‹ Histoire ancienne de l'Afrique du nordChapitre 17 sur 307 · Voir t. V, p · texte numérisé non relu

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C. Cassius Félix, De medicina, 13, édit. Rose : « Stigmata dicuntur characteres nomiuati, quos militantium manus, vel feminarum Maurarum vultus ostendit. Tolluntur periculose medicamento discoriatorio quod Graeci ecdorion vocant. Est •enim causticae et septicae virtulis, id est incensoriae et putriflcatoriae. Etc. •

7. De nombreuses observations et figures ont été publiées, mais une étude d'ensemble fait défaut. Voir, entre autres, Bertholon, Bull, de géogr. histor. du ■Comité, 1891, p. 4C4-9 (Khoumirie); le môme, Arclàves d^anthropol. criminelle, XIX, 1904, p. 756-786 (Tunisie); Carton, Ornementation et stigmates tégumentaires chez les indigènes de l'Afrique du Nord, dans Mémoires de la Soc. d'anthropol. de Bruxelles, XXVIIl, 1909, et liev. tunis., XX, 1913, p. 673-695 (Tunisie); Gobert, liev. tunis., XVI II, 1911, p. 32-41, et L'Anthropologie, XXXIV, 1924, p. .')7-90 (Tunisie) ; Jacquot, L'AnthropoL, X, 1809, p. 430-8 (Algérie); Herber, Rev. de l'hist. des religions, LXXIII, 1921, p. 09-83, cl L'AnthropoL, XXXllI, 1923, p. 87-104 (Maroc); Laoust,

des Berbères purs ', aussi bien que cbez des Arabes ou des Berbères arabisés : il n'y a donc pas lieu de croire qu'il s'est propagé depuis les invasions musulmanes^; du reste, le texte de Cassius Félix suffirait à réfuter cette opinion.

Parmi les tatouages, certains pourraient avoir un caractère ethnique, être des signes communs à un groupe de population, aux gens qui composent une tribu. Je doute, cependant, que de pareilles marques existent vraiment en Berbérie. Si des dessins sont plus fréquents dans telle ou telle région qu'ailleurs, cela ne prouve pas que les femmes qui les tracent les regardent comme des figures appartenant en propre à leur groupe, servant à en distinguer les individus et aussi à leur assurer une protection spéciale.

Que, d'une manière générale, les tatouages aient, — ou aient eu à l'origine, — une vertu protectrice, c'est ce qui ne paraît pas contestable. Ils sont des « amulettes permanentes » ", à la fois prophylactiques et curatives, contre maux matériels et influences nuisibles. Leur caractère magique explique pourquoi le Prophète les a proscrits, en les qualifiant d' « écriture du Diable ». Le petit signe en forme de croix que les Berbères tracent si souvent sur le front de leurs enfants est appelé el ayyacha \ « ce qui fait vivre » : témoignage du rôle tulélaire qu'on lui reconnaît encore et qui n'a certainement aucun lien avec le christianisme ^

Mais, à travers les siècles, la plupart des tatouages sont

Mots et choses berbères, p. 1.38-142 (Maroc). D'uae manière générale, Berthoion et Chantre, Recherches, I, p. 478 et suiv. ; van Gennep, Études d'ethnogr. algérienne, p. 83 et suiv.

i. P. ex., chez les Brâber du Moyen- Atlas.

2. Hypothèse de Doutlê, En tribu, p. 77. Contra : Laoust, l. c, p. 138.

3. Comme les appelle Doullé, Matjie et religion dans l'Afrique du Nord, p. 150. C'est évidemment le cas pour le symbole de la déesse Nit, que portent des chefs libyens au second millénaire avant J.-C. : v. supra, p. 11.

4. Le même nom s'applique à divers bijoux, qui sont des amulettes (conf. injra, p. 35, n. 4).

5. Les tatouages que la plupart des femmes portent, dit-on, au pubis, chez les Bràber, gardent sans doute aussi une valeur prophylactique.

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devenus des ornements, plus ou moins usités, bien plus dans les campagnes que dans les villes', et pour les femmes que pour les hommes. Il y a des populations berbères qui s'en abstiennent, d'autres qui en font un usage très restreint-, où les hommes laissent cette sorte de parure aux femmes. Sur le visage, les dessins, sobres et simples, occupent le front, fréquemment aussi, pour les femmes, les joues et le menton, parfois le bout du nez. D'autres peuvent être tracés sur les bras, les poignets, les mains, les mollets, les chevilles, les pieds, sur la gorge des femmes; bien plus rarement ailleurs.

Il convient de distinguer, autant qu'il est possible, les tatouages exécutés en tribu par des femmes, avec un répertoire restreint et une seule couleur, le bleu ■', et ceux qui sont des œuvres de professionnels, européens, turcs, tsiganes, etc., travaillant en ville ou faisant des tournées : ces gens ont des prétentions artistiques et usent souvent de motifs modernes,, non africains. Quant aux opératrices indigènes, elles admettent parfois quelques nouveautés, mais, d'ordinaire, elles seconforment à de vieilles traditions locales, qui assignent aux diverses parties du corps diverses séries d'images. Comme dans le reste de la décoration berbère, les motifs les plus fréquents sont des figures géométriques très simples : des points, des cercles, des combinaisons rectilinéaires, croix, chevrons, triangles, losanges, peignes. Il se peut que certaines de ces images aient été primitivement empruntées au règne végétal ou au règne animal*. Cependant, les femmes mêmes qui les exécutent machinalement et qui les combinent de différentes

1. Sauf dans U'.s bas-fonds des villes, ce qui n'a rien à voir avec les vieilles coutnmes berbères.

2. P. ex., à Djerba, au .\I/,ab, à Figuig. Pour dos différences à cet égard entre des tribus voisines, dans lo Maroc occidental, voir Doutté, Mcrrâkech, p. 246,. 313-4. Les nomades, en général, se tatouent plus que les sédentaires.

.3. Tirant souvent sur le noir ou sur le vert. 4. Conf. infra, |). 70.

manières, n'en savent rien, tant les déformations et les contaminations ont été profondes.

Et, dans tout cela, nous ne trouvons aucun repère chronologique ^ Sur des tatouages tunisiens, on a voulu reconnaître le signe dit deTanit-, symbole punique de la divinité^; mais c'est là, sans doute, une illusion *. Des étoiles enfermées dans un croissant pourraient aussi faire penser à des emprunts aux Carthaginois; mais elles ne se voient que dans des répertoires de professionnels : elles sont apparemment d'origine turque. En somme, si la haute antiquité de la majeure partie des tatouages berbères n'est guère douteuse, elle ne saurait être démontrée dans l'état actuel de nos connaissances \

Sur des monuments égyptiens, depuis une époque très lointaine ", mais surtout dans la deuxième moitié du second millénaire avant J.-C. \ des Libyens se reconnaissent à une particularité de leur coiffure : ils portent une longue mèche, plus ou moins épaisse, ou bien une natte, qui retombe sur l'épaule, en passant en avant de l'oreille, plus rarement audessus ou en arrière. Ces hommes étant représentés de profil,

i. lîerlholon (daas Assoc. franc, pour Vavanc. des sciences, Tunis, 1896, I, p. 201) a cru à l'origine égéenne de ces tatouages. Mais les arguments qu'il a donnés ne sont nullement convaincants.

2. Vercoutre, C. r. Acad. Incr., 1893, p. 71. Gonf. Berger, Hev. d'assyriol., III» p. 37 et suiv.

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