‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 168 sur 205 · Lettres de Denys dans Eus., VI, 40 ; VII · texte numérisé non relu

Lettres de Denys dans Eus., VI, 40 ; VII

Quand il rentra, il trouva la maison vide ; apprenant ce qui s'était passé, il s'enfuyait, lorsqu'il rencontra un paysan auquel il fit part de son chagrin. Le paysan se rendait justement à une noce. Il se hâta, raconta le fait aux gens de la noce ; ceux-ci, en vrais égyptiens qu'ils étaient, enchantés de jouer un tour à la police, se précipitèrent vers Taposiris, en poussant des cris formidables. Le centurion et ses hommes eurent peur et s'enfuirent ; l'évêque lui-même, qui prenait ses libérateurs pour des brigands, n'était pas rassuré. Il leur faisait déjà le sacrifice de ses vêtements, lorqu'ils parvinrent à lui faire comprendre qu'ils venaient pour le sauver et non pour le dépouiller. Ce fut alors une autre scène. Denys, qui croyait déjà tenir la couronne du martyre, ne consentait pas à se la laisser arracher. Il protestait qu'on le laissât, ou qu'on lui tranchât la tête pour la porter au préfet. Mais les braves paysans ne voulurent rien entendre ; ils saisirent l'évêque par les pieds et par les bras, le chargèrent sur leurs épaules et disparurent avec lui. Ses clercs furent délivrés par la même occasion. Quelques jours après ils étaient installés dans un coin perdu de la Libye, à trois journées de Paraetonium. Là fut, pendant de longs mois, le gouvernement de l'église d'Alexandrie. Le premier moment passé, ceux des prêtres et des diacres qui avaient le moins de chances d'être reconnus, rentrèrent en ville. On cite parmi eux le prêtre Maxime, qui succéda plus tard à Denys, et les diacres Eusèbe et Fauste, qui devaient

fournir encore une longue et fructueuse carrière. Quand la persécution se ralentit, Denys revint luimême à Alexandrie.

Alors se posa pour lui, comme pour tant d'autres, la question des apostats. En Egypte, comme ailleurs, il y eut conflit entre les deux tendances, rigoristes et miséricordieuses. Denys appartenait à celle-ci. Il fut assez heureux pour n'avoir pas à lutter contre une opposition de ses confesseurs, tous favorables à l'indulgence. Les apostats furent donc admis de nouveau, non toutefois sans passer par une expiation : l'évêque en distribua la rigueur selon la gravité de fautes. Ces principes furent appliqués par lui à Alexandrie ; il les recommanda aux autres chrétientés d'Egypte et les défendit avec zèle contre les rigoristes de Rome et d'Antioche. Le pape Cornélius, qui observait la même attitude, fut soutenu vigoureusement contre Novatien par son collègue d'Alexandrie. Aux fidèles de Rome, aux confesseurs, à Novatien lui-même, il écrivit des lettres pressantes. A Antioche aussi, l'évêque Fabius se voyait adjuré par Denys de ne pas céder aux conseils sévères ; il en était de même de l'évêque de Laodicée, voisin d'Antioche, et des fidèles de l'Arménie mineure i.

La persécution de Gallus^ vint traverser cette renaissance ; elle ne dura pas très longtemps ; la paix refleurit sous Valérien (août 253). Peu après éclata la

Page 1