Le chilTre varie dans les manuscrits de Tite-Live
:{. Tite-Live, XXX, tO, 7-21. — Dion Cassius racontait ce combat naval d'unemanière un peu dilTérente. Une flolte punique, dit Zonaras (IX, 12, p. 439, 6), fut envoyée contre le camp d'hiver des Koniains, soit pour essayer de le prendre, soit pour écarter Scipion du voisinage de Carthage. Kn elîet, Publius retourna à son camp, afin de le défendre. Le premier jour, les Romains repoussèrent sani peine les ennemis. Le lendemain, ils eurent le dessous. Les Carthaginois capturèrent des vaisseaux en faisant usage de mains de fer. Mais ils nosèrent pns déliarquor. — Dans .Appien, la ilotle larlfiaginoise livre deu.x combats à des dates diverses. Au temps où Scipion est devant Carthage, avant la mauvaise saison, l'amiral Amilcarsort avec 100 vaisseau.x et se dirige vers le camp naval romain, pour capturer 20 trirèmes (jui s'y trouvent : il espère que Scipion n'aura pas le temps d'intervenir. Mais Publius envoie l'ordre de protéger les galères par un rempart de transports (Appicn donne ici des détails analogues à ceux (jue nous lisons dans Polybe et dans Tite-Live); puis il vient lui-même présider à ce travail. La bataille s'engage et les Carthaginois sont repoussés. Voir Appien, Lib., 24 et 25. rius loin (ibid., :J0), cet auteur mentionne une attaque soudaine d'Amilcar contre des vaisseaux romains: les Carthaginois prennent une Inrème et six trans[)()rls. Ces deux récits font évidemment double emploi. Ils se rapportent au seul coMibat ([ue raconte Tite-Live. d'après Pt>lybe. Conf. /ieliii^Ki. Hit- It'lzU'n Jahrc, p. 01.
236 lIISTOmE MILITAIRE DE CARTI1A(JE.
tueuse contre IJizcrte, dont la possession lui eût procuré un port très sûr pour sa (lotte \
Cependant Lœlius et Masinissa s'étaient dirigés vers l'Ouest. Ils renoncèrent, semble-t-il, à poursuivre 8ypnax, qu'ils n'auraient pas pu atteindre ^ Au bout d'environ quinze jours, ils entrèrent en Numidie, dans le royaume des Massyles. Ceux-ci accueillirent avec bonheur le prince qui leur était cher; les gouverneurs et les garnisons installés par Syphax furent chassés ^ Le roi des Mascesyles était réduit à ses anciens Etats. Il n'avait pas l'intention de s'y tenir en repos. Sa femme le poussait à prendre une revanche et il disposait d'assez d'hommes et de chevaux pour croire qu'il aurait le dessus. Il rassembla donc une armée aussi nombreuse que la précédente, mais qui n'était qu'une masse de nouvelles recrues, et il la conduisit à l'ennemi. Les deux camps furent établis très près l'un de l'autre, vraisemblablement à peu de distance à l'Est de Cirta*. Une escarmouche entre quelques éclaireurs attira les deux cavaleries. Les Massesyles, bien supérieurs en nombre, allaient sans doute l'emporter, quand l'infanterie romaine, arrivant au pas de course, vint se placer entre les escadrons, les soutint et arrêta l'élan des barbares, qui chargeaient d'une manière désordonnée. Ces derniers, déconcertés, retiennent
1. Il n'était pas devant Tunis quand Syphax fut amené à son camp (vers le mois de juillet), ni quand Lcclius et Masinissa retournèrent auprès de lui, quelque temps après. Voir Tite-Live, XXX, IG, 1. — Appien {Lib., 30) dit qu'Hannon attaqua sans succès les Romains qui assiégeaient Clique; que Scipion, désespérant de prendre cette ville, alla assiéger llippo, mais qu'il ne fut pas plus heureux; que, par dégoût, il brûla ses machines et se borna désormais à parcourir et à piller le territoire ennemi. Il ne faut pas oublier que les indications d'Appien sont très sujettes à caution.
2. Entre le lieu où la bataille dite des Grandes Plaines fut livrée et Cirta, capitale de Syphax, la distance était d'environ 70 lieues. Elle aurait pu être franchie en une dizaine de jours. Or le royaume des Massyles s'étendait dans l'intervalle et s'avançait probablement vers l'Est juscjue dans le voisinage des Grandes Plaines. Pourtant, selon Tite-Live, les vainqueurs n'y pénétrèrent qu'après deux semaines.
3. Un passage de Polybe (XV, 4, 4) atteste cependant que Masinissa ne redevint pas aussitôt maître de tout son royaume.
4. Appien {Lib., 26) dit que l'on se battit sur les bords d'une rivière.
SGIPION ET HANMBAL. 237
d'abord leurs chevaux, puis ils plient devant les fantassins et se laissent enfoncer par les cavaliers, auxquels l'appui de l'infanterie rend courage. Syphax s'élance, espérant ramener les siens, mais il est jeté à terre par sa monture qui s'abat, grièvement blessée. On le prend et on le remet vivant aux mains de Lœlius. Ce combat, où les Masœsyles n'engagèrent que leur cavalerie, ne fut pas très sanglant : il y eut seulement, dit Tite-Live, oOOO hommes tués. Près de 2 oOO Numides furent faits prisonniers dans le camp où ils s'étaient enfuis en apprenant qu'ils avaient perdu leur roi. Beaucoup d'autres se réfugièrent à Cirta, capitale de Syphax'. La bataille fut livrée, d'après une indication d'Ovide-, le 24 juin du calendrier romain, qui, à cette époque, ne s'écartait peut-être pas beaucoup de l'année astronomique ^
1. Tite-Live, XXX, Il et 12, i-5. Il y a tout lieu de croire qu'ici, comme pour le reste des événements militaires de la guerre d'Afrique, Tite-Live a copié Polybe (quoi qu'en pense M. Zielinski, p. 71 et 103). — Dans Appien (Li6., 26), une lutte s'engage entre Masinissa et Syphax, dont les troupes sont mises en fuite: le cheval de Syphax. blessé par un combattant, renverse son maître; Masinissa accourt, s'empare du roi des Masœsyles, ainsi que d'un de ses fils, et, aussitôt, les envoie tous deux à Scipion, Selon Dion (apud Zonaras, IX, 13, p. 440, c), Vermina, le fils de Syphax dont nous avons parlé précédemment (p. 195). fut fait prisonnier avec son père. — On a rapporté à la prise de Syphax un passage de Cœlius (dans H. Peler, Histor. Roman, fraym., p. 105, n"' 44), cité par Nonius Marcellus : « Coelius Annali lib. VII : Ipse régis eminus equo ferit pectus adversum; congenuculat percussus, deicit dominum ». Le mot ipse pourrait désigner Masinissa. Dans ce cas, le récit d'Appien ne reproduirait pas celui de Cœlius, puiscjue, daprès -\ppien, ce ne fut pus Masinissa qui abattit le cheval de Syphax. Mais peut-être celle citation provient-elle d'un récit de la bataille de Zama : Cœlius y aurait raconté un prétendu duel de Masinissa et d'Hannibal, épisode qui se retrouve dans Appien (Lib., 46 : un javelot, lancé par Hannibal, atteint le cheval de Masinissa; le roi est jelé à terre), — Légende dans Joannes Lydus,. De mensibus, IV, 63, 102 : Syphax est juché sur un éléphant, qu'un Romain, C. Rutilius, prétendu ancêtre de Jules (^ésar, abat de son javelot. — Pour les morts. .Appien {Ub., 2»i) donne ces chilTres fantaisistes : 75 Humains, 300 .Numides du coté de Masinissa, environ 10 000 du côté de Syphax. Les vainqueurs, ajoutet-il, firent 4 000 prisonniers, dont 2 .")00 Massyles : c'étaient des sujets de Masinissa, qui pria Lalius de les lui livrer et les massacra.