‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 242 sur 407 · Lib · texte numérisé non relu

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9. En voici un résumé. Pour l'ordre de bataille dllannibal, Appien concorde avec Polybe, sauf un détail : le général, placé au centre de son armée, aurait eu avec lui 4 000 cavaliers, prêts à l'accompagner sur les points menacés. Scipion dispose son infanterie sur trois lignes, en mettant les compagnies les unes derrière les autres, de manière à ménager des couloirs. En avant du front, il place des gens munis d'épieux qui, pour la plupart, sont ferrés et qui iloivent être lancés contre les éléphants. Ordre est donné d'esquiver ces animaux, de les atta«iuer de flanc en les couvrant de javelots et, s'il est possible, de leur couper les tendons des jambes. Les cavaliers numides, dont les montures s*)nt habituées à la vue et à l'odeur des éléphants, forment les ailes, l'aile droite étant com-

270 HISTOIRE MILITAIRE DE CARTllAGE.

Publias et Ilannibal, Ilannibal et iMasinissa rappellent les luttes des héros de l'Iliade. On a supposé que ce sont là des inventions du poète Ennius, qui célébra la victoire de Scipion dans ses Annales et très probablement aussi dans un autre

mandée par Léclius (la suite du récit nous apprend que Masinissa s'y trouve aussi), l'aile gauche par Oclavius. Au coiHraire, les cavaliers italiens sont placés à l'arrière de l'armée ; ils s'avanceront par les couloirs, après que l'infanterie aura soutenu le premier choc des éléphants. A cliacun de ces cavaliers est adjoint un homme portant de nombreux javelots. Comme Ilannibal, Scipion se met au centre, avec 2 300 cavaliers [Appien n'explique pas comment ces forces importantes de cavalerie se seraient insérées au milieu des trois lignes que formait chacune des deux armées] — L'action commence par l'aHaque des éléphants. La cavalerie numide entoure et accable de traits ceux qui sont aux extrémités; leurs cornacs, se voyant incapables de les maîtriser, les poussent hors du champ de bataille. Les autres causent de grosses pertes à l'infanterie romaine, que son armement rend peu agile. Alors Scipion fait avancer les cavaliers italiens, armés à la légère, leur ordonne de descendre de leurs chevaux effrayés et de lancer des javelots sur les éléphants. Lui-même pose pied à terre et blesse une de ces bêtes. Il rend ainsi courage à ses soldats; les éléphants, atteints de tous cùtés, se retirent. Ainsi finit la première phase de la bataille. — L'aile droite des Romains met en fuite les Numides, dont le chef, Massalhès, est tué par Masinissa. Hannibal accourt de ce côté et fait reprendre l'offensive. L'aile gauche se trouve engagée dans une lutte violente contre des Gaulois et des Ligures [qui, selon les indications données précédemment par Appien, constiluent la première ligne de l'armée punique, mêlés à des Maures et à des Baléares]. Scipion envoie à la rescousse le tribun Thermus et des soldats délite. Hannibal se porte au secours des Gaulois et des Ligures, avec les Carthaginois et les Libyens de la seconde ligne. A celte vue, Publius amène, lui aussi, sa seconde ligne. Une bataille acharnée, longue, indécise, se livre sous les yeux des deux généraux. Pour en finir, ils se précipitent l'un vers l'autre : de leur sort dépendra le sort de tous. Ils lancent en même temps leurs javelots. Celui de Scipion atteint le bouclier d'Hannibal, celui d'Hannibal, le cheval de Scipion. Publius, renversé, monte aussitôt sur un autre cheval et lance un nouveau trait, qui manque son but. Masinissa vient le rejoindre. Les Romains, animés par l'exemple d'un chef qu'ils voient combattre comme un simple soldat, pressent plus vivement les ennemis et les mettent en fuite. Malgré ses objurgations, Hannibal ne peut arrêter la déroule. — 11 fait alors avancer ses vétérans d'Italie, qui ne sont pas encore intervenus. Il •espère profiter du désordre des troupes de Scipion, dispersées à la poursuite des fuyards. Mais les Romains comprennent son dessein et se rallient. N'ayant plus de javelots, les deux infanteries se frappent avec leurs glaives. C'est un adreux carnage. Enfin les vieux soldats d'Hannibal sont mis en déroute à leur tour. — Tandis qu'il s'enfuit, Hannibal aperçoit un gros de Numides. Il court à eux et les entraîne contre ceux qui poursuivent ses troupes vaincues. 11 se heurte aux Massyles. Un combat singulier s'engage entre leur roi Masinissa et le général carthaginois. Ce dernier, comme dans le duel précédent, pare un javelot avec son bouclier et abat le cheval de son adversaire. Masinissa se relève et, à pied, s'élance vers Hannibal, à travers une grêle de traits, qu'il reçoit sur son bouclier en peau d'éléphant. Il arrache un de ces javelots et vise le Barcide, qu'il manque encore. Pendant qu'il en arrache un autre, il est blessé au bras et se relire un peu à l'écart. Scipion accourt, craigfiant pour le roi. Mais Masinissa a déjà bandé

ouvrage* : la légende épique forgée par un disciple d'Homère serait bientôt devenue de l'histoire^. Le récit de Polybe est le seul dont il faille tenir compte ^ Si nous pouvons regretter

sa plaie et il est retourné dans la mêlée sur un autre cheval. La lutte reprend -avec un nouvel acharnement, car les soldats sont excités par la présence de leurs chefs. En ce moment, Hannibal voit sur une colline des Espagnols et des Gaulois. 11 se dirige vers eux, pour les ramener. Mais les siens croient qu'il prend la fuite; ils cessent de combattre et se sauvent éperdument dans toutes les directions. Les Romains, qui ne devinent pas non plus les intentions du général ennemi, les poursuivent en rompant les rangs. Hannibal revient de la colline avec ceux qu'il est allé chercher. Scipion, ralliant promptement ses soldats, lui oppose des forces supérieures et remporte sans peine la victoire. — Après l'échec de ce dernier effort, Hannibal désespère de tout et ne pense plus qu'à fuir. De nombreux cavaliers se lancent derrière lui, Masinissa surtout le presse, malgré la douleur que lui cause sa blessure, car il brûle de l'amener prisonnier à Scipion. Hannibal échappe à la faveur de la nuit. Avec vingt cavaliers, qui, grâce à la vitesse de leurs montures, ont pu galoper à ses côtés, il entre dans une ville appelée Thon. Mais il apprend que beaucoup de cavaliers brutliens et élpagnols s'y sont réfugiés. Il craint une trahison. Il repart donc en secret, accompagné d'un seul homme dont il est sûr, et gagne Hadrumète. — Scipion brûle une partie du butin et distribue le reste aux troupes, sauf 10 talents d'or, 2 500 talents dargent et de l'ivoire travaillé, qu'il envoie à Home avec les prisonniers de marque.

1. Le Scipio, dont Aulu-Gelle (IV, 7, 3-5 = Ennius, Vahlen, 2* édit., Varia, 13) cite ce vers :

Quaque propter Hannibalis copias considérât.

2. Cœlius avait beaucoup étudié Ennius (voir Fronton, Lettres à Marc-Aurèle, IV, 3, p. 62, édit. Naber). Nous avons dit (p. 237, n. 1) qu'un fragment de cet historien pourrait se rapporter à un combat entre Hannibal et Masinissa, raconté de la môme manière que dans Appien. Gela ne prouverait pas, du reste, que le récit d'Appien ait été emprunté tout entier à Cœlius. H n'était certainement pas identi(jue à celui de Dion (voir note suivante) : or il est permis de supposer que Cœlius fut la source de Dion (conf. p. 202).

3. Zonaras (IX, 14, p. 442, c-</) paraît avoir tronqué le récit de Dion. Il donne de la première phase du combat, l'nltaqup des éléphants, une courte description qui se rapproche plus de celle de Polybe que de celle d'Appien. Puis, après s'être contenté de dire que les Cartbaginois résistèrent pendant quehjue temps, il «joute qu'ayant été attaqués à revers par les cavaliers de Masinissa et de L.elius, ils s'enfuirent tous et périront pour la plupart Hannibal, poursuivi très vivoniont par Masinissa, i\u\ allait l'atteindre, détourna un peu son cheval, de telle sorte que le roi, dan»: son élan, le dépassa; il le blessa alors dans le dos et put s'échapper avec quehiues-uns des siens. — Kutrope (III, 23t, très bref, ne donne jiucune indication qui soit à retenir. 11 s'en fallut de peu, dit-il. qu'Hannibal ne fût pris. On recueillit dans son camp 20 000 livres d'argent, 80 d'or et un grand nonïbre d'objets préricux. — Aucun détail sur la bataille dans Cornélius Népos {Hannibal, VI, 3). Il prétend {ibid., 4) (|ue, pendant sa fuite, Hannibal échappa à une embuscade, dressée par des Numides qui s'étaient enfuis avec lui. — C'est une bataille homériiiue que raconte Silius Italiens (.Wll, 3S5-617), mais avec deâ épisodes différents de ceux que nous trouvons dans Appien.

qu'il ne nous donne pas tous les détails désirables, rien n& prouve qu'il contienne de graves erreurs'.

Ilannibal rangea sur le front de son armée les éléphants; par derrière, les mercenaires; au delà, sur une deuxième ligne, les ijibyens et les Carthaginois; enfin, à un intervalle de plus, d'un stade (à environ 200 mètres), les vétérans d'Italie, au milieu desquels il se plaça. La cavalerie forma les ailes : à gauche, les alliés numides; à droite, les Carthaginois^.

Quel était le plan d'Hannibal? Nous ne pouvons naturellement présenter à ce sujet que des hypothèses \ L'infériorité numérique de sa cavalerie ne lui eût pas permis de s'en servir tenter d'envelopper l'armée romaine. Il ne lui attribua, semble-t-il, qu'un rôle secondaire : occuper les cavaliers ennemis et, si ceux-ci, comme il était à prévoir, avaient le dessus, se retirer devant eux, les entraîner loin de la bataille *, pendant le temps qui paraissait nécessaire pour écraser l'infanterie de Scipion; après quoi, un retour offensif de ces cavaliers eût pu être repoussé sans peine. Il fallait donc vaincre vite les fantassins romains. Pourtant Hannibal, sachant que sa propre infanterie était composée d'éléments disparates et de valeur inégale, ne voulut pas la jeter d'un seul coup dans la mêlée. Puisqu'il avait l'avantage du nombre, il résolut de livrer plusieurs combats successifs, en n'engageant chaque fois qu^une partie de ses forces. Après avoir été rompue par une charge d'éléphants, l'infanterie ennemie devait être attaquée par les mercenaires, placés en première ligne; puis, déjà très éprouvée, elle aurait à lutter contre les Africains de la seconde ligne. Quant à la troisième ligne, formée de ses meilleurs

i. Comme l'ont soutenu Delbriïck et Lehmann; réfutés par Veilh, p. 657-GGO (voir aussi Kahrstedt, p. 566, n. 1).

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