‹ Histoire ancienne de l'Afrique du nord (volume 5)Chapitre 20 sur 404 · I. Conf. Gentil, le Maroc physique, p · texte numérisé non relu

I. Conf. Gentil, le Maroc physique, p

rites qui font courir des risques graves à l'agriculture. Quelquefois, les pluies manquent presque entièrement : c'est heureusement l'exception. Pour un même lieu, les variations dans la hauteur totale des chutes sont souvent très fortes d'un hiver à l'autre1, sans qu'on puisse expliquer les causes de ces différences2.

Mais la quantité des pluies a beaucoup moins d'importance que leur répartition. « A Sidi bel Abbès, la moyenne annuelle des pluies n'atteint pas 0 m. 400, mais, grâce à leur bonne répartition, les récoltes donnent presque toujours les meilleurs résultats3. » Il faut surtout que l'eau du ciel tombe en octobrenovembre, afin qu'on puisse labourer les terres desséchées >et faire les semailles, puis en mais-avril, afin que les plantes déjà formées s'imbibent de l'humidité nécessaire pour résister au soleil déjà chaud et achever leur maturité. Dans l'intervalle, il faut des alternatives de pluie et de beau temps'. Or, souvent, les pluies d'automne se font attendre, ce qui retarde les semailles et, par contre-coup, l'époque de la maturité, qui doit s'effectuer lorsque le soleil est devenu très ardent et après la date normale du maximum des pluies printanières. Souvent, la sécheresse, se prolongeant pendant des semaines et même des mois1', empêche la germination des grains et la croissance

1. Pluies ii Vlger en 1893, 0 m. 516; en issu, il m. 978 : Thévenet, p. 65. — A Ain Draham, en 1893, 0 m. 925; en 1891, 2 m. 253. \ Tunis, en 1904, 0 m. 31) :

en 1892, 0 m. 659. Au Kef, en 1897, 0 m. 310; en 1890, 915. \ Gafsa,

en 1891,0 m. 132; en 1890, 133. Voir Ginestous, |i 219 et 220. — Au cap

Spartel, en 1896, 0 m. .".72: en 1893, I m. 143 : Gentil, /. c, p. 201.

2. On connatl la théorie de Brtickner. Ce savanl admet des cycles d'une durée moyenne de 35 ans, comprenant chacun une suite de variations dans In température et la pluie, variations qui se reproduirai enl au cycle suivant. Mais nous n'avons pas les moyens de contrôler cette théorie pour l'Afrique du Nord. Notons cependant qu'à Alger, il s'esl écoulé 36 ans entre les deux maxima de pluies des périodes 1850-4 el 1886-1890 : Gauckler, dans Annales de Géographie, XII, 1903, p. 331.

3. Lccq, l'Agriculture algérienne l Vlger, 1900), p. 12. 1. Lecq, /. c, p. 9-10.

5. Sur sept .-m s, de 1887 à 1893, M. Saurin (F Avenir de l'Afrique du Nord,

Paris, 1896, p. 29) a compté à Tunis six hivers ayanl eu des sécheresses d'au n k 1 1 1 1 - deux Huns.

ii. LES CONDITIONS OU DEVELOPPEMENT HISTORIQUE.

des plantes. Enfin, les pluies de printemps, décisives pour la récolte des céréales, peuvent manquer tout à fait ou être très insuffisantes.

Ces pluies si capricieuses ne sont pas toujours bienfaisantes. Elles ont fréquemment une allure torrentielle1. C'est ce qui explique, par exemple, pourquoi Alger, avec cent jours de pluie, a une tranche d'eau supérieure à celle de Paris, où la moyenne des pluies est de cent quarante jours (Alger. 0 m. (182; Paris. Il ni. S94)2. Au lieu de pluies fines et prolongées, qui humectent le sol sans l'inonder et le bouleverser, qui pénètrent jusque dans les profondeurs et y forment des nappes d'où jaillissent les sources, de véritables trombes se précipitent. Alors, surtout dans les terrains argileux, nombreux en Afrique, les eaux ruissellent rapidement sur les surfaces inclinées, sur les sols durcis liai1 le soleil. Dans les ravins où elles convergent, des torrents se gonflent et roulent avec d'autant plus de force que les pentes sont souvent très ra'nles et les différences de niveaux brusques dans cette contrée tourmentée: ils entraînent d'abondantes quantités de terre végétale, provoquent des éboulements, creusent de profonds sillons, causent par leurs inondations de grands ravages; presque aussitôt après, leur lil est ville. Ces méfaits du ruissellement mil été aggravés, depuis des siècles, par le déboisement, dont nous aurons à reparler''. Les surfaces planes peu perméables, sur lesquelles les eaux de ces pluies sauvages tombenl directement du ciel ou dévalent des montaunes, se transforment subitement en des lacs, qui, du reste. disparaissent vite; car l'évaporation est lies forte pur suite de l'ardeur i\\[ soleil. Fréquemment aussi de la violence du

1. Voici quelques exemples pour la Tunisie (Ginestous, p. 384,308, 105, U7) : à Kelibia, du 20 novembre au I" décembre 1800, 0 m. 300 de pluie (0 m. 09J

dnns une seule jou •) au lier, le 10 septembre 1888, a m. 084; à Soussc,

le 22 février 1902, 0 m. 000; ù Gabès, le 10 mars 1002 : 0 m. 07 I.

2. Je donne ici les chiffres indiqués par M. ickler, dans limalcs de C ■

i hie, \ll, p. 235.

:i. Voir chap. i\ .

vent '. Dans des terres plus faciles à pénétrer, il arrive que le sol se détrempe tellement que les labours d'automne se font dans de mauvaises conditions, que les grains enfouis dans les champs et les racines naissantes pourrissent.

Les précipitations torrentielles prennent parfois la forme dorages de grêle, qui sévissent dans les pays élevés du Tell, c'est-à-dire de la partie, cultivable de la Berbérie. Ils ont lieu principalement en hiver et au printemps: dans cette dernière saison, ils peuvent être fort nuisibles à la végétation.

Les différentes régions de l'Afrique du Nord reçoivent des quantités de pluie fort diverses. Par exemple, à Ain Draham. en Khoumirie, la moyenne annuelle est de, 1 m. 641; à Philippeville, de 0 m. 766; à Constantine, de 0 m. 632; à Batna, de 0 m. 399; a Tébessa, de D m. 344; à Biskra, de (I m. I70-. Ces inégalités tiennent à plusieurs causes : voisinage ou éloignement de la mer: différences d'altitudes; accès plus ou moins facile que tel ou tel pays offre par son exposition aux courants atmosphériques chargés de vapeur d'eau.

Les vents humides viennent, nous l'avons dit. du Sud-Ouest, de l'Ouest et du Nord-Ouest, après avoir passé soit sur l'Océan, soil sur la Méditerranée. Les côtes occidentale et septentrionale il u Maroc, les côtes de l'Algérie, la côte septentrionale de la Tunisie, que ces vents rencontrent toutd'abord, sont donefavorisées sous ie rapport des pluies. Cependant elles ne le sont pas d'une manière uniforme. En face du Maroc et de la province d'Oran, la Méditerranée est beaucoup moins large qu'en face des provinces d'Alger et de Constantine et de la Tunisie; elle offre par conséquent un champ d'évaporation moins vaste. \

1. M. Bernard {Une Mission au Maroc, Paris, 1904, |>. '.u observe que, dans l<- Maroc occidental, l'évaporation parall être moins intense qu'en Algérie, le lerap restanl souvenl couverl après les pluies.

2. Les chiffres que ji' cite ici ri plus loin -oui empruntés à M. Tiiévenel

(p. 62, 63) -■! n M. G stous (p. 201 : Tunisie, années 1886-1900). Il- ne peuvenl

prétendre qu'a une exactitude approximative.

l'angle Nord-Ouest du Maroc, cet inconvénient est compensé par les vents qui viennent de l'Océan1. Mais, plus à l'Est, les vents du Sud-Ouest qui arrivent jusqu'à l'Oranie se sont dépouillés de la majeure partie de leur humidité sur l'Atlas marocain; d'autre part, les vents, particulièrement pluvieux. du Nord-Ouest atteignent le rivage africain après s'être presque débarrassés de leur vapeur d'eau sur les hautes montagnes du Sud de l'Espagne, et sans avoir pu la remplacer suffisamment dans leur courte traversée de la Méditerranée2. Plus loin vers l'Est, et à peu près depuis l'embouchure du tlhélif, ils se chargent d'humidité au-dessus de la mer intérieure, qui s'élargit de plus en plus, et ils viennent aborder de front le littoral, presque perpendiculaire à la direction qu'ils suivent. Il en résulte une augmentation des pluies, surtout au pied des mas- - sifs montagneux de la grande et de la petite Kabylie. Les moyennes sont, à Ténès, de 0 m. 594; à Alger, de 0 m. 7l>li :; A Bougie, de 1 m. 306; à Djidjeli. de 1 m. 007: à 15ùne. de 0 m. 738; à la Galle, de 0 ni. 801 ; à Tabarca, de l m. 094.

Quant à la côte orientale de la Tunisie, les vents pluvieux d'hiver ne l'atteignent qu'après avoir soufflé sur des espaces terrestres auxquels ils ont abandonné la plus grande partir de leur vapeur d'eau. Aussi les moyennes annuelles y sont-elles beaucoup moins élevées : 0 ni. 471 à Tunis, 0 m. 415 à Sousse, i) m. 246 à Sl'ax, Il m. 190 à Gabès\

Soit dans le voisinage de la mer, soit à l'intérieur des terres, il faut tenir compte des altitudes pour expliquer les différences des précipitations. On sait que les montagnes provoquent la

I. En dehors 'lu détroit, au cap Spartel, In moye les pluies a été île

h m. 810 | r la période L894 1904 : Fischer, \filtelmeer-Bilder, II, p. 335.

'J. Bernard ri Ficheur, dans Annales de Géographie, XI. 1902, p. 2:u. Conf. Phévenet, l.c, p. tïi. 71. Moyenne annuelle à Oran : 0 m. 480.

Page 1