‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 229 sur 407 · Polybe, XV · texte numérisé non relu

Polybe, XV

4. Id., XV, 5, 3. Conf. Tile-Livo, XXX, 29, 1 (au texte de Polybe, qu'il copie. il ajoute qu'IIannibnl ga^na Zaïna magnis ilincribus).

5. On y a trouvé l'inscsiption C. I. L., VIH, 12018, nommant un inai^istrat de la colonia Zamensis. C'est aussi cette Zama, voisine d'Abthujrni et de Furnis, que mnntioniK' un document ecclésiastique du iv" siècle de notre ère : voir C. I. L., VUl, p. 1240.

6. Allas archéol. de la Tunisie, f de Jama, n° 72. A Jama a été découvert le fragment d'inscription C. /. L., Vlll, 10442 : a ... Aug^usta) Zama M... [d^cvota, etc. • — Cette inscription, a-t-on dit, prouve seulement tjue le lieu où on l'a recueillie se trouvait sur le territoire d'une ville appelée Zama (Pareti, dans Alti deU'Accadcinia délie scienzc di Torino, XLIV, 1010-1, p. 304). Mais le nom actuel, Jama, écarte toute incertitude. D'autre part, la Zama du (IocuuumU ecclfsia>ti(|ue cité h la note précédente n'était certainement pas à Jama, mais s'élevait dons la région de Sidi Amor el Djedidi : il est donc plus ([ue probable qu'elle était située en ce lieu, où l'on a découvert une inscription mentionnant une colonia Zamensis.

^56 HlSTOlllE MILITAIRE DE CARTHAGE.

jerda ^ La seconde a laissé des ruines i)lus étendues que la première, ce qui, d'ailleurs, ne prouve pas qu'elle ait été plus importante à l'époque punique. Sur l'inscription découverte à Jama, le nom de Zama est suivi d'une épithète commençant par une M; le reste du mot manque. Le géographe Ptolémée indique en Afrique une Zama la Grande, Zàaa Mî'l^cov : une des villes appelées Zama devait donc être qualifiée par les Latins de Maior, une autre, sans doute, de Minor. Si l'un de ces deux mots figurait sur la pierre aujourd'hui mutilée -, nous pouvons croire que c'était M[aior\ : l'épithète, propre à llatter la vanit-é des hahitants du lieu, eût été bien à sa place sur une dédicace faite par leurs soins, tandis qu'ils auraient vraisemblablement omis le qualificatif Minor j si on l'avait appliqué à leur patrie.

D'autre part, une ville nommée Zama Regia existait dans la région où se trouve Jama ^ Il est naturel d'identifier Zama la Royale avec la Zama qui servit de capitale au roi Juba I", contemporain de Jules César *, avec celle aussi qui, vers la fin du second siècle avant notre ère, était, au dire de Salluste, une grande ville, citadelle de la partie du royaume où elle

1. Pour cette question de Zama, voir la carte très claire dressée par Veith, l. c, ■carte 11, 6 (avec les croquis topographiques en haut et à droite. Conf. notre petite carte à la p. 97 du t. II).

2. Cela ne me parait pas aussi évident qu'à d'autres. On a cru lire sur l'inscription un 0, qui aurait fait partie du mot commençant par M. La présence de cette lettre rendrait plus vraisemblable l'une des restitutions M[ai]o[r'\, ou M[in]o[r], mais elle est fort incertaine (voir l'annotation au Corpus).

3. Table de Peutinger : Assures (sic) — X — Zamareigia {sic) — XX — Seggo — X — Avula — VII — Autipsidam — VI — Uzappa. Jama est située à environ 26 kilomètres au Nord-Est des ruines d'Assuras et à 23 à vol d'oiseau (33 environ en tenant compte des difficultés du terrain) au Nord-Nord-Ouest de celles d'Uzappa. Si la Table atteste que Zama Hegia était dans la môme région que Jama, elle n'autorise cependant pas à affirmer qu'elle se soit élevée à Jama même, puisque, comme on le voit, les distances ne concordent pas. Zama Regia fit partie sous le Bas-Empire de la province de Byzacène (C. /. L., Vi, 168G), mais cela ne permet pas de l'identifier avec Jama. Nous ignorons en effet si ce lieu appartenait à la Byzacène ou à la Proconsulaire. La limite des deux provinces passait dans le ■voisinage, car Assuras était en Proconsulaire et Uzappa en Byzacène.

4. Bell. Afric, XCI, 1. Vilruve, VIII, 3, 24. Strabon, XVII, 3, 9.

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s'élevait *. Salluste affirme que Zama était située en plaine et mieux défendue par l'art que par la nature ^. Cela ne convient pas aux escarpements de Jama, qu'entoure un pays très raviné, ni davantage au plateau de Sidi Amor el Djedidi, dont les environs immédiats sont assez accidentés ^ Si l'on ne veut pas rejeter le témoignage d'un ancien gouverneur de VAfrica nova, province qui comprenait les deux Zamas actuellement connues, on doit admettre l'existence d'une troisième ville de ce nom *, située dans quelque plaine de la Tunisie centrale, probablement non loin de Sicca (Le Kef), de Mactaris (Maktar), d'Assuras (Zanfour), d'Uzappa (Ksour Abd el Melek) et de la Zama de Jama'.

Polybe ne donne qu'une seule indication au sujet de la Zama près de laquelle Hannibal établit son camp. Elle était, dit-il, à cinq journées de marche de Carthage, dans la direction de l'Ouest^. Or Sidi Amor el Djedidi se trouve à environ 115 kilomètres au Sud-Sud-Ouest, Jama à 140 kilomètres au Sud-Ouest

1. Jugurlha, LVI, 1 : « urbem magnam et in ea parte qua sita erat arcem regni, nomine Zamam ». Une indication de Salluste {ibid., LVI, 3, et LVIl, 1> montre que cette Zama n'était pas très éloignée de Sicca (Le Kef) : conf. Veith, p. 619.

2. Ibid., LVII, 1 : « id oppidum in campo situm magis opère quam natura munitum ».

3. Voir Veith, p. 620-1, 628-630 (et les croquis à la carte 11).

4. Telle est l'opinion de M. Veith, p. 621 et suiv. M. Merlin {Journal des Savants, 1912, p. 513) est disposé à la partager.

5. Pour Sicca, voir supra, n. 1. Pour Mactaris, Comptes rendus de l'Acad. des Inscriptions, 1898, p. 276 : inscription mentionnant un curateur commun aux Mactaritani etaux Zamenses Regii. Pour les autres villes, Table de Peulinger, L c, S'appuyant sur cette carte, Toussaint {Bull, archéol. du Comité, 1899, p. 187 eltSS) suppose et M. Veith (p. 621-4) soutient que Zama Regia était au lieu appelé Henchir Seba Biar, à 13 kilomètres à l'Est de Zanfour. sur le bord d'une plaine, au pied du djebel Massouge (conf. Pareti, l. c, p. 319). Mais, quel que soit le tracé que l'on adopte entre Assuras et Uzappn, on n'arrive pas à faire concorder les chiJTres de la Table avec les données du terrain. Il est impossible de tirer une conclusion d'indications certainement inexactes. L'hypothèse la plus vraisemblable serait encore celle qui identifierait Zama Regia avec Jama, si le texte de Salluste ne s'y opposait pas. Contre l'hypothèse de M. Veith, voir Merlin, l. r.^ p. 512-3.

6. XV, 5, 3 : 7i6Xt(; âTt^j^ouaa Kap-^Yiôôvoç w; itpb; ràç ô'j<j£t; ô6bv Ti{x?pa>v itlvt» (noter d)?, qui maniue qu'il s'agit d'une indication approximative). Conf. Tite- Live, XXX, 29, 2.

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de Cartilage. S'il faut choisir entre ces deux lieux, rorienlation et la distance conviennent plutôt à Jama '.

Dans l'incertitude où nous sommes, il est malaisé de deviner les motifs qui déterminèrent Ilannibal à se rendre d'IIadrumète à Zama et à s'arrêter près de cette dernière ville. Polybe néi^liire de nous dire où était alors Scipion. Parcourait-il la vallée moyenne de la Medjerda? Ilannibal, après un temps d'arrêt, pendant lequel il aurait recueilli des informations précises, se proposait-il de marcher contre lui, en longeant un des affluents de droite du fleuve, la Siliana, ou, plus à l'Ouest, l'oued Tessa? Espérait-il le battre avant que Masinissa ne l'eût rejoint? Ou bien Scipion, pillant le territoire punique, s'était-il porté plus loin vers l'Ouest ou le Sud-Ouest? Devant la menace d'Hannibal, résolut-il de hâter sa jonction avec Masinissa en se dirigeant vers la Numidie, à la rencontre du roi? Du massif central tunisien, Hannibal aurait pu l'atteindre soit par une marche vers l'Ouest, si Publius restait de ce côté, soit par une marche vers le Nord-Ouest ou le Nord, si l'ennemi, craignant d'être coupé de sa ligne de retraite, reprenait la direction d'Utique. Ces diverses hypothèses ont été énoncées avec assurance ^; on pourrait en présenter d'autres, aussi fragiles.

De Zama, dit Polybe, Hannibal fit partir trois espions pour

1. Les avis diCFèrent. Par exemple, Mommsen {Gesammelte Schriften, IV, p. 36- 48 = i/ermes, XX, 1885, p. 144-156] et Lehmann {l. c, p. 557-8) tiennent pour Jama; Schmidt {Rheinisches Muséum, XLIV, 1889, p. 397-405; C. /. L., VIII, p. 1240), Filek von Wiltinghausen {Wiener Studien, XIX, 1897, p. 295), Kahrstedt (p. 562, n. 3), pour Sidi Am.or el Djedidi. Veith (p. 627) se décide pour la troisième Zama dont il admet l'existence. — Mentionnons une hypothèse présentée discrètement par le P. Mesnage {L'Afrique chrétienne, p. 167-8). 11 signale, à quelques kilomètres au Sud-Ouest de Souk el Khemis, une terre appelée actuellement Zama. Elle se trouve dans une vaste plaine (les Grandes Plaines des anciens : V. supra, p. 230), à cinq journées à l'Ouest de Garthage. Malheureusement, il n'y a pas de ruines antiques en ce lieu et aucun texte ne permet de supposer qu'une ville de Zama, rendue célèbre par la campagne d'Hannibal, ait existé dans la région des Grandes Plaines. Le rapprochement des noms aurait peut-être quelque valeur s'il ne s'agissait pas d'un mot très court et de structure très simple.

2. Voir en particulier Lehmann, L c, p. 572-3; Delbrick, p. 396-7; Pareti, p. 312-4; Veith, p. 039-643.

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savoir où se trouvait le camp romain et comment il était disposé. Ces hommes ayant été pris, Scipion, loin de les punir, leur permit de tout visiter, sous la conduite d'un tribun militaire; puis il les renvoya à leur général, en les invitant à lui rapporter exactement ce qu'ils avaient observé K II n'est pas très sûr que l'anecdote soit vraie ^ : elle ressemble d'une manière assez inquiétante à une histoire de trois espions, qui, d'après Hérodote ^ furent traités de même par Xerxès *. Polybe ajoute qu'Hannibal, admirant la magnanimité et la confiance dont Scipion venait de faire preuve, conçut le désir de s'entretenir avec lui et chargea un héraut d'aller lui demander s'il y consentirait. Publius donna une réponse favorable; il ajouta qu'il choisirait le lieu et le temps du rendez-vous et en informerait Hannibal ^ Le lendemain, il fut rejoint par Masinissa, qui amena environ 10000 Numides ^ Il leva le camp et vint s'établir près de la ville de Margaron \ dans une bonne position, 011 il y avait de l'eau en deçà de la portée des traits. Il avertit alors le général carthaginois qu'il était prêt à une entrevue. Hannibal leva le camp à son tour. Il s'avança à une distance de trente stades (un peu plus de cinq kilomètres) des Romains et occupa une colline bien située, quoiqu'il fallût s'éloigner un peu trop pour se procurer de l'eau : inconvénient dont ses soldats souffrirent beaucoup ^ Ce fut de ces deux camps que Scipion et Hannibal sortirent le lendemain pour conférer " et le surlendemain pour combattre.

1. Polybe, XV, 5, 4-7; conf. Tite-Livc, XXX, 29. 2-3. Voir aussi Appien, Lib., 39; Zonaras, IX, 14, p. 442, a (avec uae variante : un seul des espions retourne auprès d'Hannihal ; les autres préfèrent rester au camp romain); Valère-Maxime, m. 17. 1 r; Polyen, VllI, 16, 8; Kutrope, III, 22, 2.

2. Voir Lehmanu, l. c, p. 503-0, 509, et i\eue Jahràùcher, CLIll, 1816, p. 574-66

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