‹ Histoire ancienne de l'Afrique du nord (volume 5)Chapitre 231 sur 404 · Il · texte numérisé non relu

Il

2. Sauf pour le nom de lieu Agadir (porl le la cote marocaine: ancien ni le

Tlemcen), qui s'explique par le phénicien : enclos, lieu fortifié. Pline, IV. 120 :

Gadir, ila Punica lingua saepem signiflcante •; Festus V viénus, Ora maritima, v. 268-9 : - Punicorum lingua conseptum locum Gadir vocabal »; conf. le même,

Orbis terraë, v. 615-6. En hébreu gadir signifie mur. On ne connaît pas de l

arabe semblable. VoirMovers, die Phônizicr, II. 2, p. 459, 622; Meltzer, Geschichte der Karthager, I. p. 147 ; Tissot, dans Mémoires présentés à l'Académie des Inscription . IN. i' partie, p. 255, a. I : Basset, Vidromah et les Traras, p. \i, n. 4; Mowat,

Bail, de ' i Société des antiquaires de France, 1910, p. 390-1 : Stui s, Zeilschrift fur

Assyriologie, XXVII, 1912, p. 1:23. - Pour quelques emprunts possibles des Berbères à la langue phénicienne, voir Stumme, I c . p. 125 el 126.

3. Voir des indications données par de Slane, l. c, p. 580-1 ; Tissot, Géogn

I. p. 419, n. I: Masqueray, Bull, de correspondance africaine, I. 1882-3, p. 243, n, I: Stiuri , /. <'.. p. 122.

la grammaire et sur la prononciation. Nous n'avons aucun moyen de dire s'il en a été de même «lu punique et du latin.

On a souvent cherché à rattacher le libyque à d'autres langues, parlées autrefois ou aujourd'hui encore en dehors du Nord-Ouest de l'Afrique. Dans cette question, il faut étudier les faits grammaticaux, bien plus que les mots, qui s'échangent facilement d'un idiome à l'autre. Les comparaisons faites par des érudits entre les dialectes berbères et le basque ', l'étrusque -, le grec3, les langues touranienncs* ont été conduites avec des méthodes critiquables et doivent être écartées. 11 n'en est pas de même pour l'égyptien ancien, devenu plus tard le copte5; pour des idiomes parlés en Nubie (entre le Nil et la mer Houge). en Abyssinie et au Sud de cette contrée; pour ceux des Gallas, des Somalis, des Massais; pour le haoussa (entre le lac Tchad et le Niger) et le peul (disséminé dans le Soudan central et occidental)". La parenté de ces différentes langues entre elles et avec les dialectes berbères peut être aujourd'hui

1. Voir, entre autres, von der Gabelentz, die Verwandtschafl des Baskischen mit den Berbersprachen Vord-Africas (Brunswick, lS'.li): 11. Keane, \tan past and présent, l>. 460-2; de Charenccy, issociation française pour l'avancement des sciences, l'an. 1892, II. p. .'i7:i-S: I.' même, Journal asiatique, 1904, I, p. 334-540. Contra : Bladê, Études sur l'origine des Basques, p. 322-9; Tissot, I, p. 424. Il v aura peut-être lieu île reprendre cette question, mais avec d'autres procédés de comparaison.

2. Brinton, dans Proceedings of the munir, m philosophical Society, XXVI, 1889, p. 314-527; XXVIII, 1890, p. 39-52.

3. Bertholon, Revue tunisienne, X-XIII, 1903-6 [Origine ri formation ./ /a langue berbère : la libyque aurait air un dialecte hellénique, importé par une immigration thraco-phrygienne el encore transparenl dans les dialectes berbères.

i. Itiuii. Bévue africaine, \\Y-\\\III. 1881-9 (Essai d'études linguistiques ri ethnologiques .<nr les origines berbères).

5. Pour la a paraison des procédés grammaticaux de l'égyptien el -lu her

bère, voir de Roche titeix, dans Congrès international des Orientalistes, Première

ses ion (Paris, 1873), Compte rendu, Il 1876), p. 66 li»i.

li. Voir <'.. Meinhof, die Si.nirl,,-u der Hamiten i Ibhandlungen des Ilamburgischen linstituts, IV 1912). Quelques savants, entre autres \l. Delafos >• cxcluenl de ci' groupe la haoussa al la peul.

regardée comme démontrée. On a ainsi constitué une famille linguistique que l'on appelle d'ordinaire chamitique ' : famille qui s'étend ou s'est étendue sur tout le Nord du continent africain, depuis le cap Guardafui jusqu'à l'Atlantique, qui s'avance au Sud-Est jusqu'entre le lac Victoria-Nyanza et l'Océan Indien, et qui, dans le Soudan, est représentée çà et là au milieu de langues très différentes 2.

Mais cette parenté est évidemment très lointaine. Plusieurs milliers d'années avant notre ère, l'égyptien était constitué et suivait ses destinées; le libyque, de son côté, a développé son système grammatical d'une manière autonome. Il semble vain de se demander dans quelle partie de la terre a été parlée- la langue qui leur a donné naissance, ainsi qu'aux autres idiomes de la famille chamitique.

Celle-ci a été parfois qualifiée de protosémitique 3. Par ce mot, des savants ont voulu indiquer leur croyance à une parenté, du reste fort éloignée, des familles sémitique et chamitique '". On remonterait ainsi à une langue parlée à une époque extrêmement reculée, dans un pays qui a pu être soit en Afrique, soit en Asie (comme on le croit d'ordinaire, mais sans preuves ). Les deux branches de cette langue se seraient diversement développées, la famille chamitique s'étant arrêtée à des procédés grammaticaux élémentaires : d'où le nom de protosémitique qu'on a proposé de lui donner.

I. Renan, Histoire générale des langues sémitiques, p. 88 de la -" édition. Lepsius, Vubische Grammatik, p. xv-xvi. Ele.

1. iin v ;i rattaché .'uissi la langue des Hottentots, au Sud-Ouesl de l'Afrique.

:t. Basset, Manuel <!■■ langue kabyle, p. I.

1. Sur la parenté probable de l'égyptien <•! des langues sémitiques, voir Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, I. p. ii'> (el n. : indications bibliographiques) : ■ On peut presque affirmer que la pluparl des procédés grammaticaux en usage dans les langues sémitiques se retrouvent dans l'égyptien n l'étal rudimentaire. » Pour la parenté des deux familles chamitique ri sémitiqui . voir en particulier I.. Reinisch, das pcrsônliche Fiirwort and die Verbalflexion inden chamito-semitischen Sprachen (Vienne, 1009), surtout p. 308 el suiv.; Meinhof, /. '.. p. 227-S.

5. Voir par exemple Lepsius, (. <\. \<- xv cl xvm. Reinisch {l. <-., p. :ili) cherche au contraire en Vfrique le berceau du peuple chamito-sémite. i. 21

Quelles que soient les origines du libyque, nous le trouvons établi dans l'Afrique du Nord à l'époque où l'histoire commence pour cette contrée. Peut-on supposer qu'aux temps préhistoriques, d'autres langues y aient été parlées, sur des espaces plus ou moins étendus, langues qui s'y seraient introduites soit avant, soit après le libyque. et qui auraient ensuite disparu, ne laissant que quelques traces dans cet idiome. Les textes anciens ne contiennnent aucun renseignement à ce sujet. Quelques mots qui se rencontrent dans les dialectes berbères et qui rappellent plus ou moins des mots de même signification existant dans d'autres langues, par exemple le basque ou un idiome indo-européen", ne prouvent pas grand' chose. Il faudrait être sûr que ce ne sont pas des ressemblances trompeuses : on sait combien de gens, en compulsant quelques dictionnaires, y ont trouvé les matériaux propres à édifier les hypothèses les plus imprévues. Il faudrait être sûr aussi que ces mots ne sont pas d'introduction relativement récente dans l'une des deux langues, ou dans les deux. Quand même on pourrait démontrer que les ressemblances datent de très loin, on n'aurait aucun moyen de dire s'il s'agit d'emprunts faits d'un pays à un autre, ou de vestiges d'une langue conservés dans une autre langue qui aurait remplacé la première.

L'onomastique géographique a plus d'importance : ellr a parfois permis de délimiter l'aire d'idiomes disparus ou réduits avec le temps à un étroit espace.

I. Hérodote (IV, 159) parle d'un roi des Libyens de Cyrénaïque qui s'appelail

v .;■,. (in .'i supposé que l'historien .'i pris ici pour un nom propre un nom

commun, qu'on retrouverail dans le sanscril adikarana, avec le .-mis de chel :

Tissot, I. p. 110, n. I : conf. Le Page Renouf, Proceedings of the Society of biblical

Irchœology, Mil, 1891, p. 601. Il me parait tout a fait invraisemblable qu'un mol

se si, il ainsi i serve presque intocl à travers les siècles, el comme un témoin

isolé, dans deux contrées si éloignées.

Hérodote1, le Périple de Scylax- et Ptolémée3 indiquent un ou plusieurs lacs et fleuves appelés Tpt/cwvîç (Tpraovï:'.; dans Ptolémée), Tpraov, qu'ils placent certainement dans la Tunisie actuelle. Ces noms se retrouvent dans plusieurs régions de la Grèce4. Ils ont dû être introduits dans la nomenclature géographique de l'Afrique du Nord par les Grecs. Mais ce ne fut sans doute qu'en pleine période historique, après que ceux-ci eurent pris pied en Cyrénaïque. où il y eut aussi un ou deux lacs Tpvttovtç ". Le nom qu'ils donnèrent d'abord à des lacs du pays qu'ils occupèrent, ils l'auraient ensuite reporté plus à l'Ouest, de même qu'ils reportèrent vers l'Occident le jardin des Hespérides et le royaume d'Antée6. On ne saurait affirmer, sur ce prétendu témoignage, que des étrangers, parlant le grec, se soient établis en Tunisie à une époque très lointaine7.

Sur la frontière militaire constituée par les Romains au Sud de la petite Syrte, l'Itinéraire d'Antonin indique un lieu qu'il appelle Tillibari*. Il faut en convenir : ce nom rappelle fort celui d'Iliberri", que l'on rencontre dans l'onomastique ancienne de l'Espagne et du Sud de la Gaule, et que l'on regarde comme ibère; le basque atteste qu'Iliberri est composé de deux éléments, dont le premier signiiie lieu habité et le second nouveau ' '.

t. IV, 178, 179, 180, 186, 187, 188.

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