‹ Histoire ancienne de l'église (volume 4)Chapitre 28 sur 68 · L EGLISE ROMAINE DE XEROX A COMMODE · texte numérisé non relu

L EGLISE ROMAINE DE XEROX A COMMODE

Les Eomains aussi eurent un évêque martyr, Télesphore, qui périt sous Hadrien (v. 135) dans des circonstances glorieuses, dit saint Irénée ' : il ne nous en a pas transmis le détail.

Les générations contemporaines de Clément, d'Ignace et de Télespliore connurent aussi le prophète Hermas et l'entendirent communiquer à l'église les visions et instructions qu'il réunit plus tard dans le célèbre livre du Pasteur.

Le livre d'Hermas, si extraordinaire d'aspect, nous a conservé un spécimen précieux de ce qu'on pourrait appeler la littérature prophétique, de celle, bien entendu, qui a pu émaner des prophètes du Nouveau Testament. El fut terminé, sous la forme où il nous a été conservé, pendant que le frère de l'auteur, l'évêque Pie. siégeait iur la chaire de Eome ^, c'est-à-dire vers l'an l-iU. Mais 1 avait traversé des rédactions successives. La plus mciemie ^ doit remonter au temps de Trajan et à l'épis- •opat de Clément.

Hermas était un chrétien de Rome, affranchi de conlition, propriétaire rural, marié et père d'une famille

^ Haer., III, 3: ï; =v&:;(o; hj.ai-:-Jpr.nvi.

' Cauon de Muratori.

' Visio IL J'adopte ici en gros les conclusions de Harnack, ^hroHoL, p. 257 et suiv. Suivant lui la prophétie d"Hermas a assé par les formes suivantes: 1° Vis. II (le fond seulement); ~ Vis. I-III: 3° Vis. I-IV; 4° Vis. V, les Mandata et les huit remières similitudes ; c'est le i'as^e?»' proprement dit; 5° Grouement des quatre premières visions avec le Pasteur, addition e la Sim. IX; 6" Le même groupe, complété par la Sim. X.

ccHBssE. Hist. an'c. de l'Eijl. - T. I. 15

qui ne lui domiait gaière de satisfaction. Ses travaux agricoles et ses ennuis domestiques ne rabsorbaient pas au point qu'il n'eût toujours l'esprit tendu vers les. espérances chrétiennes et ne fût sans cesse préoccupé; tant de son salut que de celui des autres. C'était uni esprit simple, de culture fort limitée. Comme tous le^ fidèles de son temps, il s"était assimilé, à mi certairJ degré, l'Ancien Testament et plusieurs écrits du Nou. veau. Cependant le seul livre auquel il se réfère exprès; sèment c^t mi apocryphe \ Excité intérieurement à corn' muniquer au dehors ses vues sur la réforme morale, i leur donna la forme de révélations. Dans la premieret la plus ancienne partie de son livre, les Visions, i est en rapport avec une femme qui personnifie rEglise| Dans les deux autres parties, les Préceptes (Mandatai et les Paraboles (SimiliUidines), le révélateur est \m>\ autre personne idéale, le Pasteur, d'où le livre a tir; son titre définitif.

. Que le Pasteur parle ou que ce soit l'Eglise, que 1 pensée s'exprime directement ou qu'elle s'enveloppe dj forraes sj-mboliques, une seule et même préoccupatio reparait sans cesse. Les fidèles, et l'auteur tout le prt mier, sont loin d'être ce qu'ils devraient être, ce qu'i]| ont promis d'être. Mais il y a un remède, la pénitencfj Hermas est chargé d'inculquer à la communauté chnj tienne que Dieu pardonnera à ceux qui se repentironj Il prêche donc la pénitence après le baptême, comii

' Eldad et Modad, livre perdu.

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les apôtres l'ont prêcliée avec le baptême pour eonsécratiou. C'est mie seconde j)énitence, une seconde facilité accordée par Dieu avant le règlement de comptes définitif.

Lïntérêt du livre est beaucoup moins dans cette idée fondamentale que dans les détails de son développement. En suivant Hermas dans l'énumération des cas particuliers et dans la description des situations diverses où se trouvent les pécheurs, nous pouvons nous faire une idée de la vie intérieure de l'église romaine ' dans la première moitié du 11^ siècle.

En ce temps-là, au temps de Trajan et d'Hadrien, la sécurité des communautés chrétiennes était fort précaire. En dépit des rescrits indulgents émanés de ces empereurs, les fidèles se voyaient sans cesse tracassés, conduits devant les magistrats, mis en demeure de renoncer à leur religion. S'ils y consentaient, on les relâchait aussitôt : sinon, c'était la mort.

En présence de cette alternative, plusieurs avaient faibli et faiblissaient tous les jours. L'apostasie était déjà un scandale assez commun. Il y avait des degrés dans ce crime. Quelques-uns se bornaient à l'apostasie simple, à laquelle les menait le souci de leurs intérêts temporels. D'autres ajoutaient le blasphème au reniement : ils n'avaient pas honte de maudire publiquement

^ On peut même dire « de l'Eglise en général » , car il y a en somme peu de traits particuliers, et la faveur avec laquelle le livre fut accueilli partout suppose qu'il correspondait à l'état iommun des choses.

leur Dieu et leurs frères dans la foi. H s'en trouvait même qui allaient jusqu'à trahir les autres et à les dénoncer. En revanche TEglise comptait avec orgueil de ' nombreux martyrs. Tous n'étaient pas égaux en mérite, j Plusieurs avaient tremblé devant les supplices et hésité I dans leur confession, bien qu'au dernier moment ils eussent écouté la voix de leur conscience et versé leur sang pour la foi. Hermas distingue entre eux et desl martyrs plus généreux dont le cœur n'avait pas défailli! un seul instant. Tous cependant font partie de l'édifice ! mystique qui représente l'Eglise de Dieu : avant eux il; n'y a que les Apôtres. En dehors des martyrs proprement dits, il signale aussi les coirfesseurs, qui avaienti souffert pour la foi, sans qu'on leur eût demandé le! témoignage du sang.

L'ensemble de la communauté chrétienne menait une!

vie suffisamment régulière. Cependant bien des imperj

fections et même des vices appelaient correction. L'espri

de coterie entraînait des querelles, des médisances, de:

rancunes. On s'attachait trop aux biens de ce mondej

Les relations d'affaires, les obligations de la société

entraînaient pour beaucoup la fréquentation ordinairi

des païens, ce cj^ui n'allait pas sans de graves dangers. 0

oubliait la fraternité évangélique, on se tenait à l'écar

des rémiions commmies, on craignait de se mêler au

petites gens qui, naturellement, formaient le fond de

assemblées chrétiennes. La foi en souffrait, on finissai

par n'être plus chrétien que de nom. Encore le soi

venir du baptême se dissolvait-il peu à peu dans -■

l'église romaine de Néron à commode 229

commerce avec les profanes; la moindre tentation emportait ces convictions affaiblies, et l'on arrivait à les renier pour des motifs assez légers. On changeait de religion, en dehors de toute persécution, par simple attrait pour les ingénieux systèmes de philosophie auxeiuels on avait trop facilement ouvert l'oreille.

Même dans les rangs des fidèles plus affermis, il se produisait des défaillances morales fort attristantes. La chair était faible. Cependant ces faiblesses momentanées étaient réparables: on pouvait les expier par la pénitence. Un danger plus grave, aux yeux d'Hermas, c'est l'hésitation dans la foi muyjy.); H revient souvent sur cet état de l'âme où elle semble divisée en deux, partagée entre l'assentiment et la négation.

Le clergé lui-même n'était pas à l'abri de tout reproche. On voyait des diacres trahir les intérêts temporels dont ils avaient le soin, détourner à leur profit l'argent destiné aux veuves et aux orphelins: il se trouvait aussi des prêtres injustes dans les jugements, orgueilleux, négligents, ambitieux.

Le livre d'Hermas est un vaste examen de conscience de l'égHse romaine. Il ne faut pas trop s'étonner d'y trouver tant de révélations affligeantes: la nature de l'ouvrage veut que le mal y tienne plus de place que le bien, que l'exception soit plus souvent signalée que la règle. Malgré cette circonstance défavorable, il est usé de voir qu'aux yeux d'Hermas le nombre des chré- ■lens édifiants surpassait celui des pécheurs de toute atégorie. Ainsi, dans la Similitude VHr, l'état moral

^gQ CHAPITRE XUI.

des chrétiens est symbolisé par une baguette de saule que chacun d-eux a reçue de Tange du Seigneur et qui lui est redemandée, après un certain délai. Les uns la rendent desséchée, fendillée, pourrie, moitié sèche et moitié verte, aux deux tiers verte, et ainsi de suite. Ces différents états de conservation con-espondent aux degrés divers de la défaHlance morale. Or le plus grand nombre rendent leur baguette aussi verte qulls l'ont reçue, ce qui veut dire qu'ils sont demeurés fidèles aux promesses de leur baptême.

De même, si Hermas insiste plus d'une fois sur les discussions entre les prêtres et sur d'autres faiblesses des chefs ecclésiastiques, il en connaît aussi qui sont dignes de tout éloge: H vante leur charité, leur hospitaUté; il leur assigne ime place dans la compagnie de^ Apôtres, aux premières assises de sa tour mystique.

En somme Timpression qui résulte de ce tableau c'est que l'Eglise, en ces temps très anciens, n'était pa exclusivement composée de saints, mais qu'eUe en cou tenait uir très grand nombre, qu'ils y étaient même e-,

niajorité.

Hermas ne parle jamais des juifs, rarement de païens. Son livre est destiné exclusivement aux fidèles il n'a pas à s'occuper de ce qui se passe en dehors d l'EgUse. On a vu plus haut son attitude à l'égard d. hérésies naissantes. EUes ne se présentent pas à hu sou l'aspect de systèmes définis ni surtout de sectes orgi nisées, en concurrence avec la communauté principal n ne connaît que quelques discoureurs qui vont et vie)

l'église romaine de nérox à commode 2?H-

iient, semant des doctrines étrangères, sans cesse préoccupés de savoir, et, au fond, ne sachant rien du tout. Hermas qui, en toutes choses, s'inquiète surtout du côté moral, leur reproche de détourner les pécheurs de la pénitence. H se demande aussi ce que deviendront ces docteurs égarés. Il ne désespère pas de leur salut : quelques-uns sont déjà revenus dans la bonne voie et se sont même distingués par leurs vertus : d'autres reviendront, au moins peut-on l'espérer.

La pénitence que prêche Hermas est un moj-en d'expier les fautes commises après le baptême. Certaines persomies enseigiiaient qu'après le baptême il n'y avait plus de rémission possible. Tel n"est pas son avis. On peut, même après le baptême, obtenir le pardon de ses ipéchés, même les plus graves; mais il est entendu que cette seconde conversion doit être sérieuse, que rt)n ne saurait passer sa vie en des alternatives indéfinies de fautes et de repentir \ Hermas ne menti(jnne aucune des formes extérieures de la pénitence, telles que nous les trouvons en usage peu de temps après lui. Il ne parle H de confession, ni d'absolution. Quant aux œuvres d"ex- 3iation, il les admet sans doute, mais en insistant beaucoup sur leur inutilité au cas où elles ne seraient pas iccompagnées d'une conversion intérieure et sincère.

'MancL, lY, 3; Sim., YIII, 6. Encore Hermas n'est-il pas res catégorique contre les récidifs : « Cet homme ne réussira pas,

lui sera difficile de se sauver >> . Si parfois il semble exclure e la rémission certains pécheurs coupables d'énormes fautes, Q voit que ce sont ces pécheurs eux-mêmes qui s'écartent de 1 pénitence.

H constate l'usage des jeûnes publics, observés par toute la communauté, les stations, comme on disait, et fait la critique, non point de l'institution elle-même, ni du jeûne en général, mais de la vaine confiance que certains mettaient en ces pratiques. Le jeûne doit comporter, d'abord et avant tout, la correction morale, l'oV servation rigoureuse de la loi de Dieu, puis la pratique de la charité. Les jours de jeûne on ne prendra que di: pain et de l'eau: l'économie sur la dépense habituelle sera versée aux pauvres.

Avec sa simplicité d'esprit et son exclusive préoccu pation de la réforme morale, Hermas n'était pas homm^ à cultiver la spéculation théologique. Cependant le Pas teur n'est pas sans soiilever quelques difficultés sur c» point.

Dans sa Similitude Y' il nous ouvre une perspectivt sur la façon dont il entend l'économie de la Eédemp tion, de la Trinité et de l'Licarnation. L'occasion est sbi gulière. Le prophète veut inculquer Futilité des œuvre: de surérogation. Un tel sujet ne paraît pas devoir si prêter à des développements métaphysiques. C'est ce pendant ce qui a lieu.

Le Pasteur propose d'abord une parabole. Un homm possède un domaine et des serviteurs nombreux. 1: sépare une portion de ce domaine et y plante lui vigne : puis, choisissant un de ses sei-^^teurs, il lui donr! la mission de l'échalasser. Le serviteur fait plus que t\ tâche : non seulement il échalasse : il arrache encore 1(!

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mauvaises herbes. Le maître en est fort satisfait. Après s'être consulté avec son fils et ses amis, iLdéclare que le bon serviteur sera admis à partager son héritage avec son fils. Celui-ci, ayant fait un festin, envoie des provisions au bon serviteur, lequel les partage avec ses compagnons de servitude et s'attire ainsi de nouveaux éloges.

Telle est la parabole. Voici l'explication. Le domaine est le monde: le maître est Dieu, créateur de toutes choses ; la vigne est l'Eglise, la société des élus de tous les temps ; le fils du maître est le Saint-Esprit ^ : le serviteur est Jésus-Christ ; les amis et conseillers sont les six anges supérieurs. Les œuvres accomplies par Jésus- Christ sont symbolisées par les trois actions, la pose des échalas, l'extirpation des mauvaises herbes, le partage des provisions. Les échalas sont les anges inférieurs que le Sauveur a préposés à la garde de l'Eglise; l'extirpation des mauvaises herbes est la Eédemption, qui a déraciné le péché; le partage des provisions représente la prédication évangélique.

Dans cette explication on ne voit apparaître avant rincamation que deux personnes divines, Dieu et le Saint-Esprit, dont les relations sont figurées par le rapport de père à fils. Il y a donc identification entre le Saint-Esprit et le Verbe ^ le Christ préexistant. Cette

' Fllius aufem Spiriius sanctus est, porte la vieille version 'atine; ces mots choquants ont disparu du texte grec et de 'autre version.

' Hermas n'emploie jamais le terme de Verbe, pas plus du •este que celui de Christ. Le nom de Jésus ne fig-ure pas non ilus dans le Pasteur.

idée, du reste, reparaît mi peu plus loin: « L'Esprit-Saint » qui préexistait, qui a créé toute créature, Dieu l'a fait » habiter dans uiie chair choisie par kii. Cette chair, dans » laquelle habitait l'Esprit-Saint, a bien servi l'Esprit » en toute pureté et en toute sainteté, sans jamais lui » infliger la momdre souillure. Après qu'elle se fut ainsi » bien et saintement conduite, qu'elle eut aidé l'Esprit » et travaillé en tout avec lui, se montrant toujours forte » et courageuse. Dieu Ta admise à participer avec l'Es- » prit-Saint ... Il a donc consulté son fils et ses anges » glorieux, afin que cette chair qui avait servi TEsprit » sans aucun reproche obtînt un lieu d'habitation et ne y> perdît pas le prix de son service. Il y a une récom- » pense pour toute chair qui, le Saint-Esprit habitant en » eUe, sera trouvée sans souillure » .

En somme, la Trinité d'Hermas paraît se composer; de Dieu le Père, d'une seconde personne divine (Filsj de Dieu, Saint-Esprit), enfin du Sauveur, promu à laj divinité en récompense de ses mérites. Une telle con-j ception est, dans Tordre de la spéculation théologique.j le pendant exact des récits bigarres que nous avont^l rencontrés chez les vieux traditionnistes d'Asie. On est étoimé d'apprendre que des hommes comme Jean l'An cien et ses congénères aient pu raconter de telles fan-, taisies ; on ne Test pas moins d'entendre le prophète roj main divaguer à ce point sur la théologie.

Cependant ce qu'il y a de critiquable dans ses con ceptions n'est pas à la surface de son texte. Ce qu: attire d'abord l'attention, ce sont les thèses sur l'utilité

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des bonnes œuvres et sur la pureté morale. Ces thèses sont appuj'ées sur l'exemple, toujours bien venu, du Sauveur. Au troisième plan seulement se dessinent des traits qu'il ne nous est pas aisé de raccorder d'une façon satisfaisante. Les anciens ne semblent pas les avoir remarqués. Le Pasteur fut accepté dans toute la chrétienté du n* siècle comme un livre de grande autorité religieuse : on le lisait dans les assemblées avec les saintes Ecritures, sans cependant le mettre au même rang. Peu 1 peu son autorité diminua : les rigoristes, comme Teriillien, lui reprochèrent sa compatissance pour les péheurs: les esprits cultivés se choquèrent de son style jizarre et des étrangetés de ses visions \ Les Ariens >e réclamèrent de lui, à cause de sa célèbre affirmation le l'unité divine ". Mais ceci ne pouvait guère le com- )romettre, et nous voj'ons saint Athanase, après Clément l'Alexandrie et Origène, continuer à le tenir en grande stime et l'employer pour l'instruction morale des catéchumènes. Comme Clément, Hermas eut les honneurs de a transcription dans les manuscrits de la Bible. On l'a rouvé à la fin du célèbre codex ^Shiaïficus.

^ Saint Jérôme [in Habacnc, I, 14) le malmène {liber ille pocryphiis stidtitiae cundemnandm) à propos de l'ange Tliégri, réposé par Hermas (Vis. lY, 2) aux bêtes féroces. Saint Amroise et saint Augustin n'en parlent jamais; Prosper d'Aquiîme objecta à Cassien, qui le citait, que c'était un livre sans utorité [Adv. Coll., 13). D'après saint Jérôme [De virisill., 10) il 'irait été, de son temps, à peu près ignoré des Latins. Cependant en subsiste deux anciennes versions latines. * Mand. I. Cf. Athanase, De decr. Nie, 18; Ad Afros, 5.

Le Pasteur fut, comme il a été dit plus haut, ter miné et publié définitivement au temps où l'évêque Pie frère d'Hermas, occupait « la chaire de la ville de Eome » Pie était le neuvième « successeur » des apôtres. De se^ huit prédécesseurs, dont nous connaissons la suite pa; saint Irénée, Clément seul est connu par sa lettre, Té lesphore par son martyre. De Lin et d'Anenclet, le: deux premiers sur la liste, on ne peut rien dire, sino que Lin est peut-être identique au personnage de mêm» nom que mentionne la seconde lettre à Timothée. Licon nus aussi sont les successeurs de Clément, Evariste, Aie xandre, Xyste, Après Télesphore vient Hygin, le pré décesseur de Pie. Pour classer chronologiquement ce épiscopats, nous n'avons d'autre ressource qu'im cata logue dont la première rédaction peut remonter au temp de l'empereur Commode et du pape Eleuthère, peut-êtr un peu plus haut. Des chiiïres y figuraient à côté d chaque nom.

Leur total donne 12.5 ans. En remontant à parti de 189, année où mourut Eleuthère, ces 125 ans non conduisent juste à Tamiée 64, date présumable du mai tyre de saint Pierre. Ainsi la chronologie des premier papes s'établirait ainsi qu'il suit :

Lin

Anenclet Clément .

Evariste . Alexandre

12 ans, approximativement 65-76

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Xjste . . 10 ans, approximativement 116-125 Télesphore 11 »

Hygin .

Pie. .

Anicet , Soter . .

Eleuthère

Mais ces chiffi-es d'années, en supposant qu'ils nous ient été exactement transmis, doivent être considérés omme des chiffres ronds, obtenus en négligeant les •agments d'année soit en plus, soit en moins. Aussi ne iut.il pas se tenir avec rigueur aux dates qui en res- Jrtiraient. Au seul endroit où l'on dispose d'mie vérication précise, la table ci-dessus est en défaut. Saint ■olycarpe vint à Eome, au plus tard, en 154, et il y it reçu par le pape Anicet.

Quoi qu'il en soit de cette chronologie, la succession 3iscopale de Rome est un document de la plus haute ileur. Il faut évidemment se représenter ces succesurs des apôtres comme assistés, dans le gouvernement ^ leur éghse, d'un coUège de prêtres qui dirigeait avec IX la communauté chrétienne, présidait à ses assemees, jugeait les différends, s'occupait de former les ■ophytes et de les instruire. Des diacres, des diaco- :'«ses>, ici comme aiUeurs, s'occupaient plus spécialement de l'administration et des œuvres d'assistance.

fl. pI'''' l'T^^P^'" ^'"^' diaconesse , veuve) Flavia Arcas "^> p. o42, 3« éd.j.

238 CHAriTRE XIII.

Dans le langage courant, révêqne n'émergeait pas toujours avec beaucoup de relief de son coUège d'assesseurs, ni le clergé lui-même n'était toujours distingué de l'ensemble de la communauté. La vie sociale étant très intense, tout ce qui se faisait ou se passait se rapportait au groupe entier plutôt qu'à ses chefs.

C"est vers la fin du règne d'Hadrien, au temps de

l'évêque Hygin, que l'on entend parler pour la première:

fois d'hérésies importées à Rome. Valentin d'Alexandrie.,

Cerdon et Marcion vinrent s'y instaUer et cherchèrent,:

non seulement à répandre leurs idées parmi les fidèles,:

mais, suivant certains témoignages, à s'emparer de k

direction de l'égKse. D est difficile que, dès avant ce,

temps, Eome n'ait point vu débarquer d'Orient quel|

ques-uns de ces contrefacteurs religieux dont la Syrie e-j

l'Asie furent de bonne heure fécondes. Hermas parai j

en avoir connu. A en juger par ce qu'il en dit, leuj

succès aurait été mince. Yalentin, avec sa philosophie

subtile, son exégèse et ses tendances accommodante^|

se fit mieux écouter et réussit à fonder mie école. D fij

un long séjour à Rome, sous les successeurs d'Hygiil

Pie et Anicet. Marcion, arrivé vers le même temps qnj

lui, se maintint quelques années en relations avec l'I

glise. non sans difficulté toutefois, car il fut, à un m

ment, obligé de justifier de sa foi par la présentatic

d'un document écrit. Mais une telle situation ne po

vait durer. En 14-i la rupture eut lieu, et l'on vit

former, en concurrence avec la gi'ande église, mie coi|

l'église romaine de xérox à commode 239

mnnauté marcionite. Elle eut d'abord beaucoup de succès. Le philosophé Justin, qui vivait à Rome en ce temps et qui guerroyait de la plume et de la parole contre les diverses hérésies en vogue, s'attaqua spécialement à Marcion. Mais celui-ci se maintint. H était encore à Eome, au temps d'Anicet, lorsque l'on y vit arriver (154) le vénérable Polycarpe, évêque de Smyrne. Son voyage avait p.nir but de régler avec l'église romaine quelques points litigieux, spécialement à propos des observances pascales, sur lesquelles Asiates et Eomains n'étaient pas d'accord. On peut juger si la pieuse curiosité des fidèles fut excitée par la vue de cet iUustre vieillard, qui avait connu des témoins de l'Evangile et reçu les enseignements des apôtres de l'Asie. Anicet l'accueillit avec empressement et voulut qu'il présidât à sa place aux assemblées liturgiques. Polycarpe, par sa seule persomie, était une très forte expression de la tradition chrétienne. Aussi fit-il sensation chez les dissidents: beaucoup quittèrent les sectes pour revenir à la grande église. Un jour il se rencontra avec Marcion, qu'il avait vu autrefois en Asie.— «Me reconnais-tu? dit l'héréique. — Oui, répondit Polycarpe, je reconnais le premer-né de Satan » . Anicet ne put accepter les idées de ?*olycarpe sur l'observance pascale : il ne réussit pas non )lus à le rallier aux usages romains. Mais ils ne se brouil- ?rent pas pour cela, et les Asiates résidant à Eome ontinuèrent, en dépit de cette légère divergence, à receoir reucharistie comme les membres de la commmiauté )cale. Cet état de choses durait depuis longtemps, de-

9^Q CHAPITRE Xin.

puis l'épiscopat de Xyste \ Enfin Polycarpe se sépara amicalement des Eomains et de leur évêque, lesquels, peu de mois après, apprirent qu'il avait sceUé par le martyre sa longue et méritante carrière.

De tous côtés on affluait à Eome. L'école carpocratienne d'Alexandrie y envoya une doctoresse. Marcelline, qui fit beaucoup d'adeptes. Dans l'entourage de Marcion on distinguait dès lors un de ses disciples. ApeUe, qui devait présider plus tard à une évolution de la doctrine marcionite. Justin, toujours ardent à la défense de la foi, se vit renforcé par un autre philosophe, venu de la lointaine Assyrie, Tatien, qui l'aida quelque temps à ferrailler contre les Cpiiques. De Palestine arriva Hégésippe, voyageur curieux de doctrine^; et de traditions. Il put raconter aux Eomains bien de^; choses intéressantes sur les vieux chrétiens de son pays ; de son côté il reçut d'eux des renseignements non m\ lement sur Tétat présent de leur église, mais sur le;j temps anciens, car il paraît bien avoir rapporté de Bom.; une liste épiscopale- \ arrêtée à l'évêque Anicet : il la prc

« Irénée, Haer., III, 3 de grec dans Eus., I\\ 4i; lettre . Victor, dans Eus., V, 24. i

2 Eus., IV, 22. On connaît réternelle discussion sur le t«xl Z.xo.yr.-.ï-L'yày.r.s a=x?'? 'A-'i^^rtî^: le mot otaoî>rrv devrait avoir êi substitué à un o-.aTsipr.v primitif, et le sens serait : < je fis séjoii (à Romei jusqu'à Anicet». C'est ainsi que Rufin a comprij Mais Enfin comprend souvent de travers. D'autre part le asyf| \K-nAi-yj est bien inexplicable. Il faudrait qu'Hé-ésippe eût à qu'il arriva à Rome 't-i nr.Ù ou è-i •V-;3i..-i. Or il ne le dit p: dans le contexte immédiat et il n'est pas aisé d'admettre qu l'ait dit plus haut. D'autre part, l'idée de liste épiscopa

l'église romaine de XÉROX à COMilODE 241

longea lui-même jusqu'à Eleuthère, sous lequel il publia ses souvenirs de voyage. Il l'avait connu à Rome, où il était diacre d'Anicet.

Tel était le milieu chrétien de Rome au déclin du règne d'Antonin. Le christianisme tout entier semblait s'être concerté pour j députer ses figures les plus caractéristiques : Polycarpe, le patriarche d'Asie ; Marcion, le farouche sectaire du Pont : Yalentin, le grand maître de la gnose alexandrine : la doctoresse Marcelline ; Hégésippe, le judéo-chrétien de Syrie; Justin et Tatien, philosophes et apologistes. C'était comme un microcosme, un résumé de tout le christianisme d'alors. A les voir circuler librement, discuter, se quereller, enseigner, prier, on ne se douterait guère que tous ces gens sont des proscrits. Et pourtant il en est ainsi. Tous vivent dans la préoccupation du martyre. Hermas et Justin en parlent à chaque instant : Marcion est au même point ; Polycarpe et Justin vont mourir pour la foi. Antonin règne, il est vrai, et l'empire romain n'a jamais eu de meilleur prince : mais le christianisme n'a pas cessé d'être interdit, et les magistrats, à Rome comme ailleurs, continuent d'appliquer la loi. Le beau temple que le bon empereur venait d'élever, au bas de la voie Sa-

est favorisée par la suite du discours. « Et à Anicet succéda Sot€r, à Soter Eleuthère». Ceci semble indiquer que l'auteur, a ce moment, songeait à une liste commençant aux origines, cela va de soi, et arrêtée à l'évêque Anicet. Je reconnais toutefois que l'expression ôtaoj/-;,-/ ÈTrs-.r.aâar.v n'est pas satisfaisante ; il doit s'être perdu quelque chose.

I>ocHE8îŒ. IliHt.'anç. de VEfjI. - T. I. 16

crée, à Faustine, sa femme défunte, était alors danstout réelat de ses marbres neufs. H aura vu passer plus d'mi cortège de clirétiens venant des tribunaux du forum et marchant au supplice. Cependant, pour le temps où nous sommes, les seuls noms de martyrs romains qui se soient conservés sont ceux dont parle saint Justin dans son Apologie ', Ptolémée, Lucius, et un troisième dont il n"a pas marqué le nom, exécutés par sentence du préfet Urbicus.

Justin lui-même était très menacé : Crescens. le philosophe c\Tiique si m.altraité par lui, ne le perdait pas de vue. C'est peut-être pour cela qu'il quitta Eome. H V revint au commencement du règne de Marc-Aurèle^ et. cette fois, sans que Crescens paraisse y avoir aidé, il fut victime de son zèle. On l'arrêta avec d'autres clirétiens. dont quelques-uns étaient des néophj^tes convertis par lui. Ils comparurent devant le préfet Rusticus (163-1(57), qui, ayant constaté leur qualité de chrétiens, les fit flageller et décapiter. Les compagnons de Justin étaient assez divers. Il y avait mie femme appelée Charito. et cinq hommes : un cappadocien, Evelpistos, esclave impérial: un certain Hiérax, d'Iconium: trois autres. Charitoii. Paeon, Libérianas -.

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