‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 36 sur 205 · CHAPITRE VII L'épiscopat · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII L'épiscopat

La fraternité chrétienne menacée par l'hérésie. — Nécessité de la hiérarchie. — Situation à Jérusalem et à Antioche. — Organisation des églises du temps de saint Paul. — Le collège épiscopal, les diacres. — L'épiscopat unitaire, sa tradition. — Apparent conflit entre l'épiscopat collégial et l'épiscopat monarchique.

La plupart des documents allégués jusqu'ici concernent les églises de la province d'Asie ; mais il est aisé de croire que la situation était la même à peu près partout. Elle était fort grave. Il ne s'agissait de rien moins que de savoir si le christianisme resterait fidèle à l'Evangile. La simple prédication des premiers jours allait-elle être submergée par des flots de doctrines étrangères ? Cette religion si pure, héritée de ce qu'il y avait de plus recommandable en Israël, cette morale saine, cette piété confiante et calme, tout cela allait-il être livré sans défense aux colporteurs de doctrines bizarres et aux charlatans immoraux ? Car ils étaient nombreux et divers ; ils couraient d'église en église sous les dehors d'apôtres ou de prophètes, se réclamant de traditions juives, d'autorités évangéliques, faisant valoir les considérations de philosophie abstruse, propres à étourdir les âmes simples.

Comment les écarter ? En ces premiers temps TE-

l'épiscopat 85

glise ne disposait encore ni d'un canon bien défini de ses Ecritures saintes, ni d'un symbole universellement reconnu, ni même d'autorités ecclésiastiques bien assises, confiantes en elles-mêmes et appuyées sur une tradition solide. Dans les assemblées chrétiennes la parole était aussi facile à obtenir que dans les synagogues ; si les discours prenaient une mauvaise tournure, il était sans doute aisé aux présidents de l'assemblée d'arrêter l'orateur. Mais s'il résistait, si la discussion s'engageait, que répondre à des gens qui se réclamaient soit des grands apôtres d'Orient, soit des docteurs de la Loi, soit même et surtout du Saint-Esprit ? On a vu quelle peine avait saint Paul à régler l'inspiration de ses Corinthiens. Et comment empêcher la propagande en dehors des réunions communes, la formation de coteries où, même en dehors de toute perversion doctrinale, se dissolvait l'union fraternelle des premiers jours ?

Il n'y avait qu'un moyen de sortir de là ; c'était de renforcer dans la communauté locale les organes d'unité et de direction. Aussi n'est-il pas étonnant que les plus anciens documents sur l'hérésie soient aussi les plus anciens témoignages sur le progrès de l'organisation ecclésiastique. Les Pastorales insistent beaucoup sur le choix des prêtres ou évêques, sur leurs devoirs, sur leur compétence ; c'est là aussi le thème presque unique des lettres de saint Ignace. C'est donc le moment d'étudier d'un peu plus près les origines du gouvernement hiérarchique dans la société chrétienne.

Nous avons vu que la communauté primitive de Jérusalem avait vécu d'abord sous la direction des douze apôtres, présidés par saint Pierre. Un conseil d'anciens {presbyteri, prêtres) et un collège de sept diacres complétaient cette organisation. Plus tard, un « frère » du Seigneur, Jacques, apparaît auprès des apôtres, partageant leur autorité supérieure. Après leur dispersion il les remplace à lui seul et prend le rôle de chef de l'église locale. A sa mort (61) on lui donne un successeur, lui aussi parent du Seigneur, Siméon, lequel vécut jusqu'en 110 environ. Cette hiérarchie hiérosolymite nous offre exactement les mêmes degrés qui seront plus tard d'usage universel.

Sur la deuxième communauté, celle d'Antioche, nous sommes moins renseignés. On voit d'abord à sa tête un groupe de personnages apostoliques ou inspirés ; puis l'obscurité se fait et il faut attendre le temps de Trajan. Alors l'église d'Antioche est gouvernée comme celle de Jérusalem. Ignace, l'évêque, est le pendant de Siméon de Jérusalem. Quelquefois ^ il s'intitule évêque non d'Antioche, mais de Syrie, ce qui permet de conjecturer qu'alors il n'y avait encore que deux églises distinctes en ces contrées, celle de Jérusalem pour les chrétiens judaïsants de Palestine et celle d'Antioche pour les groupes hellénistes de Syrie. L'évêque syrien est assisté, comme celui de Jérusalem, par des prêtres et des diacres. La tradition

Page 1