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Ci-dessus, p. 205, n

2l2 CHAPITRE XII.

comme lui, nous a laissé un Discours aux Grecs. De l'évêque d'Antioche, Théophile il reste trois livres de même intention, adressés à un certain Autolycus. Le traité d'Athénagore sur la résurection de la chair n'est qu'un appendice de son apologie. Méliton, Miltiade, Apollinaire, s'exercèrent aussi à cette tâche littéraire^. D'autres livres, toujours sur le même sujet, nous sont parvenus sans nom d'auteur, ou sous des noms supposés : ainsi l'épître à Diognète et les trois livres « Discours aux Grecs », « Exhortation aux Grecs » {kb-foç TrapaivETi/.o; xpoç "E AÀvjvaç), « De la Monarchie »2, qui circulent sous le nom de saint Justin.

De tout cela nous ne signalerons spécialement que l'épître à Diognète, joli morceau de style, dont l'élégance et le ton pacifique n'affaiblissent nullement la chaleur persuasive, et le discours de Tatien, où se révèlent des qualités tout opposées. Au lieu d'appeler son plaidoyer « Discours aux Grecs », Tatien aurait pu l'intituler « Invective contre les Grecs ». C'est une œuvre de mépris et de colère. Tatien, né en dehors de l'empire, en pays de langue syriaque, a traversé les écoles helléniques et s'est frotté de culture occi-

1. Méliton, \lep\ OLKrfiziy.z ; Apollinaire, un ouvrage de même titre, en deux livres ; cinq livres Trpsç EÀÀYjvaç (son rrspl sùo-Sjjîiaç mentionné par Photius doit être ia même chose que l'apologie) ; Rliltiade, llpô; EXA-^va; en deux livres (Eusèbe, rV,26, 27; V, 17). Tout cela est perdu.

2. Leurs titres concordent assez avec ceux de livres perdus de Justin ; mais il est sûr qu'ils ne sont pas de lui. Le « Discours aux Grecs » est un exposé des motifs qui ont amené l'auteur au christianisme. Un auteur du II I^ siècle, un certain Ambroise, en fit un remaniement assez large, qui nous est parvenu dans une version syriaque (Cureton, Spicil, syr., 1885) ; cf. Harnack dans les Silzungsb. de Berlin, 1896, p. 627.

dentale. Mais ce monde, étranger pour lui, ne lui inspire ni respect, ni affection. Bien loin de révérer ies anciens sages, comme Justin, et de trouver dans leurs écrits quelque analogie avec ceux des prophètes Tatien bafoue en bloc tout l'héllénisme, cultes et doctrines, poètes et philosophes. C'est le fondateur de l'apologétique virulente, qui, pour convertir les gens, commence par les injurier. Précurseur de Tertullien, il finit comme lui par se brouiller avec l'I'Eglise Mais ceci ne lui arriva que plus tard. Au moment où fut écrit son Discours, Justin vivait encore et il ne semble pas que la diversité de leurs idées les ait amenés à se séparer.

Il est bien difficile de se rendre compte de l'effet obtenu par toute cette littérature des apologistes. On ne voit pas qu'ils aient arrêté l'application des lois répressives. Il est possible qu'ils aient çà et là modifié l'impression des gens lettrés. Mais il ne faudrait pas exagérer leur influence. Au fond, ce qui a permis à l'Eglise de vivre sous des lois persécutrices, de triompher de l'indifférence, du dédain et de la calomnie, ce ne sont ni les raisons ni les discours, c'est la force intérieure, révélée et rayonnant dans la vertu, dans la charité, dans l'ardente foi des chrétiens de l'âge héroïque. C'est cela qui amenait à Jésus-Christ ; c'est par là que les apologistes eux-mêmes avaient été pris ; c'est avec cela que l'on a fait adorer des Romains un juif crucifié et que l'on est parvenu à faire entrer en des têtes grecques des dogmes comme celui de la résurrection.

L'Eglise romaine de Néron à Commode

Les juifs de luxe et les mœurs juives. — Conversions aristocratique. — Les chrétiens de la famille Flavia. — Clément et la lettre à l'église de Corinthe. — Ignace à Rome. — Le Pasteur d'Hermas. — La pénitence. — La christologie d'Hermas. — Les premiers papes. — Les hérétiques à Rome. — Visites de Polycarpe et d'Hégésippe. — Les martyrs. — L'évêque Soter. — Les écoles gnostiques au temps de Marc-Aurèle. — Evolution du marcionisme : Apelle. — La légion fulminante. — Le martyre d'Apollonius.

La chrétienté de Rome se reforma vite après la dure épreuve de l'an 64. Ceux des fidèles qui échappèrent au massacre virent bientôt la chute de Néron, l'odieux persécuteur (68). Deux ans plus tard, Jérusalem, révoltée contre l'empire, succombait après un long siège ; le Temple était livré aux flammes, et l'on voyait bientôt ses dépouilles portées en triomphe dans les rues de Rome, derrière le char des princes vainqueurs, Vespasien et Titus.

La catastrophe d'Israël amena à Rome une énorme quantité de prisonniers juifs. Ce n'était sûrement pas de ces gens fanatisés que l'on pouvait attendre de bonnes dispositions pour la propagande chrétienne. Mais il y avait tout un judaïsme rallié dès avant la fin de la guerre, dont les représentants, riches et influents, se tenaient volontiers dans l'entourage de la

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maison régnante. Il restait des Hérodes : Bérénice fut longtemps en faveur auprès de Titus. Josèphe vivait dans ce monde de gens distingués ; il y écrivait l'histoire de sa nation, s'efforçant de la rendre acceptable aux vainqueurs. De tout cela résultait une sorte de rayonnement du judaïsme, non, bien entendu, du judaïsme politique, dont le compte définitif venait d'être réglé, mais du judaïsme philosophique et religieux. En dépit de la récente insurrection et de sa répression, dont l'arc de Titus allait perpétuer le souvenir, il n'était pas de mauvais ton de montrer quelques sympathies pour les juifs bien en cour, d'honorer leur religion et même de la pratiquer un peu. Comme au lendemain de sa conquête par Pompée, la Judée vaincue s'imposait encore aux conquérants. Il est vrai que ce ne fut pas pour longtemps. Après la disparition de la dynastie Flavienne, et même dès la mort de Titus, les juifs de luxe, princes ou lettrés baissèrent dans la faveur impériale. Cependant cette vogue passagère des mœurs juives ne put manquer de renforcer l'assaut que depuis longtemps, dans la haute société romaine, le monothéisme religieux d'Orient donnait à la tradition des vieux cultes. Dès le temps où nous sommes — quelques faits connus~ permettent de s'en rendre compte — la propagande chrétienne se faisait sentir avec succès jusque dans les grandes familles aristocratiques. Il ne s'agissait plus seulement d'étrangers, de petites gens, de serviteurs ou d'employés de la maison impériale : le chris-

tianisme entrait, dès ces lointaines origines, chez les Pomponii, chez les Acillii, jusque dans la famille des Flavii, moins illustre, mais régnante. Déjà sous Néron une grande dame, Pomponia Graecina^, avait attiré l'attention par sa vie sombre et retirée. Elle fut accusée de superstition étrangère ; mais son mari A. Plautius, réclama le droit de la juger, en qualité de chef de famille, et la déclara innocente. Elle vécut jusque sous Domitien. Il est bien probable qu'elle s'était faite chrétienne. M'. Acilius Glabrio, consul en 91, et Flavius Clemens, cousin germain de Domitien, consul en 95, étaient aussi, celui-ci sûrement, l'autre très probablement, des membres de l'église romaine. Le plus ancien lieu de sépulture qui ait été à l'usage exclusif et collectif des chrétiens de Rome, le cimetière de Priscille, fut installé dans une villa des Acilii, sur la voie Salaria^. Sur la voie Ardéatine, le cimetière de Domitille se développe en des terrains qui appartiennent à Flavie Domitille, femme du consul Clemens^. Ainsi ce n'étaient pas seulement des adhésions platoniques ; ces illustres recrues du christianisme s'intéressaient aux nécessités pratiques de la communauté et subvenaient à ses besoins.

Ils ne tardèrent pas a lui fournir aussi des martyrs. Domitien, ce tyran sombre et soupçonneux, ne se

1. Tacite, Ann., XIII, 32 ; inscriptions chrétiennes du III» siècle mentionnant des Pomponii Bassi et même un Pomponius Graecinus (De Rossi, Roma sott., t. II, p. 281, 362).

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