XIII
Ancorarius, qui avaient fourni les plus beaux thuyas, étaient déjà épuisées de son temps '.
Le général Suétonius Paulinus, cité parle même auteur-. signalait, au pied de l'Atlas (au Maroc), des forêts épaisses, formées d'arbres inconnus ailleurs, d'une grande taille, au tronc poli et sans nœud, ressemblant par leur feuillage au cyprès et exhalant une forte odeur3; « ils sont recouverts d'un duvet léger, avec lequel des -eus habiles pourraient faire des étoffes, cojnme avec de la soie ». Peut-être, ainsi qu'on l'a supposé '. ces arbres merveilleux étaient-ils simplement des pins, infestés de chenilles processionnaires, qui y auraient construit des bourses soyeuses de couleur blanche, leur servant d'habitations communes 3.
Telles sont les indications que les anciens nous ont laissées sur les forêts de l'Afrique septentrionale.
L'étendue et la densité des forêts, la répartition des espèces qui les composent dépendent du climat, de l'altitude et de la constitution géologique du sol*.
En Berbérie, la région forestière par excellence est la longue zone qui s'étend en arrière du littoral, depuis la grande Kabylie jusqu'au delà de la Khoumirie : zone montagneuse, où les
i. Voir plus haut, p. 139-140.
:!. » Frondes eu pressi similcs, praeterquam gravitate odoris. ■ Cela peul vouloir dire soit que l'odeur de ces arbres est moins forte que celle des cyprès, soil qu'elle est, au contraire, plus forte. On a proposé de corriger : « praeterque gravitaient odoris >. Si .1 i ii (XXIV, 8), qui a copié ce passage, écrit : « Arboribus proceris opacissimus (Atlas), quarum odor gravis, comae cupressi similes, etc. »
4. Guyon, dans Comptes rendus de l'Académie des Sciences, XXXIII, 1 S "> 1 , p. 42 il. Lacroix, /. c, p. 105.
5. ("ont. Rivière et Lecq, Manuel de l'agriculteur algérien, p. 845-6.
li. Pour ce qui suit, voir surtout Lefebvre, les Furets <(/• l'Algérie, p. 68 et suiv., avec la noie dr M. Ficheur.
pluies sont abondantes et où dominent les terrains siliceux . formés surtout de grès, très propices à la végétation arbustive. C'est le pays du chêne liège *, espèce silicicole. qui exige au moins 0 m. 60 de pluie et qui s'élève jusqu'à 1 300 mètres, tout en prospérant surtout entre 000 et 800 mètres. C'esl aussi le pays du chêne zéen, qui commence à apparaître à une altitude d'environ 800 mètres et s'élève plus haut que le liège, jusqu'à 1 800 mètres environ.
Les terrains calcaires, qui forment une grande partie des montagnes de l'intérieur, sont également des terrains forestiers, mais, comme ils reçoivent en général moins de pluie que la zone cùtière. ils portent surtout des espèces qui demandent peu d'eau. L'arbre typique est le pin d'Alep3, très peu exigeant pour le sol comme pour l'humidité (il se contente de II m. 30 de pluie). Il s'avance jusqu'à la lisière du Sahara et atteint une altitude de 1500 à 1000 mètres. Il est souvent accompagné du genévrier de Phénicie, petit arbre qui s'élève jusqu'à
I 700 mètres.
Parmi les autres espèces, le chêne vert, le thuya et le cèdre s'accommodent aussi bien des grès que des calcaires. Le chêne vert, arbre sobre et robuste, forme des boisements importants entre 600 et I 200 mètres environ, mais il peut atteindre
I Ton mètres. Le thuya ne dépasse guère 800 mètres: il est
fréquemment associé au pin d'Alep. Le cèdre vient entre
I 300 Cl 2 000 mètres.
Les causes naturelles qui régissent la végétation forestière en
Afrique ne paraissant pas s'être modifiées depuis l'antiquité, il
n'v a point lieu de supposer que la répartition des espèces ail
été différente de ce qu'elle est aujourd'hui.
En ce qui concerne la densité el l'étendue 'les forêts, il cou
vienl de se souvenir de certains textes anciens, qui montrent
I. il occupe plus de I 10 000 hectares en Ugérie eH environ 130 000 en Tunisie. l. En Algérie, il couvre plus de S 00 hectares.
qu'il y avait dams l'Afrique septentrionale de très vastes espaces non boisés.
Dans la célèbre description de Salluste '. on lit ces mots : ager... arbori infecundus. Certes, l'affirmation <le l'historien est beaucoup trop absolue : les documents que nous avons cités l'attestent. .Mais, si l'absence d'arbres a frappé Salluste. qui fut, on le sait, gouverneur de l'Africa nova (l'Ouest de la Tunisie et l'Est de la province de Constantine), il fallait bien qu'elle fût réelle pour une bonne partie du pays. « En Numidie, écrit Columelle au premier siècle de notre ère, le sol, généralement dépourvu d'arbres, est ensemencé en blé 2. » Saint Augustin, voulant montrer, contrairement aux prétentions des donatistes, qu'un passage de l'Ecriture, où il est question d'un mons umbrosus, ne peut pas s'appliquer à la Numidie, décrit ainsi cette région'1 : « Tu y trouves partout la nudité, des campagnes fertiles, il est vrai, mais portant des récoltes: elles ne sont pas riches en oliviers, elles ne sont pas égayées par d'autres arbres. » Ailleurs, il dit '" : « Prenez un Gélule, placez-le parmi ces arbres agréables (il s'agit des alentours d'Hippone) : il voudra fuir d'ici et retourner vers la Gétulie nue. » César. combattant aux environs d'Hadrumète et de Thapsus. dut faire venir de Sicile du bois pour fabriquer des machines.' car les matériaux nécessaires, observe l'auteur du Bellum africum, manquaient en Afrique '. A l'intérieur des terres, les régions de Capsa (Gafsa) et de Tbala étaient nues au temps de Jugurtbac et