LA FIX DU JUDÉO-CHRISTIANISME
Jacques » , citées par saint Epiphane. Dans ces divers écrits l'ascétisme est fortement inculqué, surtout l'alimentation Tégétarienne et Tliorreur du \m. Même pour l'Eucliaristie, le rin était remplacé par de l'eau. La christologie ressemblait à celle des Ebionites et de Cérintlie : Jésus, fils de Joseph et de Marie \ est élevé à l'état divin au moment de son baptême, par son union avec l'éon Christ. Celui-ci était identifié par les uns avec le Saint-Esprit, par d'autres avec Adam, par d'autres enfin avec un ange supérieur, créé avant toutes les autres créatures, qui se serait déjà incarné en Adam et en divers autres personnages de l'Ancien Testament. On ne nous dit pas quel était le rapport de ce Christ . avec l'ange appelé Fils de Dieu.
la généalogie de ces écrits. D'abord un livre intitulé Kérygmes de Pierre, composé vers la fin du 11^ siècle ou le commencement du m® : la lettre de Pierre à Jacques avec la protestation y annexée iMigne, P. G., t. II, p. 25) en formait la préface. C'était un livre judéo-clii-étien. antipaulinien, dans des idées analogues à celles d'Alcibiade. Vers le même temps un livre catholique, antignostique, racontait les conflits de saint Pierre avec Simon, considéré comme représentant général de toutes les hérésies. Ces deux livres furent combinés, assez avant dans le III^ siècle, en un roman orthodoxe où apparaît le personnage de Clément Romain (Ihpiîo;! riETfs'j) : une lettre de celui-ci à saint Jacques (Ibid., p. 32) en formait la préface. De ce roman clémentin dérivent isolément les deux rédactions connues sous le nom de Eécognitions et d'Homélies ; de celles-ci nous avons le texte grec, des Eécognitions une version latine, œuvre de Rufin, et une version s^'riaque incomplète. Ces deux rédactions sont orthodoxes aussi, mais seulement au point de vue des anciennes controverses, car l'esprit de l'école lucianiste ou arienne s'y révèle en maint endroit.
' Quelques-uns cependant, tout comme chez les Ebionites, admettaient la naissance miraculeuse.
J^32 CHAriTRE IX.
Ces doctrines et ces pratiques n'ont, en somme, rien de bien nouveau. Ce sont les vieilles « fables judaïques » du temps de saint Paul, que Ton essaie de rajeunir en s'autorisant d'une révélation nouvelle et en s'aidant de productions littéraires composées à cette fin.
CHAPITEE X.
Les livres chrétiens.
Epîtres de saint Paul. — Les Evangiles. — Disciples émigrés en Asie : Philippe, Aristion, Jean. — Tradition sur l'apôtre Jean. - Les écrits johauniques. — La tradition orale et les évangiles Synoptiques. — Aiitres livres canoniques. — Ecrits divers, Didaché, épître de Barnabe, livres attribués à saint Pierre. — Clément, Hermas et autres «Pères apostoliques».
A partir du moment où s'arrête le récit des Actes jusque vers le milieu du deuxième siècle, les documents de l'histoire chrétienne sont trop rares et trop difficiles à classer, ou même à interpréter, pour qu'il soit possible d'en tirer une histoire suivie. Les traits principaux ont été indiqués plus haut: succès croissant de la propagande évangélique : accaparement par elle des conquêtes faites ou préparées par la propagande juive : affermissement du caractère universaliste de la prédication nouvelle : séparation corrélative des groupes chrétiens d'avec les communautés Israélites: premières apparitions de ces hardiesses d'opinion qui présagent les hérésies de l'avenir : résistance de la tradition, qui s'appuie partout sur la hiérarchie locale, renforcée et précisée dans ses attributions : dangers extérieurs venant du défaut d'assiette légale.
Telles sont les généralités de la situation : elles dérivent tout naturellement des conditions dans lesquelles
j^34 CHAPITÎÎE X.
le cliristianisme se répandit et s'étalDlit. Un autre fait, d'ordre général et de très grande conséquence, doit être maintenant examiné : c'est l'apparition d'une littérature chrétienne.
Il a été déjà question des lettres de saint Paul, qui sont, dans l'ensemble, les plus anciens documents écrits du christianisme. Si Ton met à part les Pastorales, qui, telles au moins que nous les avons, sont de date un. peu postérieure, elles se placent toutes entre 53 et 62. Bien qu'elles eussent été d'abord écrites pour des groupes chrétiens assez éloignés les uns des autres, il s'en fit de bonne heure un recueil. Clément et Polycarpe paraissent l'avoir eu entre les mains.
Plus complexe est l'histoire des Evangiles, plus obscure aussi. Je vais m'efforcer de résumer le peu que l'on en peut savoir.
Les disciples de la première heure, on l'a vu plus haut, n'étaient pas tous demeurés à Jérusalem. Bien longtemps avant le siège, une certaine dispersion s'était produite, soit par suite de persécutions locales, soit pour les besoins de la propagande. Les apôtres étaient tous partis, et avec eux beaucoup d'autres personnages importants, comme ce Silas qui suivit saint Paul dans sa seconde mission. La guerre de Judée dut accélérer cet exode et transporter en pays lointain plus d'un témoin des origines. Les émigrants étaient naturellement ceux dont les idées étaient le plus larges, des gens qui n'avaient pas peur de vivre loin de la Palestine, au milieu des|
païens. L'Asie en accueillit quelques-uns. De ce nombre était Philippe l'éTangéliste, l'un des Sept de Jérusalem. A son dernier voyage (58) saint Paul l'avait trouvé à Césarée, où il était établi, et avait reçu l'hospitalité chez lui. Philippe avait alors quatre filles, vierges et prophétesses \ Cette famille se transporta en Phrvgie, à Hiérapolis, ville fameuse, comme son nom l'indiquerait tout seul, par ses sanctuaires païens. Papias, évêcpie d'Hiérapolis dans la première moitié du second siècle, avait connu les prophétesses et recueilli leurs récits -. Poljcrate. évêque d'Ephèse vers la fin du même siècle, rapporte que deux d'entre elles, demeurées vierges et mortes à un âge avancé, étaient enterrées à Hiérapolis avec leur père ; une autre reposait à Eplièse ^ On voit par ce qu'il en dit que Philippe d'Hiérapolis était déjà confondu, dans le pays d'Asie, avec Fapôtre du même nom, l'mi des Douze. Cette confusion s'accrédita. Outre Phihppe et ses filles, la tradition a retenu les noms d'un certain Ariston. auquel mi manuscrit récemment signalé attribue la filiale deutérocanonique * de l'évangile de saint Marc, et d'im Jean appelé par antiphrase « l'Ancien » (-pîg^'jtsco;). Tous deux avaient été « disci-
^ Actes, XXI, 8, 9.
« Eusébe, H. E., III, 39.
3 Clément d'Alexandrie [Strom., III, \i, 53; cf. Ensèbe, H. E., Ht, 80) dit Que Vapôtre Philippe avait des filles et qu'il les maria. Il est possible que ceci se rapporte à Philippe l'évangéliste, auquel cas il y aurait lieu de réduire à deux les mariages dont parle Clément.
* Marc, XVI, 9-20.
136 CHAriTRE X.
pies du Seigneur » . Ils vécurent très vieux, de sorte que Papias parvint encore, de leur vivant, à recueillir certains de leurs discours.
Au dessus de ces souvenirs un peu eiFacés plane rimage de l'apôtre Jean, iils de Zébédée, à qui la tradition attribue l'Apocalypse, le quatrième évangile et trois lettres du recueil des Epîtres catholiques. La question de savoir si c'est vraiment lui qui est l'auteur de tous ces écrits est en ce moment fort débattue ; on conteste même qu'il ait jamais fait séjour en Asie. Sans prétendre entrer dans tous les détails de ces problèmes, il est indispensable d'en indiquer ici les données principales, L'Apocal^'pse est sûrement l'œuvre d'un prophète Jean, qui s^y présente comme en possession d'mie très grande autorité sur les églises d'Asie et de Plnygie. Son livre fut écrit dans la petite lie de Patmos, où l'auteur avait été relégué jjour la foi. Il se qualifie de diverses façons, sans prendre jamais le titre d'apôtre. Au contraire, la façon dont il parle des « douze apôtres de l'Agiieau » ^ domierait l'impression qu'il se distingue de leur groupe révéré. Cependant le plus ancien auteur qui parle de l'Apocalypse, saint Justin, l'attribue ^ sans hésiter à Jean l'apôtre : il en est de même des écrivains jDOStérieurs, sauf quelques exceptions qui semblent insj)irées par des préoccupations doctrinales plutôt que par la conscience d'une tradition contraire. Saint Justin séjourna longtemps à Ephèse, vers 135, mie quarantaine