‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 163 sur 205 · Eus., IV, 5 ; V · texte numérisé non relu

Eus., IV, 5 ; V

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C'est beaucoup. Narcisse fut élu sous le règne de Commode, au temps où Eleuthère siégeait à Rome, c'est-à-dire une cinquantaine d'années après la fondation d'^lia CapitolinaS Eusèbe qualifie de jàpayû^ioi (de courte vie), les prédécesseurs de Narcisse. Il ne suivit pas leur exemple, car il atteignit l'âge d'environ cent-vingt ans. Malgré le renom de sa sainteté et de ses miracles, il fut en butte à d'ineptes calomnies, si bien que, cédant à l'attrait de la vie ascétique, il s'enfuit dans le désert. Ses fidèles, après l'avoir cherché longtemps, se décidèrent à lui donner un successeur, puis un second, puis un troisième, qui semblent avoir repris la tradition des prédécesseurs ,3px/6;iiou Enfin Narcisse reparut. Ce fut une grande joie. Mais le vieillard était trop affaibli par l'âge pour suffire aux exigences de ses fonctions. Dieu lui vint en aide et lui envoya Alexandre, le saint et savant évêque de Cappadoce. Alexandre gouverna l'église de Jérusalem comme auxiliaire du vénérable Narcisse, et lui succéda tout à-fait quand il eut terminé sa longue carrière. Sous son épiscopat, qui dura jusqu'à la persécution de Dèce, la science ecclésiastique fleurit à ^Elia Capitolina. Il y fonda une bibliothèque, dont Eusèbe sut exploiter les richesses.

Ce n'est pas seulement à JEUb. et autour du savant évêque Alexandre que l'on voyait fleurir la science

1. C'est le point de départ indiqué par Eusèbe. En supposant qu'une communauté chrétienne se soit formé après le siège, utour du camp de la légion, et que cette communauté ait eu des évêques, on allongerait un peu l'intervalle, mais le problème subsisterait encore.

chrétienne. Césarée, où Origène avait fait antérieurement quelques apparitions, était devenue, depuis l'année 231, le siège de son enseignement ; les pèlerins de la gnose orthodoxe y affluaient de tout le monde hellénique ; les sténographes, les libraires, s'exerçaient à recueillir et à publier les discours du grand théologien ; ses éditions de la Bible, ses commentaires, ses œuvres diverses, se classaient en volume nombreux et formaient le fond d'une bibliothèque qui resta longtemps célèbre. Non loin de là, à Nicopolis, l'ancienne Emmaùs, habitait le célèbre Jules Africain {Sex. Julius Africanas), qui, né à JElia, avait fini par se fixer en Palestine, après une vie un peu errante. Soldat de profession, il avait fait campagne contre les Parthes dans l'armée de Septime Sévère; grand amateur de chasse, il avait couru les forêts en compagnie des princes chrétiens d'Edesse. C'était un homme fort curieux d'antiquités ; au cours de ses voyages il vit les restes de l'arche de Noé à Apamée de Phrygie ; à Edesse, la tente de Jacob, à Sichem le térébinthe du même patriarche. Il visita aussi Alexandrie et l'école catéchétique, en un moment où Héraclas y remplaçait Origène absent. Ce fut en ce pays qu'il se procura un exemplaire des livres hermétiques, auquel il attachait beaucoup de prix. De retour en Palestine, il s'occupa des affaires municipales de Nicopolis et se chargea même de conduire à Rome une députation de ses concitoyens qui avaient à solliciter pour leur ville les faveurs d'Elagabal. Il s'y

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trouvait encore au temps d'Alexandre Sévère, pour lequel il construisit une bibliothèque auprès du Panthéon^. Il vécut au moins jusque vers l'année 240.

L'œuvre littéraire de Jules Africain est assez mélangée. Il composa d'abord une Chronographie en cinq livres, où les événements de l'histoire profane étaient rangés suivant le synchronisme de l'histoire biblique. Ce fut la première tentative de chronologie universelle. Déjà d'autres savants chrétiens, comme Justin, Tatien Théophile d'Antioche, Clément d'Alexandrie, avaient cherché à démontrer que les origines du peuple de Dieu sont bien antérieures à celles des autres nations : Jules Africain donna un corps à cette idée. Son livre permit de vérifier pour chaque siècle et même pour chaque année le rapport de dates entre l'histoire sacrée et l'histoire profane. Eusèbe profita beaucoup de ce travail, qui malheureusement, s'est perdu dans sa forme originale. Les années étaient comptées à partir delà Création ; pour la dernière partie, Africain s'était servi des olympiades comme échelle chronologique. La période écoulée depuis la venue du Christ était traitée très brièvement. C'est là pourtant qu'Eusèbe trouva les listes épiscopales de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche, les deux premières accompagnée de chiffres, dont il s'est aidé pour sa Chronique et son Histoire. La Chronographie s'arrêtait à l'an IV

1. Ce détail et celui de la patrie de Jules Africain nous ont été révélés par le papyrus 412 d'Oxrhynque (Grenfell it Hu 1, The Oxyrhyhcus papyri, t. III, p. 39).

d'Elagabal (221). Suivant Jules Africain, le monde devait durer 6.000 ans. Trois mille ans s'étaient écoulés depuis la Création jusqu'à Phaleg, le patriarche qui divise le temps aussi bien que les peuples ^ 2500 ans de Phaleg à Jésus-Christ. Le monde n'en avait donc plus que pour trois siècles environ. C'est aussi le système d'Hippolyte. La durée des temps est considérée comme une grande semaine dont chaque jour dure mille ans. Ou déduisait cette idée d'un texte fort connu 2.

Après sa Chronographie, Jules Africain publia une sorte d'encyclopédie intitulée Cestes {Ks.7-oi), dédiée à l'empereur Alexandre Sévère. Mille observations et recettes diverses y sont rassemblées. C'est un livre bien étrange. L'auteur croit à la magie ; il abuse de ses lectures dans les livres hermétiques et autres analogues. Sa lettre à Origène (v. 240), sur l'authenticité de l'histoire de Susanne, et sa lettre à Aristide, sur la conciliation des généalogies évangéliques, appartiennent à un ordre d'idées plus en rapport avec sa qualité de chrétien .

En Arabie aussi, dans cette province lointaine,, comme perdue entre le Jourdain et le désert, le christianisme, déjà florisant, se révèle à nous par des manifestations d'ordre intellectuel. Aux premiers temps de Caracalla (v. 214), Origène visita ce pays pour la

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