syrte, lui proposa-t-il d'aborder dans le voisinage du cap Bon *? Et pourquoi reçut-il l'ordre d'aborder c( plus bas » ^ c'est-à-dire à peu de distance, car, s'il s'était agi de quelque lieu situé sur le golfe de Gabès, à plusieurs centaines de kilomètres du cap, le général se serait apparemment borné à lui répondre qu'il devait poursuivre sa route? Pourquoi le projet primitif fut-il abandonné? Un retard d'un jour, une déviation de l'itinéraire prévu ne compromettaient rien, puisque les navires portaient, af(îrme-t-on, des vivres et de l'eau pour un mois et demi. Les récits reproduits par Tite-Live ne permettent pas de croire que Publius ait été empêché par une tempête furieuse de se rendre là où il voulait aller. Faut-il préférer à ces récits celui que notre auteur attribue à Cœlius ^? xMais il se trouve qu'un hasard nous a conservé un fragment de cet historien, qui se rapporte presque certainement à l'arrivée de Scipion en Afrique ; « Tous s'approchent de la terre en même temps que la flotte (de guerre), sortent des vaisseaux et des barques, tracent le camp et dressent les enseignes * ». Ainsi, les Romains auraient débarqué en fort bon ordre, sans
1. Selon Tite-Live (XXIX, 27, 8), le pilote aurait dit à Scipion : « Mercupi prornunturiuni se cernere;si iubeateo dirigi,iamin portu fore omnem classem •>. Il n'y a pas de port au cap Bon même. A proximité, on ne trouve d'abris protégés contre le veut de Nord-Est (c'était ce vent qui souflkiitj que si l'on passe à l'Ouest du cap, par conséquent en deliors de la route des Syrtes.
2. Tite-Live, XXIX, 27, 9 : « alium infra navibus accessum petere iubet », ce qui indique l'intention d'accosler, et non pas seulement de faire halte eu cours de roule.
3. Lequel, du reste, aurait dit que Scipion, détourné de sa route par le mauvais temps, put cependant la reprendre (XXIX, 27, 14) : « aegre correctum cursum expouit (Coelius) ».
4. Fragment 41, dans II. Peter, Histor. Ronvin. fragm., p. 105: « Coelius, Annal, libro VI : Omnes simul terram cum classi accedunt, navibus alque scapliis egrediuntur, castra melati signa slatuunt -. Cette citation, faite parNonius Marcellus, a été empruntée au sixième livre de l'ouvrage (lue Cœlius écrivit sur la seconde g-uerre punique. Au septième livre, était raconté un événement qui eut lieu en 203 ou en 202 (fragment 44) : le fait mentionné ici se passa donc un peu plus tùt.ll n'y eut pas alors d'autre débarquement de troupes romaines que celui auquel Scipion présida en Afrique.
doute par un beau temps, et Tite-Live aurait commis une erreur, difficile à expliquer \ en faisant dire tout le contraire à Cœlius.
Il semble donc que Scipion ne se soit pas proposé de pousser jusqu'aux Emporia ^ mais qu'il ait voulu atterrir non loin de Carlhage, comme jadis Agathocle et Régulus, puis s'établir solidement dans un lieu du littoral d'où les communications auraient été aisées avec la Sicile et qui lui aurait servi de base pour une campagne rapidement menée en pleine province punique, jusque sous les murs de la capitale. Il ne courait guère le risque d'avoir à livrer bataille immédiatement, dans des conditions désavantageuses, puisque les ennemis ignoraient où il débarquerait; peut-être même était-il informé qu'il n'}^ avait pas de forces importantes dans la région où il allait prendre pied.
Le Ras Addar est le point de l'Afrique le plus voisin de Lilybée. On a vu que la flotte romaine parvint sans encombre dans les parages de ce promontoire. Publius voulait-il aborder près de là, dans la péninsule du cap Bon, soit au Sud-Est, vers Kelibia, comme Régulus, soit au Sud-Ouest, comme Agathocle, et fut-il entraîné contre son gré jusqu'au Ras Sidi Ali el Mekki ^? Nous croirions plus volontiers que, si la brume le retarda, il ne fut pas détourné de son but par le vent et que, désirant prendre Utique pour base d'opérations, il avait résolu, dès son départ, de débanjuer à proximité de celte ville. Il est
1. Poul-ôlre a-l-il écrit par inadvertance le nom de C(plins. au lieu du nom d'un autre historien.
2. M. Zielinski {Rivisla di storia unlicu, l. c, p 67 et 71) croit que Publius n'eut jamais cette intention, mais (ju'il la proclama très haut, comptant bien «|ue les Cartha^'iuois seraient prévenus par des espions el (lu'ainsi trompés, ils néirli-rcraient de prendre des précautions pour l'empêcher de débarquer dans le voisinage d'Utique. Cette hypothèse ingénieuse serait peut-être vraisemblable si Tite-Live ne nous disait pas (|ue Scipion attendit la veille de sou départ pour révéler aux pilotes son projet do se diriL,M'r vers les Kmporia.
3. Appien {lAb., 13) dit que Scipion fut porté par les vents vers Utique (voisine de ce cap).
214 HISTOIRE MILITAIRE DE CARTilAGE.
probable que les ancres furent jetées, non pas au cap même, mais à une dizaine de kilomètres à l'Ouest, vers Porto-Farina *, dans un mouillage quelque peu protégé par la pointe du promontoire contre les vents de Nord-Est, dominants en été, qui avaient du accompagner la flotte depuis Lilybée ^
Ayant dressé son camp au-dessus du rivage, Scipion occupa les hauteurs voisines ^ et détacha des cavaliers, à la fois pour surveiller les environs et pour les piller *. Il s'empara d'un gros bourg, habité par des indigènes ^ ; il y fit 8 000 prisonniers, hommes libres et esclaves, et beaucoup de butin, que des vaisseaux de charge transportèrent en Sicile ^ Au bout de quelques jours, il se dirigea vers Utique et s'établit à environ 1 500 mètres des murs ^ certainement au Sud-Ouest, sur la