Collines de MsHi.-ii.-i
sont imprégnés de quelque humidité, cii rulatii par un parcours souterrain, et ne se refusent pas à de pauvres cultures. Ces thalwegs ont été peuplés dans l'antiquité, comme il- le sont encore aujourd'hui. Dans les intervalles pierreux qui les sépa rent, la vie a toujours été impossible.
Au Sud de la grande Syrte, le désert s'avance jusqu'au rivage. 11 n'y a rien à tirer de cette région; il a suffi aux anciens d'établir, le long de la cote, une route assurant les communications avec la Cyrénaïque.
Cet aperçu géographique montre combien l'Afrique du Nord manque de cohésion.
Si les régions que renferme la France sont très différentes, elles se groupent autour d'un noyau central, elles se succèdent sans violents contrastes, elles .s'ouvrent et se parcourent par des voies faciles, terrestres et fluviales. La France est un pays d'harmonie et d'équilibre. Il n'en est pas de même de la Berbérie. S'étendant sur une longueur de plus de quatre cents lieues, depuis l'océan Atlantique jusqu'au golfe des Syrtes, mais n'ayant qu'une largeur médiocre, elle se prête mal à la formation d'un empire unique, au développement d'une civilisation uniforme. A l'Ouest, il est vrai, la contrée fertile comprise entre l'Océan, le Mif et l'Atlas forme un ensemble assez bien agencé1; à l'Est, un grand plateau, d'ailleurs tourmenté, occupe le centre de la Tunisie, et de nombreuses vallées en rayonnent. Mais, même à proximité de ces deux régions, il en est d'autres que la nature a isolées : au Nord du -Maroc, le Rif,
1. Il ae l 1 1 1 1 i-i- [>oiiil.-i m t pas en exagérer l'unité : voir Th. Fischer, Vittelmeer- Bilder, II. p. :!7n. .Vu Sud de l'oued Bou Regreg, le pays très accidenté des /.ans sépare les deux régions qui onl actuellement pour capitales Fez el Merrakecli, coupanl en deux le pays obéissanl au sultan du Mann-.
hérissé de chaînes compactes; au Sud, le Sous, qui s'enfonce entre deux hauts remparts; au Nord de la Tunisie, le massif boisé de la Khouiuirie. Dans l'intervalle, l'Algérie est obstruée par des montagnes le long de la Méditerranée, en grande partie occupée par des steppes à l'intérieur des terres.
Dans ce corps long et mince, mal conformé, les cours d'eau n'assurent pas la circulation. La navigation n'est possible que sur deux ou trois fleuves de l'< >uest du Maroc '. qui sont séparés de la mer par une barre dangereuse. Les autres rivières se dessèchent presque toutes, ou n'ont qu'un débit insignifiant pendant l'été; en hiver, ce sont pour la plupart des torrents, se précipitant dans un lit encombré de rochers, par de fortes pentes. Leurs vallées mêmes n'offrent que rarement des voies d'un accès facile. Pour gagner la Méditerranée, de nombreux oueds coupent transversalement des chaînes parallèles à la nier; ils se fraient avec peine un passage par des gorges profondes et tortueuses, ou par de brusques cascades; d'autres, dont le cours s'adapte à l'orientation générale du relief, sont parfois resserrés entre deux plissements, ou doivent rompre çà et là des obstacles, par des défilés étroits. Le fleuve le plus important de l'Afrique septentrionale, la Medjerda, traverse, en amont et en aval des Grandes Plaines, deux régions tourmentées, où sa vallée se réduit à un couloir. Dans le Tell aleérien, les longues vallées du Chélif et de la Soummanes'étranglenl en deux endroits. Entre les plaines de Guelma et de Bône, la Se\ bouse est un fossé à parois rocheuses. Plus loin vers l'intérieur, îles oueds vont se perdre dans des cuvettes sans issue.
Les i i\ ières de la Berbérie ont quelquefois servi de limites politiques. Mais leur rôle économique a toujours été 1res modeste. Beaucoup changent de corn, selon les pays qu'elles
l . Siiriniii l'oued Sebou.
parcourent : ce qui prouve qu'on ne les suit guère. Au delà du littoral, les villes du Tell se sont élevées auprès de sources abondantes et dans des lieux faciles à défendre; elles n'ont pas été, comme tant de cités gauloises, des carrefours fluviaux.
Parmi les régions naturelles de l'Afrique du Nord, certains massifs montagneux sont très peuplés, malgré la médiocrité du sol, car les hommes s'y sentent plus en sécurité qu'ailleurs : tels l'Aurès, la grande Kabylie, le RiP. Il s'y est formé de petites sociétés, jalouses de leur indépendance, n'occupant que des territoires restreints.
La valeur des pays plats est, nous l'avons vu, fort inégale. Les uns ne reçoivent pas assez de pluie, d'autres sont marécageux, d'autres stérilisés par la forte proportion de sel qui se mêle à la terre. Sauf quelques régions étendues, surtout le centre de la Tunisie et l'Ouest du Maroc, les espaces fertiles ne forment que des îlots, qui contrastent avec la pauvreté et la rudesse des pays environnants, et qui communiquent difficilement entre eux, par des passages dont les montagnards sont les maîtres.
Cette vaste contrée était-elle donc destinée à n'avoir d'autre histoire que les annales monotones d'une foule de cantons, agités par des ambitions vulgaires et de mesquines querelles de
yoisinage?
Il est certain que les Berbères ont trop souvent dépensé leur énergie dans des luttes, sans grandeur et sans intérêt, d'individus, de familles, de coteries, de villages, de tribus. Ils ont presque toujours manqué des sentiments de large solidarité qui constituent les nations2.
1. H n'en est pas de même du Moyen el du Haut-Atlas, où la densité de la population esl faible : Bernard, le Mmor, p. 136, 163.
2. On peut dire d'eux ce que Strabon (III, 1, 5) disait des Espagnols : » ... n'ayanl d'audace que pour 1rs petites choses, mais incapables d'en entreprendre de grandes, parce qu'ils n'avaienl pas mi se far c en sociétés fartes ci puissantes, »
dépendant des rapports se sont établis de bonne heure entre les habitants des diverses régions de l'Afrique septentrionale. Une seule langue s'est répandue partout, celle dont dérivent tous les dialectes berbères. Dans les stations qui remontent à la civilisation de la pierre, on trouve déjà des indices de lointains échanges. La domestication de certains animaux dut rendre les relations plus fréquentes et plus régulières : le climat obligeait, en ell'et, beaucoup de pasteurs à transhumer. Les nomades du Sudeurentbesoin des céréales moissonnées par les agriculteurs du Tell, auxquels ils apportèrent les laines de leurs troupeaux et les dattes des oasis.
Des groupements, que nous appelons des tribus, naquirent sans doute des besoins de la défense et de l'attaque. Plus tard, des Etats se formèrent, unissant des régions naturelles distinctes, mais coupant en tronçons la longue bande nordafricaine. Cartilage s'annexa une grande partie de la Tunisie, un royaume se constitua dans le Maroc, d'autres royaumes s'étendirent sur l'Algérie et la Tunisie occidentale. Enfin, Home lit, en plusieurs étapes, la conquête de tout le pays. Mais chacune des provinces qu'elle créa vécut de sa vie propre. Tandis que Lyon fut véritablement la capitale des Gaules, Carthage, redevenue aux premiers siècles de notre ère une des plus grandes villes du monde, ne fut que le chef-lieu d'une de ces provinces.
Dans l'antiquité, l'Afrique du .Nord n'a jamais eu une entière unité politique et administrative, comme la vallée du Nil et les plaines ouvertes de la Mésopotamie1. Ses maîtres n'ont jamais pu faire accepter leur domination d'une manière définitive et complète. Les souverains des grands royaumes maures et n ides ne paraissent pas avoir élé aussi absolus qu'ils préten-
I. nu l'agriculture dépend d'irrigations qui exigenl des mesures générales el solidaires, par conséquenl un gouvememenl obéi il'' tous. Les conditions de l'exploitation du -"I >""l autres dans In Berbérie.
daient l'être; ils eurent souvent, comme Carthage, à réprimer des soulèvements de leurs sujets. La paix romaine fut fréquemment troublée par des révoltes d'indigènes, dont les moins graves ne furent pas celles qui éclatèrent sous le Bas-Empire, après plusieurs siècles d'occupation.
La structure du pays maintenait chez ses diverses populations le contraste des mœurs et des intérêts. La civilisation et la barbarie vivaient côte 5 côte : l'une, dans les plaines et les plateaux fertiles; l'autre, dans les régions déshéritées des steppes, dans les massifs montagneux qui dominaient et. iso laient les riches campagnes, et d'où elle guettait les occasions favorables pour se précipiter au pillage. Celle opposition a empêché la formation d'une nation berbère, maîtresse de ses destinées, et, quand la conquête étrangère a pu imposer à l'Afrique septentrionale une apparence d'unité, elle n'a pas réussi à fondre dans une harmonie durable des éléments aussi disparates.