‹ Histoire ancienne de l'Afrique du nord (volume 5)Chapitre 126 sur 404 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Pendant tout le cours de leur histoire, les populations de l'Afrique du Nordonttiré presque uniquement leurs ressources de la culture et de l'élevage. Il n'y eut dans l'antiquité qu'une exception : Carthage, grandi' ville industrielle et commerçante.

11 ne sera donc pas inutile d'exposer brièvement quelles furent, dans la Berbérie d'autrefois, les conditions de l'exploitation du sol. L'étude des régions naturelles et du climat a montré qu'elles ne pouvaient pas être partout les mêmes, qu'elles ne permettaient point partout des résultats également heureux.

Les végétaux cultivés dans l'Afrique septentrionale à l'époque antique furent ceux dont, le choix était indiqué par la situation de cette contrée, ceux qui, depuis une longue série de siècles, sont répandus dans les autres pays de la Méditerranée. Nous n'avons pas à parler ici de certaines plantes dites exotiques, que les anciens ont peu connues; qu'en tout cas, ils ne paraissent pas avoir acclimatées en Berbérie, où elles ne peuvent réussir que dans quelques lieux privilégiés : tels le cotonnier et la canne à sucre, cultivés çà et là à l'époque arabe'; tel le

I. Pour I'' cotonnier, voir de Mas Latrie, Traités ■'■■ paix et de commerce concer

riz, qui n'a été introduit dans l'agriculture méditerranéenne qu'au moyen âge '.

Dans l'Afrique du Nord, ce sont surtout les sols argilo-calcaires (marnes) et silico-calcaires qui conviennent aux céréales '. Les premiers constituent des terres fortes, exigeant un labeur intensif; les autres, des terres légères, faciles à travailler, absorbant et conservant bien l'humidité, dont l'agronome romain Columelle a pu dire : « En Afrique, en Numidie, des sables friables l'emportent en fertilité sur les sols les plus robustes 3. »

La distribution des couches de phosphate de chaux est importante au point de vue agricole. On sait qu'elles représentent des sédiments, d'épaisseur variable, qui se sont accumulés le long d'anciens rivages à l'époque tertiaire, dans la période éocène, et. où abondent les restes de grands poissons, les coprolithes, les coquilles de mollusques, etc.4. L'érosion a attaqué

liant les relations des chrétiens avec les Arabes de l'Afrique septentrionale, p. 221; Lacroix, dans Bev. africaine, XIII, 1869, p. 166-7 et 344. Pour la canne à sucre : Mas Latrie, /. c. p. 21S; Lacroix, (. c, p. 107 (rouf. Berbrugger, Rev. africaine, VI, ING2. p. llfl-0).

1. Movers [die Phôni;ier, 11. 2, p. ill. noie) semble disposé a faire venir le mol latin oryza (riz) du berbère « aruz ». Mais le ternie rou:. dont tes Berbères se servent, est un mol qu'ils mit emprunté aux Arabes, el oryza esl évidemmenl une transcription du grec. — Un passage de Strabon iXVII. 3, 23), relatif a l'oasis d'Aijgila, au Sud de la Cyrénaïque, se lit ainsi : ôpyÇoTpo?sï l'y, -,-r, 5t« ton «•j-/(iôv. Mais dire que la sécheresse esl mu- condition de la cullure du ri/, est une absurdité. Le texte est donc altéré ; roir dans l'édition de M ni 1er, p. 1044, les diverses corrections proposées (conf. le même, édition de Ptolémée, n. à p. <>T 1 1.

2. Les terrains siliceux qui s'étendent sur la majeure partie de la région littorale, dans la province de Constantin* et le Nord de la Tunisie, manqueul de calcaire el ne sonl poinl propices à la culture des céréales, si on ne les amende pas. Certains sels, comme ceux de la plaine voisine d'Oran, de quelques plaines du centre de la province de Constantine, soat rendus infertiles par leur forte salure.

:i. De re rustica, I. préface : ■■ In Unra, Numidia putres aœenae fecunditate

vel robustissimum solum vincunt. ■■ Conf. le même, 11. 2. 25 : ■■ ... Numidii l

\cgypto, ulii plerumque arboribus vid'uum solum frumentis seminatur. Vtque

eiusi li lerram pinguibus arenis putrem, veluli cinerem soJutam, quamvis

levissimô dénie moveri satis est. < Pline l'Ancien (XVII, U) parle des terres du

Byzocium, où, après les pimes. le travail de la charrue se fait très facilement,

i. Rappelons à ce propos un passage assez curieux de Pomponius Mêla (I, 32) :

Inlerius (a l'intérieur de la Numidie) el longe satis a litlore, si (Idem ces

ces dépôts eu beaucoup d'endroits, en a charrié d'innombrables parcelles, éléments de fertilité qu'elle a mêlés au sol des vallées et des plaines. « 11 est curieux d'étudier, écrit un géologue1, la répartition des ruines romaines [en Tunisie ; on constate que les ruines d'exploitations agricoles sont tout particulièrement nombreuses sur les marnes de l'éocène, qui accusent toujours une teneur notable en phosphate de chaux ». Les principaux gisements de phosphate aujourd'hui connus se trouvent au Sud-Ouest de Kairouan (à Sidi Nasser Allah); entre le Kef et Tébessa et dans le voisinage de cette dernière ville; à l'Ouest de Gafsa, sur une longueur d'une soixantaine de kilomètres; au Sud du pays des Némenchas (djebel Ong); dans la région de Souk Aluas; dans la Medjana (au Sud-Ouest de Sétif); aux environs d'Aumale, de Berrouaghia, de Boghari.

.Mais l'étendue des sols géologiquement fertiles surpasse celle des terres où la culture des céréales peut se faire dans des conditions favorables. Une tranche de pluie de 35 à 40 centimètres est en général considérée comme un minimum nécessaire pour le succès des récoltes. Or, d'après un calcul approximatif, il n'y aurait guère, en Algérie et en Tunisie, que 18 millions d'hectares recevant II m. 40 de pluies annuelles- : c'est à peu près le tiers de la France. Pour suppléer par l'irrigation au manque ou aux caprices des précipitations atmosphériques, il faudrait disposer de réserves d'eaux, superficielles et souterraines, bien plus abondantes qu'elles ne le sont en Berbérie. On évalue à environ 220000 hectares la surface totale des terres irriguées actuellement en Algérie et en Tunisie1, et si de futurs travaux

capit, iiiiruin ad Iiiim spinae piscii muricum oslrearuinque fragmenta, saxa

adtrilii, uii soient, (luclibus el non differentia marinis, infixae cautibus anchorae !] el alia eiusmodi signa atque vestigia effusi olini usque ad ea loco pelagj in campis nihil alentibus esse invenirique aarrantur. » Conf. Strab m, XVII, 3: 11.

1. Pervinquière, dans Revue scientifique, 1905, II. p. 353. \"ii aussi Bernard el Fichcur, dans Innalesde Géographie, XI, 1902, p. 365.

2. S.'iui'iii. l'Avenir (/<■ l'Afrique du Nord (Paris, 1896), p. 18.

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