‹ Histoire ancienne de l'église (volume 3)Chapitre 16 sur 49 · II · texte numérisé non relu

II

* La passion de saint Justin et de ses compagnons nous a été conservée dans la collection byzantine de Métaphraste. C'est la seule pièce authentique de ce genre qui nous soit restée sur les martyrs de Rome. Les histoires, fort nombreuses, que nousen avons, ne sont que des romans pieux, sans aucune autorité. Ils contiennent sans doute des renseignements intéressants sur

l'église romaine de Néron à commode 24S

De toutes ces vieilles générations de l'église romaine il nous reste un souvenir monumental des plus précieux ^ l'étage supérieur et primitif du cimetière de Priscille. Leurs épitaphes s'y lisent encore : elles sont brèves, les noms seulement, accompagnés quelquefois de l'acclamation Fax tecum. Çà et là quelques peintures archaïques décorent des chambres où de petits groupes ont pu se réunir en assemblées funéraires. D'autres sépultures du même âge se rencontrent au sud de Rome ; elles furent plus tard englobées dans les nécropoles connues sous les noms de Prétextât, Domitille, Calliste. Aucune pourtant n'a l'étendue et la régularité des galeries priscilliennes. Celles-ci nous représentent évidemment le premier cimetière collectif de l'église romaine.

Vers le temps où saint Justin périt pour la foi qu'il avait si longtemps défendue, la direction de l'église romaine passa des mains d'Anicet à celles de Soter. De celui-ci nous ne savons qu'une chose, c'est qu'il écrivit, comme son prédécesseur Clément, une lettre à Féglise de Corinthe. L'occasion était bien différente. La lettre

les lieux de sépultures et l'état des sanctuaires an Y^ et an VI« siècle, mais c'est tout. Il est impossible, en particulier, de se fier à leur chronologie, aux noms d'empereurs et de préfets qu'ils introduisent à tort et à travers. — Je dois aussi faire observer que les calendriers romains les plus anciens (la série commence au temps de Constantin) ne mejitionnent jamais les martyrs du II*' siècle. Cela tient à ce que l'usage de célébrer l'anniversaire des martyrs, et des défunts en général, ne s'introduisit à Rome que dans le courant du LU* siècle. On le voit très bien par les épitaphes : les plus anciennes ne marquent jamais le jour de la mort.

de Soter accompagnait un envoi d'argent destiné à soulager les pauvres et les confesseurs condamnés aux mines. Riche et charitable, l'église romaine faisait volontiers part de ses ressources aux chrétientés moins à l'aise. C'était déjà une tradition ; elle se maintint jusqu'aux dernières persécutions. La lettre de Soter ne nous est pas parvenue ; nous ne la connaissons que par la réponse qu'y fit Denys, évêque de Corinthe, dont Eusèbe nous a conservé quelques fragments \

Autour de la grande Eglise l'hérésie continuait sa propagande. La secte valentinienne s'organisait. Elle avait à Rome deux maîtres renommés, disciples directs de Yalentin, Héracléon et Ptolémée. Le premier modifia un peu la genèse des éons. Dans le système primitif ceux-ci étaient toujours groupés par paires: Héracléon introduisit la monarchie dans le Plérôme en plaçant au sommet un être unique, sans correspondant femelle, duquel procède le premier couple et, par suite, tous les autres dérivent. C'était un écrivain fécond. Clément d'Alexandrie et Origène le citent souvent. Le plus remarquable de ses écrits était un commentaire sur l'évangile de saint Jean ^. Quant à Ptolémée, c'est à lui et aux siens que s'attaqua saint Irénée : c'est sous la

^ H. E., IV, 23. M. Harnack croit pouvoir identifier la lettre de Soter avec la 7/"^ démentis. Je ne saurais me ranger à son opinion.

2 Les fragments d'Héracléon sont imprimés à la suite de saint Irénée. Cf. l'édition de Brooke, dans les Texts and Studies de Cambridge, t. I, fasc. 4.

l'église romaine de NÉRON À COMMODE 245

forme qu'il lui donna ou lui conserva que la gnose valentinienne est le plus connue. Un certain Marc, depuis longtemps combattu en Asie, parut aussi en Occident vers le temps de Marc-Aurèle. D'autres noms encore se rencontrent dans saint Irénée, saint Hippolyte et Tertullien: Secundus, Alexandre, Colarbase, Théotime: on ne sait à quelles modifications du système ils ont correspondu, et vraiment il importerait peu de le savoir. Ce n'est pas seulement sur la doctrine que l'on se divisait; le rituel aussi était matière à divergences. Le baptême ordinaire était bon pour les « psychiques » : pour l'inauguration des « pneumatiques » , il fallait autre chose. Les plus sensés le contestaient; ils disaient que la gnose étant chose spirituelle, c'est par la seule connaissance du mystère que devait s'effectuer la régénération de l'initié. D'autres avaient imaginé d'introduire solennellement le récipiendaire dans une chambre nuptiale; ce rite était assez d'accord avec l'idée que l'on se faisait du plérôme céleste. Mais la plupart préféraient une sorte de décalque de l'initiation chrétienne, telle que la pratiquait la grande Eglise. On baptisait donc dans l'eau, en prononçant des formules comme: Au nom de Vinconnaissable Père de toutes choses, de la Vérité mère de tout, de CeJîd qui descendit en Jésus (l'éon Christj. On employait aussi l'hébreu ^ : Au nom d' Hacha moth^ etc. L'initié répondait: Je sîiis fortifié et racheté; j'ai racheté mon âme, etc. Les assistants acclamaient: Paix à tous

^ Saint Irénée transcrit ces formules hébraïques, et même il les traduit ; mais il ne faut pas trop se fier à ses traductions.

ceux sur qui ce nom repose! Il y avait ensuite des onctions d'huile parfumée. Quelquefois on mêlait le baume à l'eau et on réunissait ainsi les deux actes du sacrement. Cette cérémonie portait le nom à'apolytrose ou rédemption. Il y en avait une autre pour les mourants ou les défunts. On leur communiquait les formules par lesquelles ils devaient triompher, dans l'autre monde, des puissances inférieures et du Démiurge, et, abandonnant aux unes leurs éléments matériels, à l'autre leur âme vitale ('i^'J/'/,), s'élever jusqu'aux régions supérieures réservées à l'àme spirituelle (7:v20;xa) \

Marcion devait être mort à peu près vers le même temps que Polycarpe et Justin. Le « très saint maître » , comme l'appelaient ses sectateurs '■^, demeura parmi eux en grande vénération. Ils se le représentaient au ciel avec le Christ et saint Paul : le Sauveur avait Paul à sa droite, Marcion à sa gauche ^.

D'accord sur la vénération de leur fondateur, ils étaient loin de s'entendre pour expliquer sa doctrine. Celle-ci, on l'a vu, comportait quelques incohérences, dont le maître ne s'était guère préoccupé. Après lui on s'efîbrça de les résoudre \ Le marcionisme avait eu pour point de départ l'opposition entre le Dieu bon et le Dieu juste. Quand la métaphysique s'y glissa, elle n'eut pas de peine à tirer de là deux principes essentiels et

^ Irénée, Haer., I. 21.

2 Tertullien, Praescr., 20.

3 Origène, In Luc, 25.

"iVoir le curieux texte de Rhodon, dans Eus., Y, 13.

Page 1