Dion Cassius, LXVII, 14 ; cl. Suétone, Domitien
2. Eusèbe, dans sa Chronique, ad ann. Abr., 2110 (cf. H. E., III, 18), parle d'après un chronographe Bruttius, de cette autre Flavie Domitille, fille d'une sœur du consul qui aurait été exilée dans l'île Pontia. Comme il ne mentionne pas l'exil du conseul et de sa femme, on pourrait être porté à craindre que cette Flavie Domitille ne se confonde avec l'autres. Les deux îles, pourtant, sont différentes, et saint-Jérôme, qui avait visité Pontia, y avait vu les chambres habitées par « la plus illustre des femmes », exilée pour la foi sous Domitien. La légende des saints Nérée et Achillée suppose que cette Domitille mourut et fut enterrée à Terracine. Je crois que Tillemont (Hist. eccle., t. II, p. 224), De Rossi (Bull., 1875, p. 72-77) et Achelis (Texte und Unt., t. XI 2, p. 49) ont raison de distinguer deux Fia vies Domitilles.
événement mit un terme aux destinées impériales de la maison flavienne. Cependant elle continua d'exister, et quelques-uns de ses membres remplirent encore des fonctions publiques. Le christianisme se maintint dans la descendance du consul martyr. Celui-ci était fils du frère aîné de Vespasien, Flavius Sabinus, qui périt en 66 dans le conflit entre les partisans de son frère et ceux de Vitellius. Préfet de Rome au temps de Néron, il avait dû être témoin, en 64, de l'incendie de la ville et du massacre des chrétiens. Peut-être quelque impression lui en était-elle restée. Dans ses dernières années on remarquait sa douceur, sa modération, son horreur des conflits sanglants, ce qui le faisait taxer de lâcheté par les gens ardents^.
Les chrétiens de la famille Flavia avaient leur sépulture sur la voie Ardéatine. On y accédait par une entrée monumentale qui a été retrouvée, ainsi qu'une galerie spacieuse ornée de peintures fort anciennes. Là sans doute furent déposés le consul martyr et les plus anciens membres de la famille. Un peu plus loin on a trouvé l'épitaphe grecque d'un FI. Sabinus et de sa sœur Titiana, puis un fragment d'inscription où pourrait avoir été indiquée une sépulture collective des Flavii : sepulcRYM flaviORYM
Ce que nous savons de ces illustres recrues nous vient d'auteurs profanes, commentés par les inscrip-
1. « Mitem virum, abhorrere a sanguine et caedibus ; ... in fine vitae alii segnem, multi moderatum et civium sanguinis parcum oredidere » (Tacite, HisL, III, 65, 75).'
2. De Rossi, Bull., 1865, p. 33-47 ; 1874, p. 17 ; 1875, p. 64.
l'église romaine de NÉRON A COMMODE 21 •
tions et autres monuments des catacombes^. Les renseignements littéraires de source chrétienne font complètement défaut. En ces temps très anciens, la communauté chrétienne de Rome devait compter parmi ses membres plus d'un témoin des origines; l'autorité de ces compagnons ou disciples des apôtres primitifs y était évidemment aussi grande que l'était en Asie, celle des presbyteri. C'était un appui pour la tradition, une protection pour la hiérarchie naissante. On peut conjecturer aussi que certains livres du Nouveau Testament, comme les évangiles de Marc et de Luc, les Actes des Apôtres, la première épître de saint Pierre, l'épître aux Hébreux, sont sortis du milieu romain, avant ou après la prise de Jérusalem, et que la collection des lettres de saint Paul y fut constituée. Mais sur tout cela^ il ne subsiste aucun témoignage certain.
Avec la lettre de saint Clément nous sortons de l'obscurité. Vers la fin du règne de Domitien, des troubles s'étaient produits dans l'église de Corinthe. Un parti de jeunes s'était formé contre les anciens de la communauté ; on avait écarté plusieurs membres du collège presbytéral, « installés par les apôtres ou après eux par d'autres hommes sages (ï'/S/.i-y.j.oi) avec
1. La passion des saints Nérée et Achillée, roman chrétien du V' siècle, s'est emparée du personnage de Flavie Domitille (celle de Pontia). Elle connaît aussi le consul Clément et l'évêque homonyme. Mais il n'y a rien à en tirer pour l'histoire proprement dite.
2. Sauf cependant pour la première épître de saint-Pierre. Cf. cidessus, p. 63.
le suffrage de l'église entière ». Ces querelles avaient fait du bruit au dehors et le bon renom des chrétiens en souffrait^. L'église de Rome, instruite de ce qui se passait, jugea de son devoir d'intervenir, A ce moment elle venait d'être assaillie par des calamités soudaines et répétées. Dès qu'elle en eut le loisir, elle députa à Corinthe trois envoyés, Claudius Ephebus, Valerius Bito et Fortunatus, qui, depuis leur jeunesse jusqu'à l'âge avancé qu'ils avaient atteint, avaient fait l'édification de l'église romaine. Des chrétiens de si ancienne date avaient sans doute connu les apôtres. Ils devaient témoigner à Corinthe des sentiments et des désirs de Romains. Ceux-ci^ du reste, leur avaient confié une lettre écrite au nom de leur église^. Nous savons qui l'avait rédigée. C'était l'évêque Clément, celui que les listes épiscopales les plus autorisées placent au troisième rang après les apôtres.
Clément, identifié par Origène^ avec le personnage de même nom qui travailla avec saint Paul à l'évangélisation de Philippes*, était en tous cas, lui aussi, d'âge à avoir vu les apôtres et conversé avec eux, comme le rapporte saint Irénée^ . Il ne peut guère avoir appartenu à la parenté du consul Flavius Clemens. Sans doute il a beaucoup d'estime pour la