‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 167 sur 205 · Eus., VII · texte numérisé non relu

Eus., VII

sonnages d'Antioche. On s'en apercevait dans la rue, quand il passait, la démarche altière, l'air préoccupé, entouré d'une escorte nombreuse. Il s'en souvenait trop à l'église, où il cédait à la tendance lamentable de substituer le culte de l'évêque à celui de la divinité, soignant son trône et ses abords, se laissant applaudir et même célébrer par des choeurs de chanteuses. Sa vie privée n'était pas sans reproche : il abusait des subintrodudae. Cependant comme il se montrait fort indulgent pour les faiblesses de son clergé, on lui aurait passé sa mondanité s'il ne s'était mis à dogmatiser. C'est la théologie qui le perdit. Soit pour complaire à Zénobie, qui aimait beaucoup les juifs et le judaïsme, soit en suivant ses propres inspirations, il en vint à enseigner aux gens d'Antioche une doctrine semblable à celle de Théodote et d'Artémas, celle du Christ devenu Dieu progressivement et par adoption. Les ennemis qu'il avait autour de lui protestèrent auprès des évêques les plus considérables de l'Orient. Ils furent entendus. A plusieurs reprises on vit se réunir à Antioche des conciles que Paul n'avait point convoqués. L'âme de ce mouvement épiscopal était toujours Firmilien, le célèbre évêque de Cappadoce. Grégoire de Néocésarée et son frère Athénodore l'accompagnaient aux conciles, auxquels prenaient aussi part les évêques de Tarses, d'Iconium, de Césarée en Palestine, d'yElia, de Bostra et bien d'autres. Denys d'Alexandrie avait été prié de se joindre à eux et

de se transporter à Antioche. Il s'excusa sur son âge et sa santé, mais il écrivit à l'église d'Antioche, et non point à l'èvêque, ce qui était déjà grave, en donnant son opinion sur la situation.

Celle-ci n'était pas aisée à débrouiller ; Firmilien et ses collègues firent deux fois le voyage d'Antioche sans résultat pratique. Paul, esprit subtil et ergoteur (distingué, trouvait toujours quelque échappatoire ; le priait-on de s'amender, il faisait les plus belles promesses, et s'en tenait là. Une troisième réunion, tenue en 267 ou 268, aboutit enfin. Maxime, ie successeur de Denys, n'y assista pas Firmilien non plus, car il mourut en se rendant au concile. Mais on y vit un grand nombre (70 ou 80) d'évêques d'Asie-Mineure et de Syrie, sans parler des prêtres et des diacres. Cette fois on recourut aux lumières d'un prêtre fort savant, appelé Malchion, qui cumulait avec ses fondions ecclésiastiques celle de directeur de l'école « hellénique » d'Antioche^. Malchion entama avec son évêque une discussion en règle, devant le concile et aussi devant un personnel de sténographes. Il fut assez heureux pour fixer la pensée fort ondoyante de son adversaire et pour l'amener à s'expliquer nettement. La doctrine qu'il déclara professer fut reconnue inadmissible. Le concile prononça une sentence de déposition, remplaça Paul

1. T^ç Twv èx' 'AvTio'/£ia? 'EXXy)vix(ov rai^euTTjpiwv Biaxpi^rîç wpoe(rr(Oç (Eus., VII, 29).

par Dommis, fils de l'ancien évêque Démétrien, et écrivit aux évêques de Rome et d'Alexandrie, Denys et Maxime, les priant de ne plus correspondre avec le prélat déposé, mais seulement avec Domnus, le nouvel évêque d'Antioche, le seul légitime. Quant à Paul, il pourra, ajoutait-on, correspondre avec Artémas^ et les siens

Paul refusa de déférer à ces sentences ecclésiastiques. Fort d'une population d'assez mauvais aloi, de sa situation officielle, du parti qu'il avait dans le clergé et surtout de la protection de Zénobie, il continua à se considérer comme évêque et à se maintenir dans la maison épiscopale. C'est en cet état que la querelle fut portée devant Aurélien. L'empereur jugea que le véritable évêque devait être celui que reconnaissaient ses confrères d'Italie et de Rome. C'était décider contre Paul. Il fut évincé.

La dispute entre Paul et Malchion se conserva longtemps. On la citait encore au VI« siècle. Actuellement il n'en reste que des fragments, qui ne sont pas tous d'une authenticité bien sûre. Cela est d'autant plus regrettable que, de la lettre synodale adressée à Denys et Maxime, Eusèbe n'a reproduit que la partie afférente aux mœurs de PauVet à son caractère, supprimant tout ce qui concernait la discussion de ses doctrines. Un point toutefois est établi par des témoignages du IV^ siècle, c'est que le terme ciAooûaioç

2. Ce i donnerait lieu de croire qu'Artémas vivait encore à Rome. Cf. ci-dessus, p. 300, 303.

(consubstantiel), qui fit tant de bruit au temps de Constantin, fut expressément répudié par le concile sans doute à cause du sens modaliste dont il était susceptible 1. Il résulte aussi des fragments conservés que Paul, en maintenant contre la théologie du Logos les objections de ses anciens adversaires, avait profité, dans une large mesure, du progrès général de la science religieuse. On lui reproche d'avoir aboli le chant des anciennes hymmes et mal parlé des anciens docteurs, sans doute parce que les uns et les autres rendaient témoignage au Verbe personnel. Mais il avait affiné ses conceptions et son exégèse dans le commerce des maîtres qu'il critiquait. Et c'est bien ce qui embarrassait ses juges : disciples d'Origène, ils retrouvaiejit sur les lèvres de Paul la langue qu'avait parlée leur maître. Mais ce n'était que la langue. Paul se souciait fort peu de la trinité cosmologique des origénistes ; celle qu'il admettait était une trinité de noms ; quant à la personnalité du Christ, il ne se mettait pas en peine de la chercher en dehors de son être humain et historique. Sur ces deux points, et quelque critiquables que pussent être les systèmes proposés par ses adversaires, il se trouvait sûrement en désaccord avec la tradition.

1. C'est l'explication de saint Hilaire (De synodis, 81, 86), et de saint Basile (ep. 52) ; saint Athanase (De syn., 43) en donne une autre, assez subtile. Quelques années auparavant, le pape Denys avait reproché à Denys d'Alexandrie son hésitation à se servir de ce terme. Q est clair qu'on n'y attachait pas partout le même sens.

Denys d'Alexandrie.

Denjs, évêque d'Alexandrie. — Ses aventures pendant la perse cution de Dèce. — Son attitude dans la q estion des apostats et dans celle des hérétiques. — Son exil sous Valérien. — Crises alexandrines. — Les millénaristes d'Egypte : Nepos — Le sabellianisme en Gyrénaïque. — Affaire des deux Denys. — Eusèbe et Anatole de Laodicée.

L'histoire du christianisme à Alexandrie et en Egypte, si obscure au 11^ siècle, continue de l'être dans la période suivante, jusqu'à la veille de la persécution de Dèce. Des évêques Démétrius (189-231) et Héraclas (231-247) on ne sait que ce qui se rapporte à l'histoire d'Origène^. Héraclas paraît avoir maintenu, en somme, l'attitude de son prédécesseur contre l'illustre maître, qui demeura éloigné d'Alexandrie. Denys (247-264), qui le remplaça sur le siège épiscopal après lui avoir succédé à la tête de l'école, est mieux connu que ses prédécesseurs. Il laissa, comme saint Cyprien, une collection de lettres, actuellement perdue mais dont Eusèbe nous a laissé de longs extraits et des analyses. Son épiscopat correspond à une période

1. Ci-dessus, eh. XVI IL La tradition locale ne tarda pas à embrouiller cette histoire, attribuant aux doctrines d'Origène son conflit avec l'évêque d'Alexandrie et donnant à Héraclas le rôle qui fut tenu par Démétrius.

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très agitée pour l'Eglise dans son ensemble et particulièrement critique pour Alexandrie. A peine était-il installé qu'une émeute sauvage éclata dans la grande ville. L'inspirateur du mouvement lui donna d'abord un caractère religieux ; le populaire s'enflamma toutà-coup d'un zèle farouche pour ses dieux menacés. L'autorité locale, débordée ou complice, laissa faire. Les chrétiens furent pourchassés, maltraités, leurs maisons mises au pillage. Plusieurs, sommés d'apostasier refusèrent et furent lapidés, brûlés ou précipités du haut des toits ; beaucoup prirent la fuite. Au bout d'un certain temps, l'émeute, sans se calmer, prit une autre direction et la guerre civile ensanglanta les rues d'Alexandrie. Sur ces entrefaites, arriva la nouvelle de l'avènement de l'empereur Dèce, et bientôt après l'édit de persécution fut affiché.

Le préfet Sabinus ne perdit pas de temps ; un « frumentaire » fut aussitôt dépêché pour arrêter l'évêque. On le chercha sans succès autre part que chez lui, d'où il n'avait pas encore bougé. Au bout de quatre jours il partit avec toute sa famille et d'autres chrétiens. La police parvint toutefois à le reprendre et l'on arrêta avec lui quelques membres de son clergé, Caïus, Fauste, Pierre et Paul. Ramené sous escorte à Alexandrie, il se trouvait le même soir au village de Taposiris (Abousir), lorsqu'il fut délivré dans des circonstances assez pittoresques^. Son fils Timothée n'était pas avec lui au moment de son arrestation.

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