‹ Histoire ancienne de l'Afrique du nord (volume 5)Chapitre 103 sur 404 · Johannide, II. 196 el suiv · texte numérisé non relu

Johannide, II. 196 el suiv

du printemps1, quand l'Auster (vent du Sud) soufile sous les astres, tombent en se disséminant sur les campagnes de la Libye; telles les sauterelles, lorsque le Notas, du haut des airs, les pousse, les entraine dans ses violents tourbillons et les précipite vers la mer. Les agriculteurs s'inquiètent et leur cœur tremble de voir l'horrible fléau détruire les récoltes, anéantir les fruits tendres encore, dévaster les jardins verdoyants, ou abîmer les fleurs de l'olivier, pointant sur les rameaux flexibles. » Varron prétendait que certains Africains avaient dû abandonner le territoire qu'ils occupaient, par suite des ravages des sauterelles2. Des auteurs indiquent les diverses mesures que l'on préconisait pour se débarrasser d'elles3; il faut dire que plusieurs semblent fort saugrenues. En Cyrénaïque, une loi ordonnait à la population la destruction des œufs, des criquets, des sauterelle adultes, et punissait les contrevenants d'une peine très sévère '.

L'invasion qui- laissa les plus cruels souvenirs fut celle de l'année 12S avant notre ère. «Par toute l'Afrique, il il PaulOrose 5, des multitudes immenses de sauterelles s'amassèrent. Klles ne se contentèrent pas de détruire complètement les céréales sur pied, de dévorer toutes les herbes avec une partie des racines, les feuilles des arbres avec les tiges tendres; elles rongèrent même les écorces et les bois secs. Un coup de vent subit les arracha du sol et 1rs porta longtemps à travers les airs, réunies en niasses serrées, jusqu'à la mer, où elles s'engloutirent. .Mais les vagues en rejetèrent d'énormes quantités sur les côtes. Leurs cadavres, pourris et décomposés, répandirent une odeur délétère. Une peste terrible frappa tous les animaux,

1. Les sauterelles dites pèlerines, venanl du Sud, arrivenl en avril ou en mai dans le Tell.

2. Pline, VIII, 104 : • M, Varro auctor est... ;ili ranis civitatem in Gallia pulsam, ,-ili locuslis in Alïira. »

:i. Voir Lacroix, dans Revue africaine, XIV, 1870, p. II'.).

i. Pline, XI, 105.

i idvei i"<" paganos, V, II, 2-,'i.

oiseaux, troupeaux et autres bêtes, dont les corps putréfiés, gisant partout, accrurent encore le fléau... En Numidie, pays où régnait alors Micipsa, on dit qu'il périt quatre-vingt mille hommes; dans la zone maritime où sont situées Utique et Carthage, plus de deux cent mille. Près d'Utique, trente mille soldats, qui formaient l'armée romaine d'Afrique, furent exterminés par cette peste. Elle se déchaîna avec tant de rapidité et de violence qu'en un jour plus de quinze cents corps de ces jeunes gens furent emportés, affirme- t-on. par une seule porte '. »

Aux temps préhistoriques, les Africains étaient grands mangeurs d'escargots, comme le prouve l'abondance extraordinaire de ces mollusques dans presque toutes les stations. A l'époque romaine, on appréciait fort les escargots d'Afrique- : ils servaient de mets de choix3, ou de médicaments4. Ils étaient alors l'objet d'un véritable élevage.

La llore de la Berbérie ressemble beaucoup, dans le Tell, à celle de l'Espagne, du Midi de la France, de la Sicile, de l'Italie. Des deux côtés de la Méditerranée, ce sont d'ordinaire

1. Sainl Augustin (Civil. Dci, III. 31) raconte les moitiés faits d'après la même source. Il ajoute que, sur 30 000 soldais, 10000 seulement survécurent. Voir encore Tite-Live, Epit. I. LX (c'est probablement de cet historien que dérivent les indications données par Augustin et Orose); Julius Obsequens, 00 (il nous apprend que le fléau sévit aussi très cruellement en Cyrénaïque).

2. Les plus célèbres étaient les coclcae Solitanae (Varron, liusi., III. 14. 4; Pline, IX, 173), ou lolitanae (Pline, XXX, 45). S'agit-il AloL (Cherche!)? Dans ce cas, Varron et Pline les auraient qualifiés d'escargots 'le Mauritanie, plutôt que d'escargots d'Afrique. Les Cinyphii campi, dont Stace {Silves, IV, i), 32-33) vante les escargots, ne paraissent pas 'Mit spécialement la région du Ginyps (en Tripolitaine) : c'est uni' manière poétique de désigner l'Afrique.

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