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dans le culte des anges, ne vous en impose par ses visions, enflés que sont ces gens-là par le vain orgueil de la chair. Ils ne se tiennent pas à la tête, à laquelle tout le corps est relié et qui en tire sa vie et sa croissance selon Dieu. Avec le Christ vous êtes morts aux éléments du monde. Pourquoi alors, comme si vous viviez dans le monde, venez-vous dogmatiser ainsi : Ne prenez pas, ne mangez pas, ne touchez même pas à ces choses dont V usage souille, car il est abusif. Ce sont là des préceptes et des enseignements humains, qui ont sans doute une apparence de raison dans leur système de superstition, d' abaissement de V esprit et de sévérité envers la chair, mais au fond rien d'honorable, rien qui ne tende à la satisfaction de la chair ».
De ces textes on déduit que les adversaires combattus par saint Paul cherchaient à introduire : 1° des observances de fêtes, de néoménies, de sabbats ; 2° des abstinences de certains aliments et des pratiques d'humilation ; 3° un culte des anges. Peut-être était-il encore question de la circoncision (II, 11), qui semble être visée par le terme d'humiliation. Tout ceci a un aspect assez judaïque, mais nous ne sommes plus dans la controverse de l'épître aux Galates. Il ne s'agit plus de l'opposition entre la Foi et la Loi, mais de rites spéciaux, coordonnés à des doctrines particulières, que l'on songe à établir au dessus du fondement de la prédication apostolique.
Derrière ces observances apparaît un dogmatisme
spécial, dont le trait prédominant est une importance excessive donnée aux anges \ Saint Paul n'entre pas dans le détail ; il expose plutôt sa doctrine qu'il n'analyse celle de ses adversaires. Mais l'insistance avec laquelle il affirme que tout a été créé par et pour Jésus-Christ, qu'il a la première place dans l'œuvre de la création et dans celle de la rédemption, montre bien que les docteurs de Colosses avaient cherché à diminuer le rôle du Sauveur dans l'esprit 'des fidèles de Phrygie. Nous verrons plus tard des systèmes hérétiques opposer les anges à Dieu, leur attribuer la création du monde et la responsabilité du mal, tant moral que physique. Ici les rapports de Dieu et des anges sont tout différents. Les anges ne sont pas les ennemis de Dieu, puisqu'on leur rend un culte et qu'on a besoin d'eux pour compléter l'œuvre du salut, laissée inachevée par le Christ. Cependant ces intermédiaires entre Dieu et le monde, ces distinctions d'aliments, ces abaissements de la chair, sont des traits qui permettent de rattacher aux gnoses
1. Les Esséniens attribuaient une vertu particuiière à la connaissance des noms des anges (Josèphe, Bell, jud., II, 8, 7) ; ils pratiquaient aussi diverses abstinences. Quoique leur institution eût un caractère local, il y avait pourtant des Esséniens en dehors d'Engaddi, répandus dans les villes et vivant au milieu des autres juifs, tout en maintenant leurs propres observances. Le culte des anges reparut en Asie au IV* siècle, et précisément aux environs du Lycus. Le fameux sanctuaire de saint Michel à Khonae, près de l'ancienne Colosses (FJonnet, Narratio de miraculo a Michaele Archangelo Chonis patrato ; cf. Bull, critique, 1890, p. 441) peut remonter à ce temps-là. Le concile de Laodicée (can. 35) signale des coteries religieuses qui tenaient des assemblées en l'honneur des anges et les invoquaient par leurs noms. En dehors des trois anges que mentionne la Bible, les juifs en connaissaient beaucoup d'autres, Uriel, Jérémiel, etc.
judaïsantes que nous verrons bientôt apparaître les fausses doctrines que saint Paul dut extirper de l'église de Colosses ^.
Telle est V iv.r^yoiJiq inculquée par l'apôtre. Le progrès dans la foi objective est le progrès delà conception du Christ. On peut remarquer que les expressions employées dans ces épîtres ne visent pas les rapports entre le Christ et son Père céleste. Le mot de Verbe n'est pas prononcé. Paul n'en a pas besoin, car il ne se préoccupe que des rapports du Christ et des créatures. On prétend l'abaisser au rang des anges : il le relève au dessus de toute créature, et ce n'est pas seulement la première place qu'il lui donne ; il fait de lui la raison d'être, la fin, l'auteur même de la création.
A cette haute conception du Christ se rattache la théorie de rEglise2. L'Eglise est l'ensemble des êtres auxquels est appliquée l'œuvre du salut. Cette application est faite par Dieu aux hommes de toute origine, Grecs, Juifs, Barbares, Scythes, esclaves, hommes libres, et cela par un don gratuit. L'Eglise ainsi recrutée tient tout de Jésus-Christ : il en est la raison d'être, le principe vital, la tête, le chef. Il est descendu du ciel pour la constituer, en opérant sur la croix l'œuvre du salut ; remonté au ciel, il opère en elle la
1. On prétend quelquefois que saint Paul a en vue ici des hérésies gnostiques, parce qu'il parle d'éons et de plérôme. Mais c'est Paul lui-même, non ses adversaires, qui emploie ces termes, et cela en des sens différents de ceux qu'ils auront chez les Valentiniens. Ce sont les Gnostiques qui ont emprunté ces mots à saint Paul, tout comme ils ont pris à saint Jean ceux de Logos, Zoé, etc.