‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 26 sur 407 · Diodore, XX · texte numérisé non relu

Diodore, XX

EXPÉDITION D'AGATHOGLE. 20

Les motifs de la conduite d'Agathocle dans cette circonstance ont été sans doute indiqués exactement par Diodore. Il enlevait tout espoir de fuite à ses compagnons, auxquels il ne restait plus qu'à vaincre ou à périr. Comme ils étaient peu nombreux, il ne voulait pas en laisser derrière lui, pour garder la flotte. D'autre part, abandonner ses vaisseaux sans défense, c'eût été les livrer aux ennemis ^

Quand le feu eut tout consumé, l'exaltation des soldais tomba et fît place à l'effroi et au découragement. Pour changer les dispositions de leurs esprits, le tyran s'empressa de les conduire vers Mégalépolis^ ville qui appartenait aux Carthaginois. L'armée traversa une région pleine de jardins, de vergers, qu'arrosaient des ruisseaux. Les maisons de campagne se succédaient, construites avec un luxe qui attestait la fortune des propriétaires et pleines de tout ce qu'une longue paix avait accumulé pour les jouissances de la vie. Ici, des vignes, des oliviers, d'autres arbres fruitiers; là, des plaines où paissaient des troupeaux de bœufs et de moutons, des prairies humides où l'on élevait des chevaux. Partout l'image de la richesse dans ces domaines de l'aristocratie punique. Les Siciliens s'émerveillaient et reprenaient confiance à la vue d'une si belle proie. Sans tarder, Agathocle les lança contre les murs de Mégalépolis. Déconcertés par cette attaque subite et n'ayant aucune expérience de la guerre, les habitants résistèrent à peine et la ville fut enlevée d'assaut. Agathocle permit de la piller. Il s'etnpara ensuite de Tynès la Blanche ^ « distante de Carthage de 2 000 stades ». Les troupes désiraient conserver ces villes pour y déposer leur butin. Mais il resta hdèle à sa résolution de ne leur laisser aucune espérance de retraite \ Il

1. Diodore, XX, 7. Voir aussi Justin, XXII, 6, 4; Polycn, V, 3, 5.

2. Diodore, XX, 8, 2 : inl -r,v ôvo(i.a;îo(j.évr,v .M£.'âXr,v tîô/.'.v.

3. Ibid., XX, 8, 7 : Trpb; tôv Asuxbv T'^vTjta xa).o'ju.£vov.

4. Et aussi de ne pas s'alTaiblir eu disséminant des garnisons.

30 lllSTOIllE MILITAIRE DE CAUTHACIE.

détruisit donc MégalépoJis et Tyiiès la Blanche et dressa son camp dans un lieu découverte

Où étaient situées les deux premières villes que les Grec* prirent en Afrique? Le chilTre de 2 000 stades (plus de 350 kilomètres), donné par Diodore, est erroné, puisque, entre les Carrières et Garthai^e, il n'y a guère que 25 lieues. Le surnom que portait ïynès la Blanche la distinguait apparemment d'une autre Tynès, aujourd'hui Tunis'. Il est difficile, en effet, de supposer qu'il s'agisse de la même ville ^ : peu après, Agathocle occupa Tunis, place forte que les Carthaginois vinrent assiéger^; les Siciliens ne l'avaient donc pas détruite. Le nom grec de Mégalépolis désignait encore, aux vMai^ siècles de notre ère, une ville épiscopale ^ qui était peut-être voisine de Maxula (Rades, au Sud-Est de Tunis)*'. Mais la Mégalépolis que Diodore mentionne paraît s'être élevée dans une autre région, à peu de distance de Tendroit où Agathocle déharqua : par conséquent vers l'extrémité de la péninsule du cap Bon. On a voulu l'identifier soit avec la ville qui s'appelait à l'époque romaine Missua (Sidi Daoud), sur la côte, à trois lieues au Sud-Ouest des grandes carrières d'El IIaouria^ soit avec Mennzel bel Gassem, à peu près à la même distance au Sud, à

i. Diodore, XX, 8. Cet auteur ne dit pas ce que fit Agathocle entre la pris& des deux villes et la bataille dont il sera question plus loin. Justin (XXII, 6, 5) prétend que les Grecs détruisirent tout ce qu'ils rencontrèrent et brûlèrent les fermes et les bourgs.

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