Appien, 80 et
LA FIN DE CARTHAGE. 3ii
l^Iasinissa et ces hommes qui l'avaient combattu avec une hâte téméraire et avaient ainsi compromis leur patrie. « Pourquoi, leur dit un sénateur, les avez-vous condamnés après votre défaite, et non pas dès le début des hostilités? » Il n'obtint pas de réponse. Le Sénat déclara que les explications qui lui étaient apportées ne satisfaisaient point les Romains. Troublés, les ambassadeurs posèrent cette question : « Si vous nous croyez coupables, comment obtiendrons-nous notre pardon? » — « En donnant satisfaction aux Romains », leur fut-il répondu ^
Leurs concitoyens se demandèrent quelle pouvait être la satisfaction réclamée en termes si vagues. S'agissait-il d'ajouter de nouvelles sommes à l'indemnité imposée par le traité de 201 et entièrement payée? d'abandonner définitivement à Masinissa toutes ses conquêtes? D'autres députés allèrent en Italie pour prier le Sénat d'indiquer clairement ce qu'il exigeait. On leur dit que les Carthaginois le savaient bien et on les congédia ^.•
Rome ne voulait faire connaître sa résolution de détruire Carthage que quand les Carthaginois seraient tout à fait inca-
1. Appien, 74 : s\ -h !xavbv Tro-.r.TcTe 'Pwaaio'.;. Xous lisons dans un extrait de Diodore (XXXII, 3i, auteur qui, comme Appien, s'est servi de Polybe : « Le Sénat, donnant aux députés une réponse ambiguë et obscure, déclara que les Romains savaient bien ce que les Carthaginois devaient faire » (ÈôoyiJLiTiTî y'.vtôc-y-E'.v to-j; *P(u;j.a:ojî o osi TipâTTS'.v a-jtoC;). Le sens est le même : les Romains exigèrent une satisfaction qu'ils n'indiquèrent pas Ou pourrait supposer qu'il y avait dans Polybe quelque chose comme ceci : « En donnant satisfaction aux Romains, qui savent bien ce que vous devez faire ». Cet extrait de Diodore menlinnno la question du sénateur aux députés : il est donc certain qu'il se rapporte à la première des deux ambassades dont parle Appien.
2. Appien, /. '-. Un oxtrait de Diodore (XXXII, !) se trouve dans le même recueil que l'extrait XXXII. 3 (ci-dessus, n. I et le précède de quelques lign»^s. 11 concerne une députation carthaginoise envoyée à cette époque; les Romains lui auraient répondu qu'ils savaient ce qui arriverait (dTTÔxp.T'.v k'6fi>y.av sloévai o SîÎ Ycvî't02'.'. Ou l'extrait XXXII, 1 se rapporte à la première ambassade, comme l'cxlrail XXXII, 3 : dans ce cas, il ne reproduirait pas exactement le texte de Diodore, car il se concilie plus diflicileinent (|ue l'autre extrait avec .\p;ut'n: or il est h croire que Diodore et Appien, ayant la même source, exprimaient la même pensée. Ou il se rapporte à la deuxième ambassade : il ne serait pas à sa place daiis le recueil et il altérerait la réponse romaine, qui parait bien avoir été telle qu'Appien la donne (elSsvat Kap/r,5ovto'j; xa/.tô;). La seconde hypcttbèse est, à nuire avis, la plus vraisemblable.
pables de s'y opposer. Si elle réunissait une grande armée, si elle avait l'intention de la transporter en Afrique, elle ne désirait pas s'en servir pour combattre. C'était un procédé d'intimidation, comme ces réponses obscures, destinées à accroître l'anxiété de ceux qui venaient les chercher. Pour apaiser la colère romaine, Carthage consentirait à des sacrifices qui la priveraient de ses moyens de défense. Alors l'arrêt fatal lui serait révélé; elle s'y soumettrait sans doute et les légions n'auraient plus qu'à raser une ville évacuée par ses habitants. Les Carthaginois avaient évidemment entendu parler de la proposition renouvelée par Caton à toutes les séances du Sénat, et les levées des troupes faites en Italie auraient pu les convaincre que l'avis de cet homme d'Etat triomphait : ils n'en tombèrent pas moins dans le piège qu'on leur tendait.
Tandis qu'ils délibéraient sur la conduite à suivre, Utique, la seconde cité de l'Afrique du Nord, envoya aux Romains une députation pour leur déclarer qu'elle se donnait à eux*. Elle jalousait et haïssait depuis longtemps sa voisine; la jugeant perdue, elle se détachait d'elle. Rome l'avait probablement incitée à cette défection : il lui était utile de s'assurer, à proximité de Carthage, un lieu de débarquement et un point d'appui pour son armée ^
Les préparatifs militaires étaient achevés. Le Sénat se réunit au Capitole, décréta la guerre contre les Carthaginois et invita les deux consuls à partir, ce qu'ils firent aussitôt ^ Ils passèrent
1. Polybe, XXXVI, 3, 1 (B.-W.; alias XXXVI, 1). Appien, 75. Tite-Live, Epit. l. XLIX. Gela se passa après l'entrée en charge des consuls de l'année 149 {Epitome d'Oxyrhynque, Rossbach, p. 131).