Polybe, XIV
9. /</., XIV, 7, 9. Sans doute à partir do l'iiuondie dos camps, quoique Polybe ne l'indiiiue pas d'une njaniôre claire.
30 000 soldats puniques, numides et ibères* campa dans les Grandes Plaines-, c'est-à-dire dans la Dakhla des Ouled Bou Salem (région de Souk el Arba et de Souk el Khemis)^ Ce lieu de concentration, distant de 35 lieues au moins de Carthage, avait été sans doute choisi pour permettre à S3^phax de recevoir facilement des renforts et pour que les préparatifs pussent s'achever en sécurité, loin des Komains.
Scipion voulut écraser Asdrubal et Syphax avant d'être attaqué par eux. Il agit avec la hardiesse qui l'avait plus d'une fois servi. Après avoir donné les instructions nécessaires à la flotte et aux troupes de terre qu'il laissa devant Utique, il emmena le reste de ses forces, presque sans bagages*. Le cinquième jour, il arriva aux Grandes Plaines et dressa son camp sur une colline, à trente stades (un peu plus de cinq kilomètres) des ennemis. Le lendemain, étant descendu en rase campagne, il vint se placer à une distance de sept stades seulement du roi et d'Asdrubal. Pendant deux jours, il n'y eut que des escarmouches insignifiantes; les deux armées demeurèrent sur leurs positions. Enfin, de part et d'autre, on
1. Polybe, L c. ; conf. Tite-Live, XXX, 7, 13. Si un mois seulement s'était écoulé depuis la destruction des deux camps, il est peu probable que Syphax ait pu faire venir beaucoup de troupes de son royaume.. Pour la môme raison et parce que Garthage avait auparavant ordonné des levées très rigoureuses, Asdrubal n'avait guère dû accroître ses forces. Il faut donc admettre (à supposer que le chiffre de 30 000 hommes soit exact) que nombre de soldats des armées punique et numide réussirent à s'échapper lors de l'incendie des camps et serallièrent ensuite. Gonf. Kahrstedt, p. 549, n. 1 ; p. 550, n. 2.
2. Polybe, XIV, 7, 9, et 8, 2; conf. Tite-Live, XXX, 8, 3. Voir t. Il, p. 96, n. 9.
3. Voir, entre autres, ïissot, I, p. 61-63, 556-7; II, p. 5 et 264; Veith, p. 590. On doit, en effet, chercher ces Grandes Plaines du coté de la Numidie (voir, outre le récit de cette campagne, Appien, Lib., 68), par conséquent à l'Ouest de G.irthage, et à cinq journées de marche d'tJtique (Polybe, XIV, 8, 2). 11 n'y a que les vastes plaines de la Dakhla qui répondent à ces données. L'extrémité orientale delà Dakhla se trouve à environ 125 kilomètres d'Utique.
4. Aux 4 000 mercenaires espagnols, Scipion opposa toute l'infanterie légionnaire qu'il avait avec lui. M. Veith (/. c, p. 591, 592) en conclut que le générai romain ne disposait que d'une petite armée, et aussi que ses ennemis ne devaient pas être 30000. Gela est possible; cependant l'infanterie légionnaire était certainement beaucoup plus nombreuse que les Geltibères, qu'elle cerna et anéantit,, malgré leur héroïque défense.
SCIPION ET HAXNIBAL. 231
sortit du camp et l'on se rangea en bataille * (vers le milieu d'avril 203) ^
Suivant l'ordre usité chez les Romains, Publius mit l'infaaterie légionnaire sur trois lignes : d'abord les hastati, puis les principes et, en arrière, les triarii^. L'aile droite fut constituée par la cavalerie italienne, l'aile gauche par les cavaliers de Masinissa. Syphax et Asdrubal formèrent leur centre avec les Celtibères, leur aile gauche avec les Numides, leur aile droite avec les Carthaginois. Dès le premier choc, les Numides cédèrent devant les cavaliers italiens et les Carthaginois devant Masinissa. Quant aux Celtibères, ils se comportèrent très vaillamment. Ils savaient que la fuite ne les sauverait pas, dans ce pays qui leur était inconnu, et que, s'ils étaient faits prisonniers, ils ne seraient point épargnés : Scipion, qui, en Espagne, n'avait jamais été l'ennemi de leur peuple, ne leur pardonnerait pas d'être venus le combattre dans une armée punique. Mais la déroute des deux ailes ayant découvert leurs flancs, ils furent enveloppés par les princes et les triaires, que, par une habile manœuvre*, Publius fît avancer à droite et à gauche de. la ligne des hastats. Presque tous furent massacrés sur place. Leur résistance acharnée rendit un grand service aux Carthaginois et aux Numides, qui purent s'enfuir sans être
1. Polybe, XIV, 8, 1-4; conf. Tite-Live, XXX, 8, 1-4. Je ne pense pas qu'on puisse fixer exactement le lieu de la reiicontre. Tite-Live écrit (XXX, S, 4i
« quarto die, in acietu ulriin([ue desconsurn est ». Mais il n'en faut pas conclure que les deux camps aient «'lé situés sur des hauteurs (Tissot. I. p. 557); car l'historien latin n'a pas ici d'autre source que Polybe, i\\i\ ne dit rien de tel (conf. Veilh, p. 592). M. Veith (p. 591 et carte 1.3. 6) veut placer le premier camp romain sur une colline située à gauche de l'oued Kasseb. le camp de Syphax et d Asdrubal à gauche d(; l'oued Ht»u lleurlma (ces deux rivières sont des aflluenls de fjauche de la Medjerda), le champ de bataille au Nord-Nord-Ouest de Souk el Kherais.
2. Kntre la prise des camps, qui eut lieu vers le comniDUcemeut de njars, et la bataille des (Irandes Plaines, il s'écoula au moins 39 jours : Polvbe, XIV, 7, 9; «, 2-4.
.3. On sait que les fantassins pesamment armés étaient repartis dans ces trois catégories, selon leur ancienneté de service, les Iruirii étant les plus anciens.
4. Analogue à celles que Scipion avait (ait exécuter dans deux batailles livrées en KspaiTiU', à Pa'ctila et h flipa : Polybe, .\, 39, 3 el suiv. ; XI, J3.
inquiétés. Syphax rentra dans ses Etats avec sa cavalerie, tandis qu'Asdrubal conduisait à Carthage les soldats qui lui restaient ^
Dans un conseil de guerre tenu par Scipion, les vainqueurs décidèrent de diviser leurs forces : Lœlius et Masinissa emmèneraient les Numides avec une partie des Romains et suivraient Sypluix, pour ne pas lui laisser le temps de reprendre haleine et de s'apprêter à une nouvelle lutte; le général parcourrait la région où la bataille avait été livrée et s'emparerait des « villes » (c'étaient sans doute pour la plupart des villages et des bourgs). Parmi ces villes, les unes se rendirent, leurs habitants n'ayant pas osé résister, les autres furent aisément emportées d'assaut. Les populations étaient d'ailleurs mal disposées à l'égard de Carthage, car, depuis tant d'années que durait la guerre, elles avaient été soumises à de lourds impôts et à toute sorte de vexations 2. Scipion ramassa sans peine un immense butin, qu'il fit transporter dans son camp d'hiver, voisin d'Utique. Lui-même, comme autrefois Agathocle et Régulus, alla occuper Tunis, qui fut abandonnée par la garnison chargée de la défendre. Il voulait accroître le découragement et la terreur des Carthaginois en s'établissant tout près de leurs mu^s^
Le désastre des Grandes Plaines, survenu quelques semaines après l'incendie des camps, avait provoqué de nouvelles délibérations dans le Sénat de Carthage. Ceux qui n'étaient pas tout
1. Polybe, XIV, 8, 5-14; conf. Tite-Live, XXX, 8, 5-9. Nous avons dit:(t. II, p. 268, n. 3) qu'Appien ne connaît pas la bataille des Grandes Plaines. Dans Zonaras <1X, 12, p. 439, a), nous ne trouvons qu'une courte indication, d'ailleurs très inexacte : dans la matinée qui suit la destruction des deux camps par Scipion, des Espagnols, venus pour combattre avec les Carthaginois, tombent à l'improviste sur les Romains et en tuent un grand nombre.