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que certains n'acceptent pas la communion des judéochrétiens.
Justin ne parle que des individus : il ne nous renseigne pas sur la situation des communautés, ni sur leurs rapports avec les représentants de la grande Eglise. Hégésippe, au déclin du 11^ siècle, est un peu plus précis. Il nous montre « l'Eglise », c'est-à-dire « l'église de Jérusalem », d'abord fidèle à la tradition, puis travaillée par diverses hérésies, dont un certain Théboutis, par dépit de n'être pas devenu évêque, donna le premier spécimen. Selon lui ces hérésies se rattachaient aux diverses sectes juives, Esséniens, Galiléens, Hémérobaptistes, Masbothéens, Samaritains, Sadducéens, Pharisiens. Cette énumération contient des termes assez dissemblables, mais l'idée générale est juste et les faits la confirment. Comme le judaïsme dont elle était issue, l'église judéo-chrétienne donnait à la pratique de la Loi une importance hors ligne et ne se défendait pas assez contre les spéculations doctrinales.
Hégésippe était judéo-chrétien ; c'est l'impression d'Eusèbe, qui l'a lu tout entier, et cela paraît bien résulter aussi de l'usage qu'il faisait de l'évangile des Hébreux, de son langage semé de mots hébraïques, enfin de sa familiarité avec l'histoire de l'église de Jérusalem.
Celle-ci est évidemment pour lui une église orthodoxe et vénérable. Cependant il ne se trouvait pas dépaysé en des milieux comme ceux de
Corinthe et de Rome. Il s'enquérait des successions épiscopales et de la façon dont elles conservaient la tradition primitive. Selon lui, tout s'y passait comme l'avaient enseigné la Loi, les Prophètes et le Seigneur. Les sentiments optimistes de Justin et d'Hégésippe n'eurent point d'influence sur la tradition. L'opinion défavorable aux judéo-chrétiens prit le dessus avec saint Irénée et Origènei. Pour ces auteurs, le judéochristianisme est une secte, la secte des Ebionites ou Ebionéens, 'E.âiojvaCci. Ce terme, d'où l'on ne tarda pas à déduire le nom d'un fondateur imaginaire, Ebion, signifie Pauvres. Les judéo-chrétiens de Syrie avaient été, dès l'origine, désignés par le nom de Nazaréens^, qui figure déjà^ dans les Actes ; ce nom dérivait évidemment de celui du Seigneur, Jésus de Nazareth. Il est possible qu'ils se soient appelés ou qu'on les ait appelés Ebionim, sans aucune intention de dénigrement. L'Evangile ne dit-il pas : « Bienheureux les pauvres ! »*. Plus tard, les controversistes de la grande Eglise, fiers, de leur christologie transcendante, rattachèrent à ce mot l'idée de pauvreté doc-
1. Irénée, Adv. haer., I, 26 ; III, 11, 15, 21 ; IV, 33 ; V, 1. ; Origène, Adv. Celsum, II, 1 ; V, 61, 65 ; In Matth., XVI. 12. ; TertuUien, Praescr., 33. Le Syntagma d'Hippolyte (représenté par Praescr., 48, et Philastre, 37), les Philosophumena (VII, 34), dépendent d' Irénée et n'ajoutent rien d'intéressant.
2. C'est le terme employé par saint Epiphane notamment dans le chapitre (XXIX) de son Panarium qu'il consacre à cette secte L'appellation d' Ebionéens, s'applique chez lui à un système hérétique spécial dont il sera bientôt question. Pour désigner les judéo-chrétiens, saint Jérôme emploie couramment le terme de Nazaréens ; mais on voit que, pour lui, Ebionites et Nazaréens c'est tout un.