Ep. LXVIII
naient leurs sectes pour passer à l'Eglise catholique pouvaient-ils être admis dans celle-ci ? Cette question paraît s'être posée avec quelque insistance vers la fin du Ile siècle, alors que les sectes pullulaient partout et que certaines d'entre elles commençaient à décliner. Deux cas pouvaient se présenter. L'hérétique converti pouvait avoir été initié au christianisme dans la grande Eglise ou dans la secte elle-même. Dans le premier cas, son initiation était sûrement valable, mais il avait commis une faute grave en abandonnant l'Eglise, et celle-ci était en droit de lui imposer une expiation pénitentielle analogue à celle des pécheurs ordinaires. C'est ce que l'on faisait partout. L'autre espèce était différente. L'Eglise catholique pouvaitelle reconnaître comme valable l'initiation accomplie par des sectaires, chrétiens de profession, mais en révolte contre l'autorité, séparés de la communauté des fidèles, attachés à des doctrines flétries ? En admettant que les bizarreries de leurs rites et de leurs formules en laissassent subsister l'identité essentielle avec ceux de l'Eglise, l'effet ne pouvait-il pas en être perverti par le sens que leur attachaient ceux qui s'en servaient ? Cette question, assez délicate, ne fut point l'objet d'une entente préalable; aussi vit-on bientôt paraître des solutions diverses. Elles peuvent se ramener à deux. En certains endroits, on rejeta absolument toute initiation célébrée en dehors de l'Eglise légitime. A Rome et en Egypte on introduisit une distinction. L'initiation chrétienne comprenait
L'AFRIQUE CHRÉIIENNE 423
deux actes, le baptême et ce que nous appelions la confirmation. Par le premier on était purifié de ses péchés, par le second on recevait le Saint-Esprit. Dans le rituel de ce second acte, un relief spécial était donné à une imposition des mains, accompagnée d'une invocation à l'Esprit septiforme. L'usage de Rome était de ne pas renouveler le baptême célébré par les hérétiques ; mais, comme on considérait que l'Eglise seule, l'Eglise légitime, est en situation d'invoquer efficacement l' Esprit-Saint, l'hérétique converti se voyait imposer les mains, comme pour la pénitence, en réalité pour qu'il reçut le Saint-Esprit.
A Carthage la répudiation totale s'autorisait d'une tradition assez longue. Tertullien, dans son traité du baptême, l'inculque expressément. Vers 220, elle avait été sanctionnée par un grand concile des évêques d'Afrique et de Numidie, réuni par Agrippinus. En Asie-Mineure, des conciles tenus à Iconium, à Synnada et en divers autres endroits avaient établi^ la même régie. Elle était également observée à Antioche et dans la Syrie du nord ^. La Palestine, sur ce point, comme sur l'observance pascale, suivait l'usage alexandrin 3.
Toutefois ces délimitations ne sauraient être consi-
1. Cyprien, ep. LXXV, 7 (lettre de Firmilien) ; Denys d'Alexandrie dans Eus., VII, 7.
2. C'est ce qui résulte de la Didascalie et des Constitutions apostoliques.
3. On peut le déduire de l'attitude d'Eusèbe en cette affaire. Pour lui « l'usage ancien » est que l'on ne renouvelle pas le baptême, mais seulement l'imposition des mains ; Cyprien lui fait l'effet d'un novateur.
dérées comme tout-à-fait rigoureuses. La centralisation était encore si peu avancée que, même en Afrique, il y avait des dissidences. En 255 1, le concile de Carthage fut saisi d'une consultation signée de dix-huit évêques numides qui avaient conçu des doutes sur la légitimité de l'usage dominant. Peutêtre ces évêques s'étaient-ils émus de la divergence disciplinaire qui, sur ce point, séparait les églises de Rome et d'Afrique. Quoiqu'il en soit, le concile jugea que l'usage africain devait être maintenu comme le seul légitime. Il répondit en ce sens aux évêques numides, eit leur donnant les motifs de sa décision 2. Peu après, Cyprien lui-même écrivit à un évêque mauritanien, appelé Quintus, pour répondre à des demandes analogues^. Déjà, dans cette lettre, on voit poindre un antagonisme spécial contre le pape Etienne, sans que celui-ci soit nommé. Au concile suivant, à l'automne 255 ou au printemps 256, Cyprien jugea opportun de couper court à toutes les objections que l'on soulevait en Afrique et de transformer en explications ouvertes la controverse indirecte et sourde qui divisait ses collègues. Il écrivit à Etienne*, en son nom et au nom de l'assemblée, et lui transmit, avec la lettre du précédent concile, celle qu'il avait
1. Les lettres du recueil de Cyprien qui ont rapport à cette affaire sont les lettres LXIX-LXXV. Toutefois la lettre LXIX Ad Magnum est encore en dehors de la question principale. Cyprien y traite le cas particulier des Novatiens, qu'il assimile aux autres hérétiques, et il expose sa doctrine sur le baptême clinical.