‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 39 sur 407 · Meltzer, I, p · texte numérisé non relu

Meltzer, I, p

d'Alcia, avec laquelle Agathocle s'était remarié : c'était là un bruit qui couraiî. Hors de lui, Archagathos prit une pique des mains d'un garde et transperça Lyciscos. Le lendemain matin, les amis du mort se réunirent; un grand nombre de gens se joignirent à eux et firent entendre des protestations indignées. Bientôt, l'armée entière exigea le supplice du meurtrier, menaçant de s'en prendre au tyran lui-même, s'il refusait de le livrer; elle réclama aussi sa solde arriérée. Les mutins se nommèrent des chefs pour commander dans le camp ; quelquesuns allèrent occuper les remparts de Tunis. Agathocle et ses fils furent étroitement surveillés ^

Instruits de ce qui se passait chez les Grecs, les Carthaginois leur envo3^èrent des émissaires, chargés de leur faire des ofTres avantageuses. Plusieurs officiers accueillirent ces propositions et s'engagèrent à amener leurs hommes. Agathocle se demandait s'il n'allait pas être livré et périr ignominieusement. Il préféra courir le risque d'être massacré par les siens. Il déposa son manteau de pourpre et, vêtu pauvrement, s'avança au milieu du camp. La foule, étonnée, se tut et l'écouia. Il rappela ses actions antérieures et déclara qu'il était prêt à mourir, si sa mort pouvait être utile à ses compagnons d'armes, mais qu'il ne commettrait jamais une lâcheté pour sauver sa vie. Prenant alors à témoins ceux qui l'entouraient, il tira son épée, comme s'il voulait se tuer. Émus, les soldats s'écrièrent qu'ils le lui défendaient, qu'il était absous des accusations portées contre lui. On l'invita à reprendre les insignes du commandement". Il le fit en pleurant : c'était, disait-il, pour donner satisfaction au désir qu'on lui exprimait. La scène se termina par des ap[)laudissements^ Agathocle, qui savait que les ennemis

2. Tr,v paa'.A'.xV £(TOf,Ta, écrit Diodore (XX, 34, 5). Ap:athoclc u'otait pas encore roi.

3. Véritable scène de théâtre : l'auteur copié par Diodore a certainenionl pris SCS aises avec la vérité.

attendaient un grand nombre de déserteurs, conduisit vers eux son armée. Ils la laissèrent venir, persuadés que cette multitude avait de bonnes intentions. Tout à coup, les trompettes sonnèrent la charge et les Grecs s'élancèrent. Ceux qui purent leur échapper rentrèrent précipitamment dans le camp punique, où se réfugièrent les principaux auteurs de la révolte et des mécontents : un peu plus de 200 hommes ^

Plus tard-, les Carthaginois organisèrent une expédition, à laquelle la noblesse prit une large part^ Ils voulaient contraindre des Numides qui s'étaient détachés d'eux à rentrer dans leur alliance. Avec l'aide d'autres tribus, ils obtinrent, pour commencer, des résultats favorables. Ils se trouvaient dans le pays des ZouphonesS quand ils apprirent qu'Agathocle arrivait. Il avait laissé Archagathos à Tunis et emmené 8 000 de ses meilleurs fantassins, 800 cavaliers, 50 chars montés par des Libvens. Afm de se garantir contre une surprise, ses adversaires établirent leur camp sur une hauteur, entourée de ravins profonds. Us ordonnèrent à ceux des Numides qui leur inspiraient quelque confiance d'aller harceler les Siciliens, de manière à arrêter leur marche. Le tyran opposa à ces indigènes les frondeurs et les archers et, avec ses autres troupes, il se dirigea vers le camp ennemi. Les Carthaginois en sortirent et se rangèrent en bataille. Dès que l'armée grecque franchit la rivière qui coulait en avant de leur position^ ils l'attaquèrent et lui tuèrent beaucoup de monde. Ils avaient la supériorité du

1. Diodore, XX, 34. Lépisode du combat est très suspect. On a peine à croire que les Carthaginois, qui ne passaient pas pour des sots, aient été dupes de cette ruse grossière.

2. Selon Diodore, dans la première année de la 118' Olympiade (308-307). Il faut adopter la date de 309, si Ophelas rejoignit Agalhocle cette année-là, à la fin de l'automne : voir p. 44, n. 3.

4. Id.f XX, 38, 2 ; elç toù; No[xàôaç -roù; xalo-jp-évo-»; Zo-j;?(i)va;. On ignore où habitait celte peuplade, (jui n'est pas mentionnée ailleurs. Un peu plus loin (§ 4), Diodore parle d'une rivière (Tirj-'jL\].6;) qu'Agathocle dut franchir pour atteindre le camp carthaginois. Rien ne prouve qu'il s'agisse de la Medjerda, comme le suppose Meltzer (I, p. 3^).

nombre et le passage était difficile; mais les soldats d'Agathocle faisaient preuve d'un grand courage. Cependant les Numides qui servaient dans les deux armées se mirent à l'écart et attendirent l'issue de cette lutte acharnée : ils projetaient de faire main basse sur les bagages des vaincus.

Agathocle parvint enfin à enfoncer ceux qui étaient devant lui; à cette vue, presque tous les autres ennemis s'enfuirent. Pourtant des cavaliers grecs, auxiliaires ou mercenaires de Carlhage, commandés par un certain Clinon, continuèrent à résister; la plupart périrent d'une mort glorieuse ^ Agathocle monta vers le camp, où les troupes puniques se réfugièrent. Il s'avançait avec ardeur, malgré les obstacles du terrain. Les Numides jugèrent alors que le moment propice était venu. Mais ils ne pouvaient se jeter sur les bagages des Carthaginois, puisque la bataille avait lieu de ce côté. Ils se portèrent donc vers le camp des Siciliens, dont Agathocle s'était fort éloigné et qu'il avait laissé presque sans défense. Ils y pénétrèrent facilement et s'emparèrent de beaucoup de prisonniers et d'objets de valeur. Le tyran ramena en toute hâte son armée contre ces pillards. S'il leur reprit un peu de leur butin, les Numides en gardèrent la meilleure partie et profitèrent de la nuit pour se retirer à une grande distance. Agathocle éleva un trophée- et partagea les dépouilles des Carthaginois entre ses soldats, en dédommagement de ce qu'ils venaient de perdre. Parmi ses prisonniers, il y avait un millier de Grecs, dont plus de oOO Syracusains". Il les fit conduire dans un lieu fortifié. Ces hommes, voulant échapper au châtiment qu'ils redoutaient, attaquèrent de nuit la garnison; battus, ils gagnèrent une

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