‹ Histoire ancienne de l'Afrique du Nord (volume 4)Chapitre 91 sur 407 · Polybe, l. c · texte numérisé non relu

Polybe, l. c

gouverneur militaire de la partie de l'Afrique qui appartenait aux Carthaginois ^ ; il exerçait, semble-t-il, ce commandement depuis plusieurs années, peut-être depuis les événements que nous venons de raconter, et traitait les indigènes avec une rigueur excessive ^.

La guerre continuait en Sicile, où les Romains remportèrent un grand succès vers la fin de l'année 234 : ils s'emparèrent de Palerme, la principale ville phénicienne de l'île. Les habitants qui purent remettre deux mines (environ 200 francs de notre monnaie) eurent la liberté de se retirer, en abandonnant ce qu'ils possédaient : ils étaient 14 000; les autres, au nombre de 13 000, furent vendus comme esclaves. Des places moins importantes capitulèrent.

Carthage se décida à envoyer en Sicile une forte armée, que commandait Asdrubal et qui était accompagnée de beaucoup d'éléphants. Ces bêtes effrayaient tellement les Romains depuis l'expédition de Régulus, qu'ils évitèrent toute bataille rangée. La destruction par la tempête de la grande flotte qui avait pillé les côtes africaines en 253 les d-étourna aussi, pour un temps, de la guerre navale. Asdrubal partit de Lilybée en 250, pour essayer de leur enlever Palerme. Il arriva sous les murs de la ville, tandis qu'une flotte punique se présentait devant le port. Mais, rompus par les éléphants, qui se retournèrent contre eux, attaqués de flanc par le gros des forces ennemies, ses soldats lâchèrent pied. La plupart furent massacrés, ou se noyèrent en cherchant à atteindre les vaisseaux'. Asdrubal, qui put s'enfuir, trouva des juges à Carthage et fut crucifié.

i. Polyhe, I,G7, 1. Conf. t. II, p. 302.

2. Polybe, I, 72, 3. Sa générosité ouvors les Thévestins aurait donc été calciiléo.

3. Pour les éléphants qui furent pris par les Romains, voir t. II, p. 403, u. 2.

94 IIISTOIUE MILlTAlllE UE CARTHAGE.

Pour achever la conquête de l'île, il ne restait aux Romains qu'à prendre Lilybée et Drépane. Plus de 20 000 hommes ^ et 200 galères vinrent devant Lilybée. Au cas où les Carthaginois, après l'avoir perdue, n'auraient pas consenti à traiter, elleaurait été le lieu le plus favorable pour organiser une nouvelle expédition africaine -. L'entrée du port fut barrée par des navires qu'on y coula, puis par une sorte de digue, formée de pierres et de poutres. Du côté de la terre, les assiégeants creusèrent des mines, élevèrent des tours, mirent en batterie une foule de machines. Mais Ilimilcon, gouverneur de la place, la défendit avec énergie et habileté. Il disposait de 10 000 soldats au moins ^; il les empêcha de se joindre à des officiers qui voulaient les entraîner à la désertion. Les vagues dispersèrent les obstacles qui fermaient le port, et de hardis marins purent,^ malgré les difficultés d'accès et la flotte ennemie, pénétrer dans la ville. Un nouveau rempart fut élevé derrière celui qui avait été en partie abattu. Une sortie de toutes les troupes fut tentée*; elle n'eut pas de résultats décisifs; mais, bientôt après, un vent favorable permit de brûler les tours et les machines des Romains. Ceux-ci, désespérant d'emporter Lilybée d'assaut, se bornèrent désormais à un blocus, qui devait durer jusqu'à la fin de la guerre. Himilcon fut remplacé, on ne sait quand, par Giscon, qui paraît avoir été, lui aussi^ un excellent général.

Le port de Drépane abritait la flotte carthaginoise. En 249, le consul Claudius Pulcher voulut, avec plus de 120 vaisseaux % la surprendre. Il n'y réussit pas et, par d'adroites manœuvres^

1. Polybe, I, 45,8. Diodore (XXIV, 1, 1) parle de 110 000 hommes, ce qui est inadmissible.

Page 1