‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 2)Chapitre 91 sur 205 · Voir la note à la fin de ce chapitre · texte numérisé non relu

Voir la note à la fin de ce chapitre

2. Localité non identifiée : elle doit être cherchée dans la région, •ncore peu explorée, qui s'étend à l'est de Balikesri, vers le Makestos •t le Rhyndakos.

LE MONTANISME 271

les partisans des nouveaux prophètes, le Paraclet qui se révélait au monde. D'autres refusaient leur adhésion et déclaraient qu'il s'agissait tout bonnement de possession démoniaque.

Le Paraclet annonçait avec insistance le retour du Christ et l'apparition de la Jérusalem céleste. Celle-ci devait descendre du ciel, et, après s'être montrée dans les nuages, se poser sur la terre en un point que l'on indiquait. C'était une plaine située à l'autre bout de la Phrygie, entre les deux petites villes de Pépuze et de Tymion. Les trois prophètes s'y transportèrent, on ne sait au juste ni quand, ni à quel propos ; ils furent suivis d'une foule innombrable. Certaines localités, entièrement gagnées au mouvement, se vidèrent de chrétiensi. Dans l'attente fiévreuse du dernier jour, il ne pouvait plus être question de patrie ,de famille, de commodités terrestres. Les mariages furent rompus ; on pratiqua la communauté des biens et l'ascétisme le plus rigoureux. La tension des esprits était maintenue par les discours des extatiques : le Paraclet était en eux : on l'entendait, on se réconfortait à ses exhortations.

1. L'exode montaniste n'est pas un fait isolé. Hippolyte (In Dan., IV, 18) parle d'un fait de ce genre arrivé de son temps. Un évêque syrien emmena au désert, à la rencontre du Christ, une grande foule de chrétiens, hommes, femmes et enfants. Les malheureux finirent par être arrêtés comme brigands. Un autre évêque, du Pont celui-là, avait prédit la fin du monde dans l'année ; ses fidèles vendirent leurs bestiaux et abandonnèrent leurs champs pour se préparer au grand jour. Au III« siècle il est question en Cappadoce d'une prophétesse qui mit toute une multitude sur le chemin de Jérusalem (Cypr. ep., LXXV, 10).

Cependant les jours, les mois, les années, se passaient et la Jérusalem céleste se faisait toujours attendre. De l'Eglise terrestre, après le premier moment d'entraînement, il venait beaucoup de protestations. Sans doute il n'y avait rien à dire contre l'orthodoxie ■ des prophètes; ils trouvaient même un appui dans les circonstances de temps et de milieu. L'évangile de saint Jean, dans la force de sa récente popularité, éveillait la préoccupation du Paraclet ; l'Apocalypse offrait d'imposantes descriptions de la Jérusalem céleste et du règne de mille ans. Celui-ci, peu de chrétiens, en Asie et même ailleurs, l'écartaient de leurs perspectives sur la fin des choses. Le droit des prophètes à parler au peuple chrétien, au nom de Dieu, était consacré par la tradition et par l'usage.

On voit par la Didaché et par le Nouveau Testament quelle place la prophétie avait tenu dans la vie des communautés primitives. L'évêque de Sardes Méliton passait pour avoir le don prophétique. Avant lui Quadratus, Ammias, les filles de Philippe, en avaient été favorisés. Ils étaient restés en grande célébrité. L'ascétisme pratiqué par les montanistes ne dépassait pas les limites admises, quoique non imposées, dans les autres cercles chrétiens. Il ne s'inspirait d'aucune idée dualiste, comme celui des gnostiques et des marcionites ; ce qu'il pouvait avoir d'extrême se justifiait par la préoccupation du dernier jour.

Cependant cette exaltation soudaine, ces exodes.

LE MONTANISME 273

ces déterminations de temps et de lieu, introduisaient un trouble profond dans les chrétientés, dont beaucoup, déjà vieilles de près ou plus d'un siècle, avaient pris l'habitude de vivre en ce monde et de moins se préoccuper de la fin des choses. On ne tarda pas à objecter aux prophètes que leurs procédés étaient contraires à tous les usages. Dans l'ancien Testament et dans le Nouveau, les prophètes n'avaient point parlé en état d'extase. La communication qu'ils établissaient entre Dieu et leur auditoire n'excluait pas l'exercice de leur personnalité. Ils parlaient au nom de Dieu, mais c'étaient eux qui parlaient. Avec Montan et ses prophétesses on entendait directement le Paraclet, tout comme en certains sanctuaires païens on entendait directement les dieux parlant par la bouche des pythonisses. « L'homme est une lyre, disait la voix inspirée, et moi je suis l'archet qui le fais vibrer... Je ne suis pas un ange, ni un envoyé, je suis le Seigneur, le Tout-Puissant ». Cela parut extraordinaire, excessif et blâmable.

Il est possible que Méliton se soit déjà occupé de cette affaire dans ses livres sur la prophétie^, dont nous n'avons que les titres. Apollinaire, évêque d'Hiérapolis, intervint résolument contre les nouveaux prophètes2. Un autre personnage, très en vue

1. Ilspi TrcXiTsb; /.ai -005r;TÔv, Ilepl TroosTrieiac (EUS..H.E.. TV, 26). r , . . V ,

Page 1