I Ji <iii(>r<'llc h(ij)f/s)ii(t
Lucius mounit le 5 mars 254. Etienne, qui le remplaça, paraît avoir ('té, dès le principe, peu sympatliirjne à l'évèque de Carthage. Ils ne tardèrent pas à se trouver en conflit, et cela d'abord à propos d'afïaires (jui ne concernaient ni l'Italie, ni l'Afrique.
Pendant la persécution, deux prélats espagnols, Basilide et Martial, évêques l'un d'Emerita (Mérida), l'autre de Legio et Asturica (Léon et Astorga) avaient demandé ou accepté un certificat de sacrifice. Pour ce fait et pour diverses autres fautes ils avaient été déposés de l'épiscopat et on leur avait ordonné des successeurs, Sabinus et Félix. ]ls ne se résignèrent pas. Basilide partit pour Rome, réussit à convaincre le pape Etienne (jue les ao cusations portées contre lui man([uaient de fondement, et se fit rétablir dans sa dignité. Peu satisfaits de ce revirement, leurs fidèles et surtout leurs successeurs prirent le parti de s'adresser au concile d'Afrique. Celui-ci était devenu une iiistilnlion régulière. Nous voyons, par les lettres de saint Cyprien, que, sauf les temps de persécution, il s'assemblait au moins une fois par an, au printemps, et quelquefois à l'automne. Ces grandes assemblées périodiques contribuaient beaucoup au maintien et à l'uniformité de la discipline. Elles étaient célèbres en dehors de l'Afrique, et la réputation de Tliomme illustre et sage (pii en était l'àme ajoutait encore à leur considération. C'est à l'automne de '254 que le concile
fut saisi de la requête des Espagnols. Il procéda exactement comme avait fait le pape: c'est-à-dire qu'il n'entendit qu'une des parties et lui donna gain de cause. Basilide et Martial furent déclarés indignes de l'épiscopat. Il ne nous est guère possible, sur des enquêtes aussi incomplètes, de décider qui avait tort ou raison ^ Mais, ce qui est clair, c'est que la lettre du concile d'Afrique ^ par laquelle les églises d'Emerita et de Legio-Asturica reçurent communication de la sentence, contraire à celle du pape Etienne, n'était pas faite pour plaire à celui-ci.
Peu après cet événement, Cyprien reçut coup sur coup deux lettres de l'évêque de Lyon, Faustin, qui lui dénonçait l'attitude schismatique de Marcien, son collègue d'Arles. Marcien était en communion avec Novatien: il appliquait rigoureusement ses principes sur la réconciliation des lapsi. Faustin et d'autres évêques de Gaule s'étaient adressés en vain au pape Etienne pour obtenir la cessation du scandale. En désespoir de cause, ils invoquaient le secours de l'évêque de Carthage. Etienne paraît avoir usé d'une certaine modération à l'égard des Novatiens ; on disait qu'il ne faisait aucune difficulté, contrairement à la discipline établie, de conserver leur rang aux prêtres ou diacres schismatique s qui revenaient à Tunité ^. Cyprien lui écrivit une lettre
^ Les évêques d'Espagne étaient partagés : Basilide et Martial étaient reconnus par quelques-uns d'entre eux. Ceux-ci sont fort malmenés par le concile africain. (Ep. LXYII, 3).
2 Ep. LXYII.
3 Ep. LXXII.
fort pressante '. Selon lui le pape avait le devoir d'intervenir en Gaule, d'écrire aux évêques de ce pays et aux fidèles d'Arles pour qu'ils fissent en sorte d'écarter Marcien et de lui donner un successeur. L'évêque de Carthage semble ici se constituer le champion de la discipline proclamée par Cornélius et Lucius et de la tradition de ces papes, mise en oubli par leur successeur. Le ton de sa lettre indique vraiment peu d'estime pour celui-ci. Etienne, qu'il méritât ou non ces reproches, ne pouvait guère être satisfait de recevoir une telle leçon. C'est sur ces entrefaites qu'éclata la querelle à propos du baptême des hérétiques.
A quelles conditions les hérétiques qui abandonnaient leurs sectes pour passer à l'Eglise catholique pouvaient-ils être admis dans celle-ci? Cette question parait s'être posée avec quelque insistance vers la fin du 11^ siècle, alors que les sectes pullulaient partout et que certaines d'entre elles commençaient à décliner. Deux cas pouvaient se présenter. L'hérétique converti pouvait avoir été initié au christianisme dans la grande Eglise ou dans la secte elle-même. Dans le premier cas, son initiation était sûrement valable, mais il avait commis une faute grave en abandonnant l'Eglise, et celle-ci était en droit de lui imposer une expiation pénitentielle analogue à celle des pécheurs ordinaires. C'est ce que Ton faisait partout. L'autre espèce était différente. L'Eglise catholique pouvait-elle reconnaître comme valable l'ini-
» Ep. LXVIII.
tiation accomplie par des sectaires, chrétiens de profession, mais en révolte contre Tautorité, séparés de la communauté des fidèles, attachés à des doctrines flétries? En admettant que les bizarreries de leurs rites et de leurs formules en laissassent subsister l'identité essentielle avec ceux de TEglise, leffet ne pouvait-il pas en être perverti par le sens que leur attachaient ceux qui s'en servaient? Cette question, assez délicate, ne fut point Tobjet d'une entente préalable: aussi vit-on bientôt paraître des solutions diverses. Elles peuvent se ramener à deux. En certains endroits, on rejeta absolument toute initiation célébrée en dehors de l'Eglise légitime. A Rome et en Egypte on introduisit une distinction. L'initiation chrétienne comprenait deux actes, le baptême et ce que nous appelions la confirmation. Par le premier on était purifié de ses péchés, par le second on recevait le Saint- Esprit. Dans le rituel de ce second acte, un relief spécial était donné à tnie imposition des mains, accompagnée d'une invocation à l'Esprit septiforme. L'usage de Rome était de ne pas renouveler le baptême célébré par les hérétiques : mais, comme on considérait que l'Eglise seule, l'Eglise légitime, est en situation d'invoquer efficacement l'Esprit-Saint, l'hérétique converti se vo3'ait imposer les mains, comme pour la pénitence, en réalité pour qu'il reçût le Saint-Esprit.
A Carthage la répudiation totale s'autorisait d'mie tradition assez longue. TertuLlien, dans son traité du baptême, l'inculque expressément. Vers 220, elle avait été sanctionnée par im grand concile des évêques d'Afri-
•que et de Numidie, réuni par Agrippinus. En Asie-Mineure, des conciles tenus à Iconium, à Synnada et en divers autres endroits avaient établi ^ la même règle. Elle était également observée à Antioclie et dans la S^^rie du nord ^. La Palestine, sur ce point, comme sur l'observance pascale, suivait l'usage alexandrin ^.
Toutefois ces délimitations ne sauraient être considérées comme tout-à-fait rigoureuses. La centralisation était encore si peu avancée que, même en Afrique, il y avait des dissidences. En 255 "* le concile de Carthage fut saisi d'une consultation signée de dix-huit évêques numides qui avaient conçu des doutes sur la légitimité de l'usage dominant. Peut-être ces évêques s'étaient-ils émus de la divergence disciplinaire qui, sur ce point, séparait les églises de Eome et d'Afrique. Quoiqu'il en soit, le concile jugea que Tusage africain devait être maintenu comme le seul légitime. Il répondit en ce senu aux évêques numides, en leur donnant les motifs de sa
' Cyprien, ep. LXXY, 7 (lettre de Firmilien); Denys d'Alexandrie dans Eus., VII, 7.
^ C'est ce qui résulte de la Didascalie et des Constitutions apostoliques.
^ On peut le déduire de l'attitude d'Eusèbe en cette affaire. Pour lui « l'usage ancien » est que l'on ne renouvelle pas le ■ baptême, mais seulement l'imposition des mains; Cyprien lui fait l'effet d'un novateur,
^ Les lettres du recueil de Cyprien qui ont rapport à cette affaire sont les lettres LXIX-LXXV. Toutefois la lettre LXIX ^ul Magnum est encore en dehors de la question principale. Cyprien y traite le cas particulier des Novatiens, qu'il assimile aux autres héréjtiques, et il expose sa doctrine sur le baptême clinical.
décision ^ Peu après, Cyprien lui-même écrivit à un évêque mauritanien, appelé Quintus, pour répondre à des demandes analogues ^. Déjà, dans cette lettre, on voit poindre un antagonisme spécial contre le pape Etienne, sans que celui-ci soit nommé. Au concile suivant, à l'automne 255 ou au printemps 256, Cyprien jugea opportun de couper court à toutes les objections que l'on soulevait en Afrique et de transformer en explications ouvertes la controverse indirecte et sourde qui divisait ses collègues. Il écrivit à Etienne ^, en son nom et au nom de l'assemblée, et lui transmit, avec la lettre du précédent concile, celle qu'il avait lui-même expédiée à Quintus. Il entendait, non seulement établir son droit à observer l'usage ancien de son église, mais présenter cet usage comme le seul admissible, et, par suite, y rallier l'église romaine elle-même.
Le concile de Carthage avait pris, en dehors de la question du baptême, une décision relative aux prêtres et aux diacres tombés dans le schisme ou ordonnés dans les sectes. Il les condamnait à rester dans la condition laïque. Etienne avait-il montré sur ce point une condescendance particulière? Nous n'en savons rien. Dans la suite de l'affaire il n'est question que du baptême.
Pendant que les délégués du concile se rendaient à Rome, Cyprien, consulté par un évêque appelé Jubaïen sur la valeur de quelques objections venues d'Italie, lui
1 Ep. LXX.
2 Ep. LXXI.
3 Ep. LXXII.
répondit par une longue exposition de sa doctrine ^ Cette lettre est le morceau théorique le plus important dans toute cette controverse.
A E/Ome, où, depuis plus d'un an, on était morigéné à tout propos par le concile d'Afrique, les représentants de celui-ci furent accueillis assez froidement. La lettre qu'ils apportaient n'avait rien d'aimable. « Nous savons, » y était-il dit, que certaines personnes ne veulent ja- » mais abandonner les idées dont elles sont imbues et » ne changent pas facilement d'avis; que tout en main- » tenant avec leurs collègues les liens de la paix et de la » concorde, elles persistent dans leurs propres usages. » Nous non plus, nous n'entendons violenter personne, » ni faire la loi aux autres. Chacun des chefs d'église » est libre de conduire son administration comme il l'en- » tend, sauf à en rendre compte au Seigneur » ^. Dans cette tension des esprits, des paroles regrettables furent prononcées. On traita Cyprien de faux christ, de faux prophète, de mauvais ouvrier. Les légats ne furent pas admis à voir le pape ; on interdit même aux fidèles de les recevoir ^. Aux prétentions de Cyprien, Etienne ré-
1 Ep. LXXIII.
* Il n'est pas aisé de concilier cette permission avec la réprobation absolue dont Cyprien poursuit l'usage contraire au sien.
3 Ep. LXXV, 25. Firmilien répète ici ce que lui a raconté le diacre Rogatianus, lequel étant parti de Carthage aussitôt après le concile du l^'' septembre 256 n'a pu connaître, en fait de propos romains, que ceux qui avaient été tenus avant cette assemblée.
pondit pas une décision fort grave. Non seulement il ne se laissa pas détourner de son usage et il ne cessa pas de le considérer comme le seul légitime, mais il signifia aux évêques d'Afrique qu'ils eussent à s'y conformer, autrement il romprait tout rapport avec eux. La même sommation fut adressée en Orient.
La lettre d"Etienne parvint à Carthage dans le courant de l'été. En attendant la prochaine rémiion du concile, indiquée pour le l*""" septembre, Cyprien écrivit à Pompeius, évêque en Tripolitaine, une lettre^ où il parle de la réponse d'Etienne et s'en plaint amèrement. Au jour dit, quatre-vingt-sept évêques de toutes les provinces africaines s'assemblèrent à Carthage, sous la présidence de Cyprien^. On y lut la correspondance entre Cyprien et Jubaïen. Le président invita ensuite tous les membres de l'assemblée à émettre chacun son avis: « Ce faisant, dit-il, nous n'entendons juger personne, ni » séparer de la communion ceux qui pensent autrement. » Aucun de nous ne se pose en évêque des évêques ni » ne recourt à une terreur tyrannique pour contraindre » ses collègues à l'adhésion. Tout évêque, dans la plé- » nitude de sa liberté et de son autorité, conserve le » droit de penser par lui-même ^ : il n'est pas plus jus- » ticiable d'un autre que qualifié pour juger les autres » .
1 Ep. LXXIV.
2 Le procès-verbal est conservé. C'est le plus ancien document de ce genre. Les évêques se disent réunis ex provincia Africa Numidia Mauritania.
3 C'était sans doute l'avis de Privât de Lambèse ; ce qui n'avait pas empêché le concile d'Afrique de le déposer.
L'un après l'autre les quatre-vingt-sept évêques formulèrent un vote contre le baptême des hérétiques. D'Etiemie et de sa lettre il ne fut fait aucune mention.
L'EgKse d'Afrique prenait ainsi une position de réisistance passive. Elle ne niait pas la nécessité de se conformer en matière doctrinale à la première des églises, à l'église principale [pi-bicipcdisj dont le pape était le chef et le représentant. Elle ne contestait pas même l'autorité particulière et supérieure qui résultait pour lui du lieu de son siège et de sa qualité de successeur de saint Pierre. Mais elle croj'ait que, dans l'espèce, on faisait une mauvaise application de cette autorité en cherchant à imposer aux autres un usage inadmissible. Comme sanction de ce jugement elle n'allait pas jusqu'à rompre les rapports avec Rome, en tant que cela dépendait d'elle. Elle se contentait de faire une déclaration solennelle de sa décision. Après la manifestation du concile, Etienne, s'il exécutait ses menaces, devait s'abstenir désormais d'envoyer à Carthage ses clercs et ses messagers : peut-être les clercs ou même les fidèles d'Afrique ne seraient-ils plus admis, s'ils venaient à Rome, à prendre part aux réunions liturgiques et aux secours distribués au nom de l'église. Les églises africaines, au contraire, devaient continuer à faire bon accueil aux Romains de passage en Afrique, et même à correspondre avec le clergé de Rome, autant qu'elles pouvaient être tentées de le faire, en sachant que leurs lettres couraient grand risque de n'être pas lues.
Cette situation, si elle avait duré, n'aurait pas tardé à paraître intolérable. Le jour du concile on n'en mesurait peut-être pas encore les inconvénients. Quoiqu'il en soit, pour donner plus d'éclat à la manifestation que l'on venait de faire et pour s'encourager à la résistance par l'exemple d'autrui, on chercha tout aussitôt à nouer des relations avec les églises d'Asie-Mineure et d'Orient qui, observant le même usage, se trouvaient engagées dans la même controverse avec le pape. Un diacre, E;0gatianus, fit voile pour la côte de Cilicie et passa en Cappadoce, auprès de Firmilien, le célèbre évêque de Césarée, qui, d'accord avec ses collègues de l'Asie-Mineure orientale, professait, sur la question du baptême, les mêmes principes que Cyprien. Comme lui, c'était un homme hautement recommandable par ses vertus, sa science, son expérience et son zèle. La lettre qu'il remit à Hogatianus \ et que celui-ci s'empressa de rapporter à Carthage, est conçue en termes fort durs pour le pape Etienne, sans cependant que son autorité y soit plus contestée que dans les documents africains.
L'hiver se passa ainsi, dans une sorte d'état de blocus entre E-ome et les églises d'Afrique et d'Orient. Puis le printemps revint: la fête de Pâques fut célébrée, sans que rien, à notre connaissance, eût modifié cette triste situation.
Elle se dénoua par la mort d'Etienne, arrivée le 2 août de cette année 257. Ses successeurs, tout en
1 Ep. LXXy.
l' AFRIQUE CHRÉTIENNE 429
maintenant l'usage de leur église et en cherchant à le faire prévaloir dans la mesure du possible, ne crurent pas devoir être aussi rigoureux envers les dissidents. Denys d'Alexandrie, Flrénée de ce nouveau Victor, appliquait dans son église la même règle qu'Etienne; mais il n'était nullement disposé à le suivre dans ses sévérités ni à observer l'excommunication prononcée contre la moitié de l'Eglise pour une divergence de cette nature. Il avait déjà écrit dans ce sens à Etienne lui-même ^ et à deux savants prêtres de Rome, Denys et Philémon, qui, naturellement, étaient du même avis que leur évêque. Après la mort d'Etienne, les dispositions du presbyterium romain se modifièrent. Le nouveau pape Xyste II et ses collègues le laissèrent voir assez clairement. Denys d'Alexandrie, en leur écrivant, ne se croit pas obligé de déguiser ses sentiments sur la gravité de la démarche tentée par le pape défunt, sur la nécessité de maintenir la paix et de respecter les décisions d'assemblées conciliaires nombreuses et imposantes ^.
Ce langage contribua beaucoup à affermir l'union, déjà rétablie par le seul fait du changement de pape. Xyste et Cyprien renouèrent les relations interrompues entre Home et l'Afrique ■\ La correspondance fut reprise aussi avec Eirmilien. Le successeur de Xyste,
1 Eus., VII, 2, 5.
2 Eus., VII, 5-9.
3 Pontius, vie de saint Cyprien, c. 14: « Jam de Xysto, bono et pacifîco sacerdote ac propterea beatissimo martyre nuntios acceperat » .
Denys, vint au secours de l'église cappadocienne, affligée par rinvasion des Perses (25i)). Avec l'aumône de la charité romaine, il lui envoya des paroles de paix^ Heureux temps, où la charité était si vive et les ressentiments si courts !
Toutefois, l'union ne se rétablit pas aux dépens de l'usage incriminé par le pape Etienne. Saint Basile, au ly^ siècle, appliquait encore les mêmes principes que rirmilien; on faisait de même en Syrie. Les Africains aussi gardèrent leur coutume et n'y renoncèrent qu'au concile d'x4.rles (314), sous l'empereur Constantin.
La mort d'Etienne était à peine connue à Carthage que la persécution y éclatait. Le 30 août 257, Cyprien fut arrêté par ordre du proconsul et interné à Curubis, Un an après, le 13 septembre 258, on vint l'y chercher pour mie deuxième comparution. L'audience eut lieu le lendemain. Le proconsul lui dit: « Tu es Thascius Cyprianus? » — « Je le suis » , répondit l'évêque. — « Tu es le pape des sacrilèges?^ — Je le suis. — Les très saints empereurs ordonnent que tu fasses les cérémonies. — Je n'en ferai rien. — Pense à toi. — Fais ce qui t'est prescrit: le cas est assez clair pour qu'il n'y ait pas besoin de longs conseils » .
Le proconsul, qui n'avait pas souvent de tels criminels à juger, délibéra pourtant avec ses assesseurs. Puis,* d'une voix mal assurée, il résuma les griefs de
^ Saint Basile, ep. 70.
2 Tu papam te sacrilegae mentis hominïbus praehuistif
TEtat contre le pontife chrétien et termina en lisant sur ses tablettes : « Thascius Cyprianus est à châtier par le glaive » .
Les chrétiens de Carthage, accourus dès la nuit précédente, se pressaient en foule autour du tribunal. Us accompagnèrent leur évêque au lieu du supplice. Cjprien mourut simplement, dignement, comme il avait vécu. En dépit des circonstances, ses fidèles lui firent des funérailles triomphales ^ .
Après la persécution de Talérien et jusqu'à celle de Dioclétien, c'est-à-dire, en gros, pendant les quarante dernières années du IIF siècle, l'histoire de l'Eglise en Occident se dérobe entièrement à nos regards. Par Eusèbe et aussi par une chronique romaine, nous connaissons la suite des papes de ce temps-là et le temps qu'il siégèrent. Denys, successeur de Xyste II, a laissé sa trace dans l'histoire des controverses orientales : mais nous ne savons rien de son activité à Rome et en pays latin. A plus forte raison en est-il de même de ses successeurs Félix, Eutychien, Gains, sur lesquels les documents orientaux eux-mêmes sont tout-à-fait muets. Deux successeurs de saint Cyprien, Carpophore et Lucien ^ , nous sont connus par leurs noms, mais seulement par leurs noms. D'autres noms d'évêques peuvent être relevés dans les catalogues de quelques autres églises,
^ Les Acfa jyrocoiisularia de saint Cyprien sont une des meilleures pièces que nous ayons sur les martyrs. ^ Optât, De schism. Donatistarum, I, 19.
Hien par ailleurs sur le reste de l'Afrique et de l'Italie, sur les provinces illyriennes et danubiennes, sur la Gaule, la Bretagne et l'Espagne. En ce dernier pays cependant, il se tint, tout à la veille de la dernière persécution (v. 300), une grande assemblée conciliaire, dont les décrets permettent de jeter un coup d'œil sur la situation et les institutions de l'Eglise en ce temps-là. Nous en parlerons plus loin.
CHAPITEE XXI.
L'Orient chrétien jusqu'à Dèce.
Lca haute Asie-Miueure et son bellénisation. — Propagande apostolique. - Les églises de Bithynie, de Pont, de Cappadoce. — Alexandre et Firmilien, évêqnes de Césarée. — Grégoire le Thaumaturge. — Antioche après saint Ignace. — Les évoques Théophile et Sérapion. — Edesse et ses rois chrétiens. — Bardesane. — La Syrie du sud. — Eglises de Césarée en Palestine et de Jérusalem. — Jules Africain. — Bérylle, évéque de Bostra.