‹ Histoire ancienne de l'Afrique du nord (volume 5)Chapitre 264 sur 404 · Puniques, 111, 2.'io · texte numérisé non relu

Puniques, 111, 2.'io

30i i.iiLnMSATInX PHÉNICIENNE, EMPIRE DE CABTHAGE.

Sabratha (ville située à l'Ouest de Tripoli)'? On peut hésitera l'affirmer. D'après une indication d'Ératosthène ', rapportée par Strabon. trois cents colonies tyriennes auraient existé jadis le long de l'Océan, sur le littoral du .Maroc actuel, et auraient été ensuite ruinées par les indigènes2. Mais Artémidore et Strabon3 ont contesté l'exactitude d'un chiffre aussi élevé, qui est en effet fort invraisemblable*.

Dans la question que nous étudions, ni la linguistique, ni l'archéologie ne permettent de compléter, de rectifier les témoignages des anciens. Les noms de lieux qui se rattachant à la langue phénicienne abondent sur les côtes de la Berbérie, mais nous ignorons quand ils ont commencé à être en usage : peut-être datent-ils seulement de la domination de Carthage, qui fonda de nombreuses colonies maritimes. < l'est à la même époque, ou même à des temps plus récents, qu'appartiennent les antiquités de type phénicien découvertes çà et là jusqu'à ce jour.

Quelle est donc la valeur des textes que nous avons énumérés? On semble en général disposé à la regarder comme à peu près nulle. Selon Meltzer . il n'y aurait guère là que Ae> échos d'indications suspectes et d'une chronologie arbitraire, consignées dans l'ouvrage historique qui fut écrit par Timée au 111e siècle avant J. -G.

Timée a été certainement mis à contribution dans le traite'1 attribué à Aristote et il est. non pas évident, comme on l'assure,

1. Peut-être d'après le Périple d'Ophellas, qui pourrait dater de la fin du iv* siècle : conf. Strabon, XVII, 3, 3.

2. Strabon, XVII, :i, :i (xserosxîas ...naXaià? Tvpiwv) et S ($otvtxtxàç T.o't.v.;). Echo dans Pline l'Ancien (V, S), qui confond ces vieilles colonies avec celles d'Hannon.

:t. Ll.cc. Movers (I '■-, p. •">-•'> <■! suiv.) ri Mùller {Geographi graeci minores, I. |i. xvm-xix) mil cherché en vain a défendre celte assertion. Contra : Uling, der Periplns des Hanno, |>. 12. n. 39.

•I. Strabon (XVII, >. '-> mentionne sur ce littoral des établissements de commerce phéniciens, $oivtxcxc(C iiutopixà; xatotxta;. Mais cette expression n'indique pas nécessairement îles fondations faites ii une époque Lointaine par des Phéniciens d'i trient.

.".. L. c, I, p. 106, lus, 150-460.

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mais très probable que le passage relatif à la fondation d'Utique vient de lui'. Diodore de Sicile s'est aussi beaucoup servi de Timée dans son cinquième livre"; nous pouvons, sans être trop affirmatifs, admettre un emprunt pour le passage cité plus haut3. Quant à Strabon, à Velleius Paterculus, à Pline, on n'a pas démontré qu'ils se rattachent à l'historien sicilien4, non plus que Salluste.

I tailleurs, lors même qu'il faudrait ramener les textes cités au témoignage du seul Timée, celui-ci mériterait-il d'être récusé? Timée a pu disposer de renseignements d'origine punique5 et l'on ne voit pas pourquoi il les aurait altérés. Les Phéniciens eux-mêmes ont pu garder le souvenir des dates auxquelles certaines colonies avaient été fondées. Nous savons qu'ils avaient des ères de temples, en Occident comme en Orient'1. Poniponius Mêla7 le dit nettement pour le fameux sanctuaire d'Hercule, voisin de Gadès el sans doute contemporain de la fondation de la ville8. Les indications de Pline permettent de supposer qu'il en était de même pour les temples d' \pollon à Utique et d'Hercule à Lixus. Le point de départ de ces ères avait-il été li\é après coup, d'une manière arbi-

1. Geffcken, Timaios' Géographie des Western (Berlin, 1892), p. '.i7

2. Dans l'1- vingt-trois premiers chapitres de ee livre : Geffcken, /. •-., y. 02 et suiv. (après Mùllenhoff).

4. Pour les deux premiers, "ii indique (sans preuves) des intermédiaires, Posidonius el Trogue-Pompée. Le passage de Pline sur Utique s.' trouve au livre XVI. Or un Timaeus mathematicus esl indiqué mit la liste des auteurs consultés dans <■.' livre; il esl cité expressément dan- le texte (XVI, 83), il propos

di' la chute des feuilles. Mais rien ne prouve que <-.■ Ti soil aussi la source

du passage qui nous occupe; il n'csl pas certain non plus qu'il soil identique a I imée l'historien.

5. Conf. De mirab. auscull., passage cité p. 360, n. 7 : - comme '-''la esl écril dans les histoires phéniciennes ».

li. Pour 1'- temple d'Héraclès a Tyr, voir Hérodote, II. 44. — Une autre ère

tyrienne paratl avoir com ncé en 1199 ou ru 1 198 : conf. I uger, Rhein

Muséum, XXXV, Insu. p. :il-:i2 : lluhl, ibid., XI, IX. 1894, p. 203; E. Meyer, Geschichte des Altertums, édit., I. 2, p. 393. 7. III. 46 : ■ Innorum quis mancl ab Iliaca tempestate principio sunt. » s. Comme l'indiquenl Strabon (III, ■>. .'ii h Diodore (V, 20).

306 COLONISATION PHENICIENNE, EMPIRE DE CAI1THAI1E.

traire? C'est peu probable. A la fin du second millénaire, les Phéniciens n'étaient nullement des barbares, et nous croyons sans peine qu'ils étaient capables de transmettre à leurs descendants la date de quelques événements capitaux de leur vie politique et religieuse'. En ce qui concerne Utique, nous constatons que. plus tard, elle conserva une situation privilégiée dans l'empire de Carthage- : il n'est pas trop téméraire de supposer qu'elle l'ait due à une sorte de droit d'ainesse3. Rappelons enfin que la date donnée par Josèphe pour la Fondation d'Auza a été empruntée à un document tyrien, et non pas à Timée.

On n'a donc pas prouvé que ces divers textes aient une origine commune et dénuée de valeur historique. On n'a pas prouvé non plus que leurs indications soient contraires aux vraisemblances. Evidemment, ce sont des témoignages peu sûrs, puisque leurs sources nous échappent. Mais la suspicion ne nous paraît pas devoir entraîner une condamnation sommaire.

Si l'on est disposé à croire qu'ils ne méritent pas d'être écartés, on doit admettre que les Phéniciens commencèrent à connaître les côtes de l'Afrique du .Nord un certain temps avant la fin du xii" siècle ' : des colons ne pouvaient pas partir à l'aventure vers des parages inexplorés. Il est probable que, dès

1. Naturellement Slrabon el Velleius ne sont pas suspects parce qu'Us mentionnent ta guerre de Troie : ils ont pu combiner <l'-~ dates exactes avec une date légendaire, mais regardée comme historique.

2. Polybe, III. 24, I et 3; VII. 9, S el 7. Voir au chapitre suivant, § VI.

3. Outre 1rs textes qui donnent une date précise, Sillus [talicus (III, 211-21 cl Justin (XVIII, i. - et 5, I-) disent qn'Utique lui fondée avanl Carlhage. -

M. Beloch (Rheinisches Muséum, XI. IX, 1894, p. 122) esli [ue la Fondation

d'I tique n'a pas pu être antérieure à celle de Carlhage, - beaui p mieux sil

Cet argumenl me semble avoir peu de valeur. Le site d'Utique olTrail des communications plus faciles avec l'intérieur que celui de Carthage; il étail cependant mieux protégé contre des surprises, si l'on admel que la ville primitive élail établie dans une Ile (soir plus loin, p. 369). D'ailleurs il n'es! pas certain que les c lions phéniciens aienl eu le libre choix des emplacements : il leur fallait sans doute tenir compte des dispositions <Jrs Indigènes.

i. Il esl toul a laii impossible d'évoluer la durée de cette période antérieure u la véritable col salion. Peut-être a-t-elle été assez courte.

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le début, les lieux qu'ils fréquentèrent furent assez nombreux : leur navigation, qui devait être surtout un cabotage, avait besoin d'une suite d'abris, d'échelles, où ils pussent se réfugier en cas de tempête, attendre les vents favorables, se pourvoir d'eau, se reposer de leurs fatigues, réparer les avaries de leurs bâtiments '.

Nous aurons à revenir sur le commerce très actif et très rémunérateur qu'ils firent avec le Sud de la péninsule ibérique. Pour retourner chez eux, ils devaient suivre volontiers le littoral africain : un courant assez fort, qui longe cette côte depuis le détroit de Gibraltar, favorisait les navigations d'Ouest en Est -. On a même supposé' que leurs premiers établissements en Afrique furent des escales sur la route qui les ramenait d'Espagne. Après avoir parlé des gros profits que leur procura l'argent tiré des mines espagnoles et rapporté en Orient sur leurs vaisseaux. Diodore* ajoute qu'ils accrurent ainsi leur puissance au point de pouvoir envoyer des colonies dans diverses contrées, entre autres en Libye. Si cette assertion est exacte, nous devons en conclure que les colonies mentionnées plus haut sont postérieures au développement que donna à leur marine marchande l'exportation de l'argent ibérique. .Mais cela ne prouve pas qu'il en ait été de même de leurs plus anciens établissements des côtes africaines. Comme Diodore le dit ailleurs . ils purent fréquenter ces rivages pour y trafiquer avec les indigènes, se contentant d'abord de visites plus ou moins longues, puis fondant des comptoirs permanents, l'ius tard seulement, ces stations de commerce auraient servi d'escales aux navires revenant d'Espagne; peut-être furent-elles

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