‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 272 sur 407 · Tite-Live, XXXIV, 61. 10; 02, G, Couf. t. 11, p. 2SI · texte numérisé non relu

Tite-Live, XXXIV, 61. 10; 02, G, Couf. t. 11, p. 2SI

orientales, il ne s'inquiétait guère qu'elle dominât enOccident^ Il soutint la lutte avec mollesse, il ne sut même pas tirer parti des talents militaires d'IIannibal. Ainsi s'évanouit le dernier espoir du Barcide. Il n'était plus qu'un condottiere au service du roi de l^ithynie quand Rome le réclama, par basse vengeance ou par crainte injustifiée, car il ne la menaçait pas. Il comprit qu'il ne lui restait qu'à mourir (en 183 ou 182).

Cependant Carthage, résignée à sa déchéance, payait régulièrement les termes de l'indemnité que lui avait imposée le traité de 201. Devenue l'alliée officielle de Rome, elle lui prêtait son concours, quand sa rivale d'autrefois en avait besoin^. Lors de guerres contre Philippe, contre Antiochus, contre Persée, elle fournit avec empressement des quantités importantes de blé et d'orge, destinées à l'alimentation des armées en campagne ou de la capitale italienne ^ Elle affecta même de regretter qu'on les lui payât. Contre Antiochus, elle mit à la disposition des Romains six des galères qu'ils lui avaient laissées^; l'une d'elles fut prise dans une bataille livrée sur les côtes de l'Asie Mineure ^

1. Voir, à ce sujet, Krornayer, dans Jahrbiicher fur das Jdassische Altertum, X^ 1907, p. G81 et suiv.

2. Appien (Li6., 83) fait dire au député Banno, parlant en 149 aux consuls : « Nous avons combattu avec vous contre trois rois ».

3. Tite-Live, XXXI, 19, 2 (en 200) : 200 000 boisseaux de Lié envoyés à Rome (conf. XXXI, 50, 1), autant à l'armée de Macédoine. — /d., XXXVI, 3, \ (en 191) : des députés romains demandent aux Carthaginois des céréales, destinées à être envoyées en Grèce, et annoncent qu'on les paiera. Id., XXXVI, 4, 5-6 et 9 : des députés carthaginois, venus en Italie, promettent ...000 (le chifTre est mutilé) boisseaux de blé et 500 000 d'orge pour l'armée romaine, et la moitié de ces quantités pour Rome; ils prient le Sénat de les accepter gratuitement, oITre qui est déclinée. — En 171, envoi de députés romains à Carthage : Tite-Live (XLIl, 35) n'indique pas d'une manière précise l'objet de leur mission. Ils demandèrent probablement des céréales. Quelque temps après, des députés cartliaginois vinrent à Rome annoncer qu'un million de boisseaux de blé et 500 000 boisseaux d'orge étaient prêts à être expédiés; on les invita à les faire transporter en Macédoine (id., XLIII, 0).

4. Titc-Live, XXXVI, 42, 2; Appien, Syr,, 22 (en 191). Selon Tite-Live (XXXVI, 4, 7 et 9), les Carthaginois auraient offert de former une flolte. On leur aurait répondu qu'on leur demandait seulement les vaisseaux qu'ils devaient en vertu du traité (pour cette obligation, voir p. 288, n. 7).

5. Tite-Live, XX.WI, 44, 5-7; Appien, Le. (avec des variantes).

CÂllTIIAGE, ROME ET MASLNISSA. 29*

Que tous les Carthaginois eussent oublié les haines du passé, c'est ce qu'il est impossible de croire. Le parti démocratique, héritier du parti barcide, devait être animé de sentiments très hostiles envers Rome*. Mais il semble bien qu'il n'ait pas été maître du pouvoir dans les années qui suivirent la fuite d'Hannibal. D'ailleurs, qui ne voyait qu'une attitude provocante, ou même équivoque, eût entraîné la patrie dans l'abîme? Selon Tite-Live, Masinissa accusa, en 174, les autorités de Carthage d'avoir reçu secrètement une députation macédonienne et d'avoir, à leur tour, envoyé des émissaires au roi Persée^. Ce dernier se préparait à une guerre contre les Romains et cherchait des alliés. Il est cependant fort douteux que les Carthaginois aient commis l'imprudence de prendre des engagements envers lui : leur faiblesse exigeait qu'ils attendissent, pour participer à la lutte, que la fortune se fût prononcée contre Rome. C'était donc probablement une calomnie du Numide, alors en conflit aigu avec ses voisins et très désireux de les rendre suspects. Trois ans plus tard, quand la guerre contre Persée était déjà commencée, un fils de Masinissa, Gulussa, serait venu dire au Sénat que les Carthaginois avaient décidé de préparer une grande flotte, sous prétexte de l'offrir aux Romains : quand elle serait équipée, ils choisiraient leurs ennemis et leurs amis^ Mais on sait que Carthage n'avait pas le droit de posséder plus de dix galères : elle n'aurait pu accroître sa marine, même d'une trirème, sans s'exposer à des rigueurs immédiates. Par conséquent, il n'y a pas lieu d'admettre qu'elle ait songé au double jeu dénoncé, dit-on, par Gulussa.

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