Eus., IV
2. Le ms. A, au British Muséum, du V» siècle. Un autre ms., du XI» siècle, a été découvert depuis, ainsi qu'une version syriaque et nne version latine. Dans le ms. A il y a une grande lacune vers la fin de la lettre.
l'église romaine de Néron a commode 223
Vingt ans environ après les troubles de Corinthe et la lettre de saint Clément, les Romains furent édifiés par la présence et le martyre de saint Ignace d'Antioche. Sur cet événement nous ne sommes renseignés^ que par une lettre du martyr lui-même, écrite d'Asie aux Romains. Le sujet en est extraordinaire. Le confesseur de la foi, condamné aux bêtes et expédié de Syrie jusqu'à Rome pour subir ce supplice, a lieu de craindre que ses coreligionaires romains ne lui fassent manquer le but de son voyage. Il les exhorte, avec les plus grandes instances, à ne pas s'opposer à son martyre. Il paraît qu'ils pouvaient le sauver, bien qu'on ne voie pas trop comment^. » » Laissez-moi être la proie des bêtes ; par elles j'attein- » drai Dieu. Je suis le froment de Dieu ; que je sois » moulu par les dents des bêtes pour devenir le pain » blanc du Christ. Flattez-les plutôt, pour qu'elles » soient mon tombeau, qu'elles ne laissent rien de » mon corps ; ainsi ma sépulture ne sera à charge » à personne; ..Je ne vous commande pas comme » Pierre et Paul. Eux étaient apôtres : moi je suis,un » condamné. Ils étaient libres : jusqu'à cette heure » je suis esclave; mais si je meurs, je deviens l'af- » franchi de Jésus-Christ ; en lui je ressusciterai libre ».
1. n ne manque pas de passions de saint-Ignace. Aucune d'elles n'a de valeur historique.
2. Il est bien invraisemblable qu'ils eussent pu obtenir sa grâce ; à la rigueur ils pouvaient le faire échapper. Mais une telle idée ne pouvait guère entrer dans la pensée des chefs, tout au moins, qui, sur le martyre et ses avantages, devaient avoir les mêmes idée» qu' Ignace.
Cette lettre si touchante ne témoigne pas seulement de la soif du martyre qui dévorait Ignace ; on y voit aussi quelle considération l'évêque d'Antioche professait pour la grande église de Rome. Elle débute par un salut, long et pompeux, où, plus encore que dans les autres lettres, il accumule les titres d'éloges : » L'église qui préside dans le lieu du pays romain^ ... » l'église qui préside à l'agape (ou à la charité) ». Ignace conçoit l'église de Rome comme la présidente, des autres églises, évidemment, et de la fraternité chrétienne.
Il en obtint de qu'il voulait, la liberté du martyre. C'est sans doute au Colisée, récemment construit^, que le « froment de Dieu » fut moulu par les bêtes féroces. Mais elles ne furent pas seules à lui donner la sépulture. Plusieurs de ses fidèles avaient fait le voyage de Rome^ pour assister à ses derniers moments ; ils recueillirent les débris de son corps et les transportèrent en Syrie*.
Les Romains aussi eurent un évêque martyr, Télesphore, qui périt sous Hadrien(v. 135) dans des circonstances glorieuses, dit saint Irénée^ : il ne nous en a pas transmis le détail.
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