PAUL DE SAMOSATE
fond de la Siisiane '. Le même sort échut à Tarse et à Césarée de Cappadoce. Il n'y avait plus d'armée romaine. A la longue, cette énorme razzia se termina comme se terminent les opérations de ce genre. Les vainqueurs sentirent le besoin de rentrer chez eux pour jouir du butin conquis; leur retraite fut contrariée par des bandes de partisans, qu'attirait l'opulence de leurs convois.
Dans ce désordre, un officier romain, Macrien, proclama ses deux fils empereurs, sans s'inquiéter de Gailien. Mais les intérêts de celui-ci étaient soutenus par le prince de Palmyre, Odenath, qui, bientôt débarrassé des prétendants, entreprit les Perses vainqueurs, rétablit la frontière, se posa en représentant de l'empereur Gallien et se fit reconnaître comme tel dans tout l'Orient. A sa mort, en 2G7, sa femme Zénobie, comme tutrice de son jeune fils Vaballath, garda en main la même autorité, sous laquelle elle parvint, non sans effort, à ranger jusqu'à l'Egypte. Du côté de l'Asie-Mineure elle s'étendait toujours. Chalcédoine était entre ses mains et déjà elle allait s'emparer de Byzance, lorsqu'Aurélien, devenu empereur (270), entreprit de mettre un terme à cette lieutenance envahissante. Alexandrie fut reprise dès 270, par le général Probus, à la suite d'un siège très dur et d'une guerre de rues où cette grande ville
' Selon certaines légendes, peu autorisées, l'évêque d'Antioche Démétrien aurait été au nombre des captifs déportés en Susiane. Ceux-ci furent employés à construire la grande digue de Souster.
CHAPITP^E XXII.
périt presque entièrement. Il fallut plus de temps à Aurélien pour triompher de l'énergique palmyrénienne. Peu à peu, cependant, il parvint à la repousser derrière le Taurus, à la battre près d'Antioche, enfin (272) à la forcer dans Palmyre, son refuge du désert. Zénobie, prisoimière, fut réservée pour le triomjDhe, et l'Orient reprit son régime ordinaire.
Quand Aurélien se fut réinstallé dans Antioche, une des questions qu'il eut à régler, question sûrement inattendue, ce fut de savoir qui était l'évêque des chrétiens de cette ville. Deux prétendants se disputaient non seulement cette qualité, mais la possession de la maison épiscopale. Cette histoire \ très importante à divers égards, doit être reprise de plus haut. A Tévêque Démétrien, peu après le désastre d'Antioche, on avait donné pour successeur un certain Paul, originaire de Samosate. Sorti d'une famille très humble, ce personnage, habile et disert, n'avait pas tardé à tirer parti de ses fonctions ecolésiastiques pour se créer une fortune enviable. Avant ou après son élévation à l'épiscopat il se fit donner la charge de receveur des finances, aux appointements de 200.000 sesterces (procurator ducenarius). La reine Zénobie l'avait en grande estime. C'était, même au point de vue séculier, un des plus gros personnages d'Antioche. On s'en apercevait dans la rue, quand il passait, la démarche altière, l'air préoccupé, entouré d'une escorte nombreuse. Il s'en souvenait trop à l'église, où il cédait
ï Eus., YII, 27-30.