‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 217 sur 407 · Fastes, IV, 709 : • superat Masinissa Syphacem · texte numérisé non relu

Fastes, IV, 709 : • superat Masinissa Syphacem

3. La bataille dos Grandes Plaines semble avoir été livrée vers le milieu d'avril (voir p. 231). LaMius et .Masinissa ne pénétrèrent en Numidie que quinze jours environ après celte bataille «Tite-Live, XXX, 11. 1). Il est dtuic impossible de placer la prise de Syphax à la lin d'avril ^comme le fait .M. Kahrsledl, p. 560, u, 1). Le roi des Masa-syles n'aurait pas pu rcconsliluer en quelques jours une nouvelle

Masinissa obtint de Lœlius l'auto risation de se rendre en toute hâte à Cirta avec la cavalerie, afin de profiter du désarroi des ennemis pour occuper la ville; Lœlius et l'infanterie le suivraient sans se presser. Quand il fut devant les murs, il fit appeler les chefs de la cité, mais, comme ils ignoraient encore le malheur de leur souverain', ni le récit de ce qui s'était passé, ni les menaces, ni les conseils ne purent les décider à se soumettre. Il fallut leur montrer Syphax, chargé de chaînes ; car Masinissa l'avait amené-. Alors on ouvrit les portes au vainqueur ^ Il courut au palais. Sur le seuil, attendait Sophonisbe, qui, reconnaissant le roi à son extérieur et à ses armes, se jeta à ses pieds et le supplia de ne pas la laisser tomber au pouvoir d'un Romain. Cette jeune femme était sibelle que Masinissa, fort ardent, comme tous les Numides, en devint subitement amoureux et lui fit la promesse qu'elle implorait. Pour tenir sa parole, il ne trouva pas de meilleur moyen que de l'épouser le jour même : ainsi, elle cesserait d'être une captive dont le sort dépendrait de Lcelius ou de Scipion. La cérémonie nuptiale était célébrée quand Lœlius entra dans Cirta. Il ne dissimula

armée- de leur côté, Lœlius et Masinissa furent occupés dans le pays massyle. Un intervalle de deux mois entre les deux batailles paraît donc être un minimum. On ne peut accueillir une indication d'Appien (Li6., 26), qui place la prise de Syphax en hiver, car il faudrait admettre un écart d'environ six mois entre le calendrier officiel et Tannée astronomique : hypothèse invraisemblable. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner la question fort embrouillée du calendrier romain à l'époque de la seconde guerre punique, question sur laquelle les ^vis des savants diffèrent beaucoup : ainsi, selon M. Varese {Cronologia romana^ I p. 307 et suiv.), ce calendrier aurait été en relard de trois à quatre mois; selon M. Kahrstedt (p. 370, n. 2; p. 448; p. 560, n. 1), en avance de deux mois, ou d'un peu plus; selon M. Pareti {Atti delV Accademia délie scienze di Torino, XLIV, 1910-1, p. 320 et suiv.), il aurait été à peu près d'accord avec l'année astronomique. Nous croyons que cette dernière opinion est exacte pour la fin de la guerre (conf. p. 246, n. 1.

1. Il faut donc supposer que tous ceux qui, du champ de bataille, s'étaient enfuis à Cirta l'ignoraient aussi. Cela n'est pas très vraisemblable.

2. Si Masinissa avait montré tout de suite son prisonnier, il se serait épargné des discours bien inutiles.

3. Tite-Live, XXX, 12, 0-10. Syphax prisonnier montré aux gens de Cirta : Zonaras, IX, 13, p. 439, d. Dans Appien (Li6., 27), les habitants de la ville envoient des députés pour se rendre.

SCIPION ET HANMBAL. nO

pas son mécontentement ; il pensa même à faire saisir Sophonisbe et à l'envoyer au général, avec Syphax et les autres prisonniers. Mais, fléchi par les prières de Masinissa, il consentit à remettre à Publius le soin de décider quel serait celui des deux rois dont elle partagerait la fortune ^ Avec l'aide de Masinissa, il reçut la soumission de quelques bourgs, où se trouvaient des garnisons^.

L'arrivée de Syphax, ce prince dont on exaltait la puissance pour rehausser la victoire romaine, excita une vive curiosité dans le camp de Scipion. Publius fut ému à la vue de celui dont il avait été l'hôte et il le traita avec humanité. Syphax excusa, dit-on, sa conduite en alléguant que la Carthaginoise lui avait enlevé la raison; il ajouta qu'une consolation lui restait ; c'était de savoir que son plus grand ennemi avait accueilli cette femme fatale, qui le perdrait ^

Quand Masinissa vint à son tour, accompagnant Lœlius, le général le combla de louanges en public, mais ensuite, dans un entretien secret, il lui reprocha vivement ce mariage précipité avec une épouse, une fille d'ennemis de Rome, et la faute qu'il avait commise en distrayant Sophonisbe d'un butin qui était la propriété du peuple romain. Le Numide se retira dans sa tente et, seul, s'abandonna quelque temps à sa douleur. Puis il appela un esclave, auquel il ordonna de porter une coupe de poison à Sophonisbe \ Elle la prit et la but, sans manifester aucun effroi °. 11 est difficile et il n'importe peut-être guère de

1. Tite-Livc, XXX, 12, 10-22. Pour le mariage de Masinissa et de Sophonisbe, voir aussi Diodore, XXVII, 7; Appien et Zonaras, //. ce.

2. Tilc-Livc, XXX, 12, 22 : « Cèleras urhes Nuinidiae, qune praesidiis re"-iis tenebanlur, adiuvanle Masinissa recepit ». Le nwl esteras est inexart. car la conquête du royaume de Syphax fut seulement commencée : voir Polybe, XV, 4, 4.

;j, Tite-Live, XXX, l:{. Voir aussi Diodore, XXVII. 0 et 7; AppitMi. Lib., 27-2S; Dion, fragm. 56, 76, et Zonaras, IX, 13, p. 440, a.

4. Kilo aurait donc été amenée au camp romain. Tile-Live a pris soin de nous dire auparavant (jue La^lius et Masinissa étaient convenus de remettre à Scipion le sort de Sophonisbe. Dans Appien {Lib., 27), Masinissa. revenant auprès de Scipion, laisse Sophonisbe à Cirta.

5. Tile-Live, XX.\, li-lo. Pour la mort de Sophonisbe, voir aussi Zonaras, i.\, 13,

faire exactement la part de la vérité et la part de la légende dans ce célèbre récit de Tite-Live, quoi qu'en pensent ceux qui s'appliquent à débarrasser l'histoire ancienne de tout épisode dramatique ou pittoresque.

Le lendemain, Scipion réunit ses troupes et, devant elles, fit l'éloge de IMasinissa, auquel il donna pour la première fois le titre de roi».

Lselius alla conduire à Rome Syphax et des chefs numides qu'on avait aussi faits prisonniers^ En même temps partirent des députés de Masinissa, qui prièrent le Sénat de confirmer à leur maître la dignité royale et la possession des États de son père^ Syphax fut envoyé en captivité à Alba Fucens* et, plus tard, à ïiburS oii il mourut ^

p. 440, b-c (Masinissa lui-même offre le poison à la Carthaginoise); Diodore, XXVII, 7 (m6me version); Appien, Lib., 28 (Masinissa retourne à Cirta, sous prétexte d'y chercher Sophonisbe et de la livrer à des Romains qui sont partis avec lui. Il la voit en secret et lui offre le poison. Il relourne ensuite auprès de Scipion, qui le félicite d'être délivré d'une méchante femme). — Une peinture de Pompéi (W. Ilelbig, Wandgemcllde der Stddte Campaniens, p. 313, n° 1385; J. J. Bernoulli, Rômische Ikonographie, I, p. 56-59 et pi. IV) passe pour représenter la mort de Sophonisbe. On y voit une jeune femme, couchée sur un lit et tenant une coupe; derrière elle, un jeune homme, qui serait Masinissa; ils ont l'un et l'autre la tète ceinte d'une étoffe blanche, qui serait un diadème. Devant le lit, se tient un homme chauve, ressemblant à de prétendus portraits de Scipion (dont la plupart sont, en réalité, des prêtres d'Isis : voir, après Dennison, Wolters, dans Archàol. An:eiger, 1910, p. 470-2); il n'a pas le costume d'un général romain. Il est suivi d'un serviteur, portant un plateau. Dans le fond, deux femmes assistent à la scène. Il est fort douteux que l'explication proposée soit exacle. L'artiste aurait commis une véritable absurdité en faisant assister Scipion à la mort de Sophonisbe.

Page 1