‹ Histoire ancienne de l'église (volume 4)Chapitre 29 sur 68 · II · texte numérisé non relu

II

« La ijassion de saint Justin et de ses compagnons nous a j été conservée dans la collection byzantine de Métaphraste. C'est | la seule pièce authentique de ce genre qui nous soit restée sur | les martyrs de Rome. Les histoires, fort nombreuses, que nous en avons, ne sont que des romans pieux, sans aucune autorité. Ils contiennent sans doute des renseignements intéressants sur

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De toutes ces vieilles générations de Téglise romaine il nous reste un souvenir monumental des plus précieux, l'étage supérieur et primitif du cimetière de Priscille. Leurs épitaplies s'y lisent encore : elles sont brèves., les noms seulement, accompagnés quelquefois de l'acclamation Pa.i- tecum. Çà et là quelques peintures archaïques décorent des chambres où de petits groupes on4 pu se réunir en assemblées funéraires. D'autres sépultures du même âge se rencontrent au sud de Rome : elles furent plui5 tard englobées dans les nécropoles connues sous les noms de Prétextât, Domitille, Calliste. Aucune pourtant n'a l'étendue et la régularité des galeries priscil- Hennes. Celles-ci nous représentent évidemment le premier cimetière collectif de l'église romaine.

Vers le temps où saint Justin périt pour la foi qu'il avait si longtemps défendue, la direction de l'église romaine passa des mains d'Anicet à celles de Soter. De celui-ci nous ne savons qu'une chose, c'est qu'il écrivit jcomme son prédécesseur Clément, une lettre à l'égHse de Corinthe. L'occasion était bien différente. La lettre

es lieux de sépultures et l'état des sanctuaires au Ye et au ne siècle, mais c'est tout. Il est impossible, en particulier, de •e her a leur chronologie, aux noms d'empereurs et de préfets ui'ils introduisent à tort et à travers. - Je dois aussi faire bserver que les calendriers romains les plus anciens (la série ommence au temps de Constantin) ne mentionnent jamais les 'artyre du H^ siècle. Cela tient à ce que l'usage de célébrer Hnniversaire des martyrs, et des défunts en général, ne s'in- 'oduLsit à Rome que dans le courant du III« siècle. On le voit rès bien par les épitaphes: les plus anciennes ne marquent ia- 'ais le jour de la mort.

de Soter accompagnait un envoi d'argent destiné à soula o-er les pauvres et les confesseurs condamnés aux mines. Eiche et charitable, l'église romaine faisait volon- ; tiers part de ses ressources aux chrétientés moins à j l'aise. C'était déjà une tradition; elle se maintint jus-i qu'aux dernières persécutions, La lettre de Soter ne nous est pas parvenue ; nous ne la connaissons que par la réponse qu'y fit Denys, évêque de Corinthe, dont Eusèbe nous a conservé quelques fragments '.

Autour de la grande Eglise l'hérésie continuait sa:

propagande. La secte valentinienne s'organisait. Ellf

avait à Eome deux maîtres renommés, disciples direct>,

de Yalentin, Héracléon et Ptolémée. Le premier mo-:

difia un peu la genèse des éons. Dans le système pn,

mitif ceux-ci étaient toujours groupés par paires: Héj

racléon introduisit la monarchie dans le Plérôme eii

plaçant au sommet un être unique, sans correspondani

femelle, duquel procède le premier couple et, par smtej

tous les autres dérivent. C'était un écrivain fécond. Cléj

ment d'Alexandrie et Origène le citent souvent. Le pluj

remarquable de ses écrits était un commentaire sur 1 ^,

vangile de saint Jean \ Quant à Ptolémée, c'est à hi

et aux siens que s'attaqua saint L'énée : c'est sous 1!

1 H. E., JW 23. M. Harnack croit pouvoir identifier la letti; de Soter avec la //« démentis. Je ne saurais me ranger à so opinion.

2 Les fragments d'Héracléon sont imprimés à la suite ( saint Irénée. Cf. l'édition de^rooke, dans les Texts and Stiidi de Cambridge, t. I, fasc. 4.

l'église romaine de Néron à commode 245

forme qu'il lui donna ou lui conserva que la gnose valentinienne est le plus connue. Un certain Marc, depuis longtemps combattu en Asie, parut aussi en Occident vers le temps de Marc-Aurèle. D'autres noms encore se rencontrent dans saint Irénée, saint Hippolj^te et Tertullien: Secundus, Alexandre, Colarbase, Tliéotime: on ne sait à quelles modifications du système ils ont correspondu, et vraiment il importerait peu de le savoir. Ce n'est pas seulement sur la doctrine que l'on se divisait: le rituel aussi était matière à divergences. Le baptême ordinaire était bon pour les « psychiques » : pour l'inauguration des « pneumatiques » , il fallait autre chose. Les plus sensés le contestaient ; ils disaient que la gnose étant chose spirituelle, c'est par la seule connaissance du mystère que devait s'effectuer la régénération de l'initié. D'autres avaient imaginé d'introduire solennellement le récipiendaire dans une chaixibre nuptiale; ce rite était assez d'accord avec l'idée que l'on se faisait du plérôme céleste. Mais la plupart préféraient une sorte de décalque de l'initiation chrétienne, telle que la pratiquait la grande Eglise. On baptisait donc dans l'eau, en prononçant des formules comme: Au nom de Vinconnaissahh Père de toutes choses, de la Ve'rité mère de tout, de Celui qui descendit en Je'sus (l'éon Christ). On employait aussi l'hébreu ^ : Au nom d'Hachamoth^ etc. L'initié répondait: Je suis fortifie' et racheté'; j'ai racheté mon âme, etc. Les assistants acclamaient : Paix à tous

' Saint Irénée transcrit ces formules hébraïques, et même il es traduit ; mais il ne faut pas trop se fier à ses traductions.

ceux sur qui ce nom repose! Il 3' avait ensuite des onctions d'huile parfumée. Quelquefois on mêlait le baume à Veau et on réunissait ainsi les deux actes du sacrement. Cette cérémonie portait le nom à'apolytrose ou rédemption. H y en avait une autre pour les mourants ou les défunts. On leur communiquait les formules par lesquelles ils devaient triompher, dans l'autre monde, des puissances inférieures et du Démiurge, et, abandomiant aux unes leurs éléments matériels, à Tautre leur âme vitale (■jv/;/,), s'élever jusqu'aux régions supérieures réservées à l'âme spirituelle (-viOy.y.) \

Marcion devait être mort à peu près vers le même temps que Polycarpe et Justin. Le « très saint maître», comme l'appelaient ses sectateurs ^, demeura parmi eux en grande vénération. Ils se le représentaient au ciel j avec le Christ et saint Paul : le Sauveur avait Paul à | sa droite, Marcion à sa gauche ^. j

D'accord sur la vénération de leur fondateur, ils | étaient loin de s'entendre pour expliquer sa doctrine, j Celle-ci, on l'a vu, comportait quelques incohérences, j dont le maître ne s'était guère préoccupé. Après lui on j «'efforça de les résoudre *. Le marcionisme avait eu pour | point de départ l'opposition entr-e le Dieu bon et lej Dieu juste. Quand la métaphysique s'y glissa, elle n'eut pas de peine à tirer de là deux principes essentiels et

' Irénée, Haer., I, 21.

« Tertullien, Praescr., 20.

3 Origène, In Liic., 2.5.

.■* Voir le curieux texte de Rhodou, dans Eus., V, l'A.

l'église komaixe de xérox à commode 247

essentiellement contraires. C'est ce qu'enseignaient, sous Marc-Aurèle, deux notabilités marcionites, Potitus et Basilicus. H y avait aussi l'école cle Syneros et de Lucauus ', qui, dédoublant le dieu inférieur en un dieu juste et un dieu mauvais, arrivaient ainsi à reconnaître trois principes. Cette forme trinitaire du marcionisme finit par avoir tant de succès qu'elle éclipsa le dualisme primitif. Au nr siècle et au lY" les marcionites sont présentés souvent comme des gens qui croient à trois dieux \

Mais au temps où nous sommes, le docteur le plus en vue dans la secte était un certain Apelle, qui s'efforça de réduire le dualisme, avoué ou latent, et de revenir à Tunité de principe. Il avait d'abord vécu à Eome auprès du maître, puis il s'était transporté ^ à Alexandrie, d'où il revint, longtemps après. Ehodon. qui le connut personnellement, en trace un curieux portrait. C'était un vieillard vénérable, de mœurs graves. Il avait avec lui une illuminée appelée Pliilomène, dont il recueillit les hallucinations dans son livre des Eclaircissements *.

' Celui-ci n'est jxas mentionné par Rhodon. Y. Pseudo-Tert., et Tertullien, De Ii'esurr., 2; cf. Epiphane, Haer., 43.

^ Voir par exemple Denys de Rome, clans Athanase. De decr. Xicaen., 26.

3 Tertullien attribue ce départ à une brouille avec Marcion, 'i propos d'une histoire de femme. Il dit aussi que Pliilomène tourna mal. Dans ses extases elle se trouvait en communica- ;ion avec un enfant qui était tantôt le Christ, tantôt saint Paul. * *aN£pw5:i;. Il écrivit aussi un livre intitulé « Syllogismes», ù il combattait vivement Moïse et les Prophètes. Origène {in '''H., II, 2) en a cité un fragment. D'autres sont reproduits dans ^ De Paradiso de saint Ambroise. Cf. Terte nnd Unf., VP.

248 CHAPITRE xni.

Ehodon, ayant trouvé l'occasion de discuter avec lui. voulut le faire s'expliquer sur la manière dont il accordait sa doctrine avec celle de Marcion. Mais Apelle, bientôt las d'une dispute où il n'avait pas l'avantage, lui dit « qu'il était inutile de clierclier à résoudre toutes » ces questions, qu^il valait mieux s'en tenir chacun à » sa croyance, que tous ceux qui ont foi au Crucifié » seront sauvés, pourvu que leur vie soit vertueuse. Quant » à établir qu'il n'y a qu'un seul principe, il y renonçait » volontiers, se contentant d'en être convaincu. D'ailleurs ; » il n'y avait rien à tirer des prophètes, qui se contre- ■ » disent et mentent à l'envi » ^

L'évolution d'Apelle excitait vivement l'intérêt de Ehodon: « Il reconnaît, dit-il, un seul principe, exacte-; ment comme nous ». Il y a pourtant des différences. Nous i possédons, grâce à saint Epiphane \ une sorte d'exposé i du système d'Apelle, qui parait bien être sorti de sa ^ plume : « H y a un seid Dieu bon, un seul principe, une | » seule puissance ineffable. Ce Dieu unique, ce principe j » unique, ne s'inquiète en rien de ce qui se passe dansi » notre monde. Il fit (t'oi-nGi) mi autre Dieu, lequel en- » suite créa toutes choses, le ciel, la terre et tout ce » qui est dans le monde. Mais ce second dieu n'était] » pas bon (y.-i'ir, U oùx. ày^Oô;), et les choses faites parj » lui ne furent pas bien faites (àys'-^w; sîpyacryiva) ». Celai ressemble beaucoup, au point de vue métaphysique, àj l'arianisme, mais avec la préoccupation marcionite de,

' Eus., V, IB. I

^ Ilacr., XLIV, 2. . I

r/É(îLISE ROMAIXE DE XÉROX À COMMODE 249

la bonté comme attribut essentiel et incommunicable de Dieu.

Apelle mitigea aussi le docétisme radical de Marcion, Jésus- Christ ne fut plus un fantôme: il eut un corps, non pas tiré d'une mère humaine, mais emprunté directement aux quatre éléments. C'est avec ce corps qu'il fut réellement crucifié et qu'il apparut à «es disciples après la résurrection. En remontant au ciel il en restitua les éléments à la nature.

Pour le reste, Apelle continuait la tradition du naître. En éliminant le docétisme, il supprimait une les plus fortes objections. Quant à son système de faire •réer l'auteur du monde par le Dieu supérieur, il est •lair qu'il fallait ou en venir là, ou admettre franchenent, avec Potitus et Basilicus, deux principes coéterels. C'est, à l'intérieur du marcionisme, la même situaion qui se révéla, dans l'Eglise orthodoxe, par le conflit ntre l'arianisme et le consubstantialisme '. Apelle est lérétique par rapport à Marcion, comme Arius par raport à l'Eglise catholique.

Rhodon. l'adversaire d'Apelle, était un asiate établi

Rome depuis assez longtemps. Il y avait connu Tatien

t s'était fait son disciple : mais il ne l'avait suivi ni dans

is voyages ultérieurs ni dans ses excentricités doctri-

'SurApelle, voir surtout ce qu'en dit le contemporaiuEhodon, c. — Tertullien avait écrit un livre entier Adversiis ApeUaicos ; il >t perdu. Mais v. Adv. Marc, III, 11 ; IV, 17: Praescr., 6, 30, :34; 'p carne Christi, G, 8; De anima, 23, 36: v. aussi Hippoljte, pHagvxa lEpiph., 43, Pseudo-Tert., 51, Philastr.. 47); Philo- ■phum., Yll, :38.

nales. Eusèbe eut sous les jeux plusieurs écrits de lui.! Le plus important, dédié à un certain Callistion, était: dirigé contre les Marcionites, et c'est dans celui-là qu'ili eut Toccasion de décrire Apelle. Il écrivit aussi sur les six jours ('K;a-;^a£sov).

C'est sous l'épiscopat de Soter que pai-^'int à Eome' l'étonnante nouvelle qu'une armée romaine, commandéej par l'empereur lui-même, avait été sauvée par les prières d'une troupe de soldats chrétiens. Telle était du moins la version qui circulait chez les fidèles. Le dan ger couru par l'armée est chose certaine. On sait également que, dans leur détresse, les Romains firent appe. à toutes les influences divines sur lesquelles pouvaieiiil agir les diverses religions pratiquées par les soldat'^i Mais quand s'éleva au Champ de Mars la colonne comi mémorative des victoires de Marc-Aurèle en Germaniei c'est aux dieux officiels que l'on fit honneur du mira; cle. On peut voir encore, dans ces bas-reliefs célèbres! l'image du Jupiter jjhiL-iiis, laissant pleuvoir de ses cheî veux, de ses bras, de toute sa personne, les torrent;' salutaires qui permirent aux légions d'échapper à la soi! et à la défaite. !

La colonne Antonine était encore en constructioij

lorsque, vers 175, le pape Soter fut remplacé par Eleii thère, l'ancien diacre d'Anicet. En dépit des service) rendus par la « Légion fulminante » . la persécution etai partout en recrudescence. Nous trouverons bientôt Elev thère en rapport avec les martj-rs de Lyon et leur er

l'église romaine de Néron à commode 251

Yoyé saint Ii"énée. On parlait beaucoup alors, en Gaiûe et à Eome, des nouveaux prophètes de Phrygie, L'église romaine fut sollicitée de prendre position dans cette affaire : nous verrons plus loin à quel parti elle se rangea. Après la mort de Marc-Aurèle, son fils Commode, lassocié depuis plus de trois ans à l'empire, demeura seul maître du pouvoir. On sait qu'il n'eut guère à cœur de se conformer aux maximes paternelles. C'est peut-

tre pour cela qu'il laissa les chrétiens en paix. Du reste jeux-ci avaient des influences dans son entourage; Marl'ia, sa favorite, était chrétienne. Dans le milieu où elle

ivait, sa conduite ne pouvait guère être en harmonie ivec lïdéal évangélique, mais elle faisait au moins son jossible pour neutraliser par la faveur impériale la ri- ^eur des lois de proscription. Son ancien tuteur, un •unuque appelé Hyacinthe, qui siégeait alors dans le

oUège presbytéral, l'entretenait dans ces bonnes dispo-

itions K

Marcia ne réussissait pas toujours. C'est sous le règne

e Commode que se place le martyre d'Apollonius, sa-

ant philosophe ^ Encore celui-ci paraît-il avoir été traité

vec mie bienveillance spéciale '\ Il fut jugé, non par

' Philosoph., IX, 12.

* £;ri TTxtocLot xat œiXsos-^ia fiipir.v.ï'-sv, dit Eusèbe ; saint Jéme [Da viris ilL, 42; cf. 53, 70) l'éleva au rang de sénateur.

' Le procès d'Apollonius figurait dans la collection d'an- 3n8 martyria formée par Eusèbe. Dans son histoire ecclésiastile, il en donne un résumé (V, 21). Ces derniers temps on a publié ux remaniements de cette pièce, l'un en arménien (Compteiidus de l'acad. de Berlin, 1893, p. 728), l'autre en grec (Anal. 'Uand., t. XIV, p. 286). A en juger par ces renseignements, le

le préfet de Eome, mais par le préfet du prétoire Peremiis ( 180-185 1, au nom de l'empereur lui-même. Ce qui s'est conservé des interrogatoires montre que Perennis fit les plus grands efforts pour sauver l'accusé.

Quelques amiées plus tard, le pape Victor ayant succédé (190) à Eleuthère, Marcia obtint la grâce de tous les confesseurs qui travaillaient en condamnés dans les-i mines de Sardaigne. Mctor lui en avait domié la liste; Elle confia les lettres de grâce au prêtre Hyacinthe, qui' fit le voyage de Sardaigne et revint avec les confes] seurs libérés.

texte original n'était pas sans soulever des difficultés. Voir le commentaires de Harnack (Compte-rendus de l'acad. de Berlin Le), de Mommseu [ibicl., 1894, p. 497), de K. J. Neumann (De.. rUm. Siaat und die allgenieineKirche, t.I, p. 79), de Geffcken l'yflc/i richten de Gôttingen, phil. hist. cl., 1904, p. •262i. — L'histoin du délateur exécuté, bien que sa dénonciation soit le point d] départ d'un procès criminel, est d'une grande invraisemblance| Ce détail, qui n'est rapporté que parEusèbe, peut provenir d'unj confusion : un accident arrivé au délateur a pu être transformj en un cbâtiment légal.

CHAPITEE XIV.

Les églises au 11^ siècle.

Le christianisme en Italie et en Gaule. - Les martyrs de Lyon. - Irénée. -L'Evangile eu Afrique: les martyrs de Scilli. - L'église d'Athènes - Denys de Corinthe et ses lettres. - Les églises d'Asie, de Phrygie de Bithynie et de Thrace. - Martyre de Polycarpe. - Les évêques d'Asie: Méliton et Apollinaire.

L'église de Eome, dont la vie intérieure fut si intense dans ce premier siècle de son histoire, ne put manquer d'être un centre de rayonnement chrétien. Connue au loin, dès ses premières origines, par son autorité, son enseignement, son zèle et sa charité, il est impossible qu'elle n'ait pas fait sentir, et de bonne heure, son action évangélisatrice dans les régions plus rapprochées d'elle. Cependant nous ne savons rien des détails. Aucun témoignage ne subsiste sur la fondation ou l'existence d'un autre groupe chrétien en Italie pendant tout le ir siècle ■. Les plus anciennes églises du nord, Eavenne, Milan, Aquilée, dont l'âge peut être mesuré avec quel-

' Quand saint Paul débarqua à Pouzzoles, en 61, il y fut ^eçu par un groupe de fidèles établis dans cette localité {Act., VX\III, 14). Il est bien possible que ce groupe se soit maintenu ■t se soit organisé en église unie à celle de Eome; cependant lous n'en savons rien.

que approximation, n'atteignent guère que le temps des Sévère. On peut croire que dans le midi, dans la Campanie par exemple ou dans les environs de Eome. des églises ont pu être fondées plus tôt : mais ce n'esi là qu'une conjecture. Du reste, il faudrait encore savoii à quel degré d'organisation ces groupes de fidèles ei étaient arrivés et jusqu'à quel point ils se distinguaien de ce que l'on appelait l'église romaine. D'elle seule i est question dans les anciens auteurs qui ont écrit en cetemps-là. ou qui, écrivant plus tard, ont eu à parler d> cette période.

En Gaule aussi et en Afrique, les origines sont enve loppées d'obscurité. Des conjectures, mais des conje( tures seulement, peuvent être faites sur l'existence, ai II* siècle, d'une colonie chrétienne à Marseille. Son Marc-Aurèle il y avait une église à L^-on et une autre ;' Vienne. Un peu plus tard il est question, dans saint Iré née, d'églises établies dans les Germaniés et dans le pa3-s celtiques. Il y a donc lieu d'admettre, dès ces terap reculés, une certaine diffusion du christianisme dans l'an cienne Gaule. L'église de Lyon était un centre de rayon nement, une église-mère. Elle comptait un certain nom bre d'asiates et de phrygiens, mais l'élément indigèu' y était aussi représenté. E y avait des notabilités loi cales, comme Vettius Epagathus et le médecin Altj xandre. L'évêque Potliin, vieillard nonagénaire, et 1| prêtre Iréiiée présidaient à la petite communauté. Un grave épreuve s'abattit sur elle en 177. Les chrétien?

LES ÉGLISES Al- II- SIÈCLE 265

encore peu nombreux, étaient très mal vus. On croyait ou Ion aiï-ectatt de croire aux calomnies abominables qm s attachaient partout aux rénnions des fidèles On refusait de les loger: on leur fermait les bains on les excluait du marché: ils étaient hués, battus, maltraités le mille manières. Finalement les rumeurs malveillantes •urent assez de force pour que les autorités intervinssent .es magistrats municipaux et le tribun de la cohorte l«i tenait ganiison à Lyon iîrent arrêter un certain ■ombre de chrétiens et les soumirent à la question, eux letu-s esclaves, dont quelques-mis étaient païens. La Inpart des chrétiens résistèrent, bien que les exécu- 'urs, excités par la mtdtitude, eussent poussé la qt.eson jusqu'aux extrêmes limites de la cntauté. Cepen- »t II y eut des défaillances, une dizaine environ aiS ce qui fut particulièrement grave c'est que les clayes païens n'hésitèrent pas à attester la réalité des Janticides et des scènes de débauche

Le légat de Lyonnaise étant absent, ces procédures

■nstruction n'aboutissaient à auctrne sentence. Déta-

-es tout paiitelants des chevalets, l,s confesseurs étaient

- dans d-horibles cachots, sans soins ni nourriture

U.S frères demeurés libres s'eiforçaient, en bravant

J e dauge., de leur porter secours. Plusieurs mou-

' "t eu prison, notamment l'évêque Pothin. Les apos-

;n avaient pas été séparés des autres. Totrchés par

«Aante que leur témoignaient les confesseurs et ré-

leur faiblesse et professèrent de nouveau ,Ia foi

Au retour du légat, quelques sentences furent pro'

noncées. Sanctus, le diacre de Vienne ' : Maturus, uéo!

phyte d'un courage extraordinaire: mie esclave, BlarJ

dine, assez frêle de corps : mi asiate. Attale de Pergamtj

Tune des colonnes de l'église lyoïmaise, furent condamnél

aux bêtes et envoyés à rampliitliéâtre. Sanctus et Mi]

turus, brûlés d'abord sur la chaise ds fer rougie, pa'|

dévorés par les animaux féroces, conquirent les premieii

la palme des martyrs. Ce jûur-là les bêtes ne voulurei

pas de Blandine; elle fut reconduite en prison, av«'

Attale. que Ton découvrit être citoyen romain. j

Le légat alors jugea bon de consulter l'empereri

Marc-Aurèle répondit, comme on devait s"y attendii

qu'il fallait renvoyer les apostats et faire exécuter Ij

autres. Une dernière audience fut tenue. A la grai:!

surprise du juge et de l'assistance, les apostats se trai,-

formèrent en confesseurs; à peine quelques-uns demt-

rèrent-ils dans le cas d'être mis en liberté.

C'était le moment de Tamiée où de toutes les ci s de la Gaule on afEuait à Lyon pour les fêtes céiébr-s à l"autel de Eome et d'Auguste, au confluent de la Sat^ et du Eliône. Des jeux d" amphithéâtre figuraient tijours parmi les réjouissances officielles. Le légat fit ^■ capiter ceux des chrétiens qui avaient le titre de citoyi^ romains, n en restait assez pour les bêtes féroces, jttale, en dépit de sa qualité, leur fut adjugé. D pas^^ la première représentation, en compagnie du médtu

1 Ti-/ o:âx.5-/5v i-t B-VrA,; Cette expression semble indi que Sanctus était le chef du groupe chrétien de Vienne.

phrygien Alexandre, arrêté à la dernière heure. D'autres suivirent. Les derniers furent un enfant de quinze ans, Ponticus, et l'admirable Blandine, qui, jusqu'au dernier moment, soutint de son exemple et de sa parole le courage de ses compagnons. Les restes des martyrs furent brûlés par les exécuteurs et les cendres jetées au Rhône. Quand tout fut fini, on consigna le récit de ces événements lugubres et glorieux dans une lettre qui fat adressée aux frères d'Asie et de Phrygie au nom des « serviteurs du Christ en résidence à Vienne et à L^^on » \

Dans cette même pièce, l'église de Lyon donnait sou avis sur la question du montanisme. Quelques lettres écrites par les confesseurs, sur le même sujet, y avaient été insérées. Plusieurs étaient adressées aussi aux frères d'Asie et de Phrygie; une autre, destinée à révêque de Eome, Eleuthère, lui avait été portée par !e prêtre L-énée. Le salut final était ainsi conçu: « Salut

> en Dieu, de nouveau et toujours, père Eleuthère. Nous

> avons prié L^énée, notre frère et compagnon ^ de vous ' porter ces lettres, et nous vous le recommandons comme ' un homme plein de zèle pour la cause du Christ. Si

» Le fait que Vienne est nommée frabovd, s'il a une si- :mfication, ne peut être qu'une politesse des Lyonnais à l'égard e leurs confrères de Vienne. L'événement est essentiellement ^•ounais. Les magistrats de la colonie lyonnaise ne pouvaient leu évidemment instrumenter à Vienne; le légat lui-même „y avait aucune juridiction. Sanctus, le diacre de Vienne, aura te arrêté à Lyon; aucun autre viennois n'est mentionné. loM àoc).9s-( r.,j.w-, xaî x.îivmvov.

UCIIE8SE. Ilist. (lu'c. de VE(jJ. - T. I. ,-

» nous pensions que le rang ajoute au mérite de quel- » qu'un, nous vous l'aurions présenté d'abord comme prê- » tre de T église » ^

Cette commission avait momentanément éloigné Irénée. Après la catastrophe, il lui incomba, comme évêque. de rallier les débris de la chrétienté lyonnaise. Dans la paix qui suivit la persécution de Marc-Aurèle, il dut se consacrer d'abord à ses travaux de pasteur et de missionnaire. En ce pays de Gaule, de tels travaux étaient rendus plus difficiles par la diversité des langues. Le grec ne suffisait pas à Lyon, ville essentiellement latine: en dehors, il fallait parler celte. D'autre part la gnose se propageait en Gaule comme ailleurs. Ptolémée, de sa persomie ou par écrit, y recrutait des adhérants : l'asiate Marc, fort combattu chez lui. prenaiii sa revanche sur les âmes simples et ferventes dom se composaient les chrétientés de la vallée du Ehône; Irénée entreprit ces hérétiques, avec bien d'autres, ca!| en ce genre de choses le travail foisonne, dans un granf, ouvrage dont il nous est parvenu de notables fragment'^ grecç et ime version latine au complet. Sa « Réfutatioi: de la fausse science >> ' vit le jour vers l'année 183 Dans les années suivantes nous le voyons mêlé au:, affaires religieuses de Rome, auxquelles il s'intéresfe;j toujours beaucoup. |

1 Ce ton ne laisse pas d'être un peu singulier. On pen.-^l mvilgré soi aux confesseurs africains dont la présomption eau? tait d'ennuis à saint Cyprien.

2 'EU-;//.; /.ai i/aTîjTTv; -r.-, ■Ivy.oyrjy.yj pwo3to;.

En Afrique aussi, le voile qui couvre les origines se lève sur des scènes de martyre. Il est naturel de croire que le christianisme s'établit de bonne heure dans la gi-ande ville de Carthage et que de là il rayonna vers rintérieur du pays. De ce rayonnement témoigne le fait que, sous le proconsul Vigellius Saturninus (180), le premier qui soit intervenu avec quelque vigueur contre les chrétiens, il s'en soit trouvé un certain nombre dans la petite ville de Scilli, fort éloignée de la métropole. Douze d'entre eux, sept hommes et cinq femmes, comparurent à Carthage devant le procansul, le 17 juillet 180, et, sur leur refus de « revenir aux usages romains » , ils furent tous condamnés à mort et exécutés. Ce n'était pas la première fois que le sang chrétien coulait en Afrique. Le titre de premier martyr était attribué, au IV siècle, à un Xamphamo, de Madaure en Xumidie. Des écrits de Tertullien on déduit qu'à la fin du II'' siècle les chrétiens étaient fort nombreux à Carthage et en province: mais il ne donne pas de détails: quatre localités seulement sont mentiomiées par lui. Uthina, Adrumète, Thysdrus et Lambèse. Des évêques de Carthage ses contemporains il ne dit pas le moindre mot.

Au delà de l'Adriatique la prédication chrétienne avait touché, dès les temps apostoliques, certains points de la côte, en Dalmatie ' et en Epire : Nicopolis est mentionnée dans les épitres de saint Paul'. Epiphane, le

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