‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 1 sur 205 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

nous nous trouvons en mesure, non sans doute de ne pas regretter le naufrage de cette littérature, mais au moins de pouvoir l'apprécier sur de notables débris.

Eusèbe, pourtant, n'est pas notre seul témoin. Plusieurs des livres antiques dont il nous parle et même quelques-uns dont il ne parle pas se sont conservés jusqu'à nous; d'autres ont passé sous les yeux de liseurs infatigables et communicatifs, comme saint Epiphane, saint Jérôme et Photius. L'histoire littéraire du christianisme en sa primitive époque est chose possible. On l'a tentée souvent. L'Allemagne possède, en ce genre, l'exposition toute neuve et bien remarquable de M. 0. Bardenhever \ Depuis une trentaine d'années, l'actif laboratoire de M. Adolf Harnack travaille, comme Eusèbe avant la persécution, à rassembler les documents d'une grande synthèse. Le monde scientifique est tenu au courant des préparatifs par la collection des « Textes et recherches » ^ et surtout par la publication de deux ouvrages préliminaires sur la tradition de l'ancienne littérature chrétienne et sur sa chronologie ^.

1. Geschichie der alikirchlichen Litteralur, Herder, 1902-1903, 2 vol.

2. Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Litteratur, Leipzig, Hinrich.

3. Geschichte der altchristlichen Litteratur ; 1" partie : Die Ueberlieferung und der Bestand (1893) ; 2» partie : Die Chronologie (1897- 1904). Je dois mentionner aussi la collection des écrivains chrétiens des trois premiers siècles, publiée sous les auspices de l'académie de . Berlin : plusieurs volumes ont déjà paru.

PRÉFACE XIH

Ces travaux, auprès desquels il serait aisé d'en citer d'autres, originaires de France \ d'Angleterre et d'Italie, ont grandement éclairé les vieux textes et leurs mutuels rapports. La documentation a fait vraiment de grands progrès. Vers la fin du XVIP siècle l'honnête et judicieux Tillemont établit ses dissertations sur la plus consciencieuse étude des sources connues de son temps. Il serait bien étonné, s'il réapparaissait, de voir tout ce qu'on a découvert depuis.

Cependant il ne faut pas croire que le progrès des études ait modifié essentiellement, ou même grandement, la tradition qui s'exprime en ses doctes volumes. Les résultats partiels acquis par tant de découvertes et d'efforts tendent en somme à justifier la façon de voir des sages critiques du temps de Louis XIV. On est revenu des systèmes insensés dont Tubingue eut la primeur; d'autres, il est vrai, les ont remplacés, car le cerveau humain est toujours fécond en inventions bizarres. Mais il y a une opinion moyenne, représentée par les jugements des gens graves et sains d'esprit, qui s'impose au public de sens rassis. Je n'ai pas besoin de dire que je crois être de celle-là. Peut-être me flatté-je. Mais je me sens une égale horreur pour la niaiserie de certains systèmes et pour

1. Surtout P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrioue chrétienne,

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