‹ Histoire ancienne de l'Afrique du nord (volume 5)Chapitre 7 sur 404 · Pervinquière, '. c, p · texte numérisé non relu

Pervinquière, '. c, p

des séries de dômes, souvent morcelés, séparés par des cuvettes : en particulier au djebel Zaghouane, haut de prés de 1 300 mètres, massif riche en sources, d'où les Romains ont tiré l'eau nécessaire à l'alimentation de la grande ville de Carthage. Cette chainc se diriare d'abord du Sud-Ouest au .\ord-Est. comme toutes les montagnes de la Tunisie septentrionale et centrale; puis, elle s'oriente vers le Nord et aboutit au fond du golfe de Tunis, près de Hammam Lif. Des plissements secondaires la flanquent et encadrent avec elle, au Nord, la fertile vallée de l'oued Miliane, cultivée partout dans l'antiquité; au Sud, la longue plaine de l'oued Nebaane, rivière qui se détourne ensuite vers le Sud-Esl pour rejoindre la sebkha Kelbia. Deux autres plis se prolongent jusqu'à l'extrémité de la péninsule du cap Hon.

Dans la Tunisie orientale, les côtes plates qui courent du golfe de Hammamet au golfe de Gabès précèdent la région dite du Sahel, bande de plaines basses, comme l'Enfida (entre la chaîne Zeugitane et la mer), ou de plateaux très peu élevés. comme celui d'El Djem. Au delà, s'étendent des bassins, dont la cuvette est légèrement concave et que limitent, de faibles bourrelets. I>es lacs à fond argileux se forment en hiver au centre de ces [daines, ne laissant guère sur le sol. pendant I été. que des efflorescences salines. Le plus important, mais non le [dus étendu, est la sebkha Kelbia, au Nord-Est de Kairouan, où convergent de nombreux oueds, qui viennent du Nord-Ouest, de l'Ouest, du Sud-Ouest, et prennenl leur origine soit dans la chaîne Zeugitane, soi! dans le plateau central. Ils m' sont pas grossis eu route par des affluents, car il n'y a que fort peu de snuives dans cette région, où il ne [dent guère, et ils n'alimentent que très médiocrement la sebkha, leur eau étant absorbée par l'évaporation, ou s'infiltrant dans des sols très perméables. La sebkha Kelbia n'esl cependant jamais tout à fait a sec. Elle a un émissaire qui la relie quelquefois, après de

fortes pluies, à une lagune du littoral, la sebkha d'Hérgla. On rencontre d'autres lacs plus au Sud; le plus grand est la sebkha Sidi el Ilani. au Sud-Est de Kairouan.

La Tunisie orientale a des espaces salés, qui ne comportent que l'élevage du mouton. Mais, en général, les terres, légères, sont composées d'éléments fertiles. Les blés des environs de Sousse étaient fameux dans l'antiquité pour la grosseur de leurs épis. Par malheur, les pluies sont très souvent insuffisantes pour la bonne venue des céréales : la chaîne Zeugitane et la masse du plateau central les arrêtent du côté du Nord- Ouest. Si les récoltes sont assez régulières autour de Sousse, elles deviennent très aléatoires plus au Sud et à l'intérieur du pays. Mais, comme l'a montré M. Bourde1, la constitution du sol se prête très bien à l'arboriculture. Sous la couche supérieure, où le sable absorbe rapidement la pluie et que les racines des céréales ne dépassent pas, existe, à une profondeur assez faible, une couche de tuf calcaire, peu perméable. Alors que la surface est complètement desséchée, le sous-sol reste humide : c'est là que se développent les racines des arbres. Ainsi, dans des campagnes où les oueds ne traînent que de misérables filets d'eau, taris en été, où les sources sont très rares, une population nombreuse peutvivrepar les cultures fruitières. A l'époque romaine, des plantations d'oliviers couvrirent une grande partie des steppes que parcouraient auparavant les troupeaux des nomades.

A l'Ouesl de cette zone, au Sud du plateaa central et des plaines qui continuent celles de la province de Constantine -, s'étend une région bordée au Midi par une vaste dépression, vers laquelle elle s'abaisse. Cette dépression n'a jamais été, comme on l'a soutenu, un bassin maritime, communiquant avec

1. Rapport sur les cultures fruitières, ™ particulier sur lu culture de l'olivier, ilnm le centre ■!>■ lu Tunisie, 'l'unis, édition il'1 1899.

2. On ne peul fixer la limite que d'une Façon assez arbitraire. Ce serait à peu près une, ligne passant par Kasserinc, Sbéitla, Djilma.

le golfe de Gabès. Elle est remplie par le chott el Djerid, qui projette au Nord-Est un long bras, appelé choit el Fedjedje, par le chott Gharsa et, plus à l'Ouest (au Sud de l'Algérie), par une suite de sebkhas aux contours capricieux, dont la principale est le chott Melghir.

Dans la Tunisie méridionale, les plissements qui s'allongent vers la latitude de Gafsa et plus au Sud, jusqu'aux chotts, sont généralement orientés de l'Ouest à l'Est. Ces chaînes hérissenl le pavs. limitant des vallées ou des plaines à profil courbe, dont le centre est occupé, pendant une partie de l'année, par des mares. Au Nord de Gafsa, courent, dans diverses directions, de petites arêtes, isolées ou soudées entre elles, dominant de larges plateaux.

Cette région est presque entièrement dénudée. Les pauvres pâturages des steppes sont broutés par des moutons, des chèvres et des chameaux. Cependant, en maints endroits, le sol n'est pas infertile : beaucoup de terres sont riches en débris de phosphate de chaux. Mais la pluie tombe trop rarement pour assurer les récoltes de céréales. Les cultures arbustives, qui résistent mieux à la sécheresse, se sont développées, aux premiers siècles de notre ère. dans les lieux où des aménagements hydrauliques pouvaient procurer aux hommes l'eau nécessaire pour vivre et faire quelques irrigations. Autour des rares sources, se sont formées des oasis, avec leurs palmiers. accompagnés d'autres arbres fruitiers. Ce pays de transition produit à la fois des dalles et des olives '.

A la lisière même du Sahara, que la domination romaine a atteinte, il y a de belles oasis dans le Djerid, entre le chott el Djerid el le chotl Gharsa; dans le Nefzaoua, à l'Est du chott el Djerid et au Sud du chott el Fedjedje; enfin, sur la mer, à Gabès.

I. I.a Blanchère, dans les \ luuelles Irchivesdes missions, VII, IS'.i", p. 83.

LES RÉGIONS NATURELLES DE L'AFRIQUE IlU NORD. 23

Comme nous l'avons dit, nous rattachons à l'Afrique du Nord, pour des raisons tirées de l'histoire, les terres qui bordent au Sud le vaste golfe des Syrtes. A l'Est de la grande Syrte, s'étend la Cyrénaïque, contrée à physionomie bien distincte, sorte d'île qui appartient à la Méditerranée orientale. Une colonisation prospère en fit un pays grec; plus tard, la Cyrénaïque, devenue romaine, ne forma qu'une province avec la Crète. Géographiquement et historiquement, elle appartient à un monde tout différent de ce que nous appelons l'Afrique du Nord.

Entre Gabès et le cap Misrata, le littoral, bas, bordé de dunes derrière lesquelles des lagunes s'étalent çà et là', semé d'oasis que séparent des espaces déserts, précède un pays de plaines légèrement ondulées, qui s'élève en pente très douce vers l'intérieur, (l'est la Dj effara des indigènes, dont la profondeur atteint 100 kilomètres à la frontière tunisienne et diminue vers l'Est. Sablonneuse et sèche, elle n'est pas habitée. Elle ne l'était pas davantage à l'époque antique, sauf dans sa partie Nord- Ouest, en Tunisie, où elle est très étroite : la proximité du bourrelet dont nous allons parler la fait, de ce côté, bénéficier de quelques pluies et permet d'utiliser jusque dans la plaine les oueds qui descendent des hauteurs, pour des cultures exigeant peu d'eau.

La Djelfara est dominée à pic par une longue suite de falaises calcaires, qui se dressent à une altitude moyenne de 300 mètres, formant un vaste demi-cercle, tourné vers le Sud, depuis les environs de Gabès jusqu'au voisinage du cap Misrata. Cette

1. Depuis les parages de Djerba jusqu'aux ruines de Sabratha.

zone ', que les indigènes appellent le Djebel (la Montagne), n'est que le rebord d'un immense plateau saharien. Elle est loin d'avoir l'aspect régulier d'un rempart continu. Sur une largeur variable, elle a été découpée, déchiquetée, démantelée par les érosions. Parfois, elle se présente en gradins. Certaines parties ont été détachées de la masse; elles constituent des avantchaînes dans la partie J\ord-Ouest du Djebel2. Au Nord-Ksi. ce qu'on nomme le djebel Tarbouna est un plateau raviné, qui l'orme une sorte de grand bastion, en saillie sur la bordure, et qui se prolonge, dans la direction de Khoms et de Lebda, par des collines s'élevant au-dessus du littoral3. Le brusque obstacle du Djebel contraint les vents humides qui soufflent quelquefois de la mer à se décharger de la vapeur d'eau qu'ils contiennent; les pluies, quoique peu fréquentes, permettent à une population assez nombreuse de vivre dans cette région. Des ruisseaux se précipitent en cascatelles à travers les crevasses, les couloirs tortueux, et servent à des irrigations; sur les pentes, ont élé constituées des terrasses étagées, que bordent des murs de soutènement et qui portent des champs d'orge ou des arbres fruitiers, surtout des oliviers et des figuiers. Au pied même des falaises, au delà des éboulis de la frange sabarienne, l'irrigation rend la culture possible. Mais les oueds s'épuisent très vite; ils n'ont pas la force de traverser la Djell'ara. Derrière le Djebel, commence le désert, immense champ de pierres.

Le littoral occidental de la grande Syrte, au Sud-Est du cap Misiala, est bordé par la longue lagune, aujourd'hui desséchée, de Taorga, vers laquelle convergent de nombreux oueds, venant de L'Ouest. Ces ravins sillonnent le plateau saharien qui, de ee côté, s'incline vers l'Orient et qui n'est qu'une vaste solitude. Mais les fonds plats et souvent assez larges des oueds

1. Elle porte suceessivemenl les noms de djebel Mat ma ta, djebel Demmi-r, djebel Douirat, djebel Nefousa, djebel YfTrène, djebel Gariana.

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