H. E., VI
* Cod. 109.
5 Sur ce point, le témoignage de Photius est confirmé p
Rufin (Jérôme, Apol. adr. libr. lia fini, II, IT).
l'école chrétienne D'ALEXANDRIE 337
ment, le Verbe n'avait pris de la chair que l'apparence. Du reste, il admettait deux ou trois Verbes, comme le montre la phrase suivante: « Le Fils aussi est appelé Verbe, du même nom que le Verbe du Père: mais ce n'est pas lui qui s'est fait chair: ce n'est pas non plus le Verbe du Père, mais une puissance de Dieu, une sorte de dérivation de son Verbe, qui, devenue intelligence (voO; ysvôasvo;), habite dans le cœur des hommes » . Ces doctrines, qui provoquaient la réprobation de Photius, peuvent avoir eu moins de relief qu'il ne leur en donne, éparses qu'elles étaient au milieu de commentaires exégétiques. Le fait est que les débuts théologiques de Clément ne l'empêchèrent pas d'être agrégé au corps presbytéral d'Alexandrie. Cette union personnelle entre l'église et l'école profita sensiblement à celleci. Les autres livres de Clément ne donnent pas lieu aux mêmes objections que les Hypotyposes. Les principaux sont les Stromates et le PédagogTie. Dans le premier l'enseignement est surtout théorique ; l'autre a plutôt pour but la formation morale du disciple. Les Stromates comprennent sept livres entiers, dont les quatre premiers sont antérieurs à la rédaction du Pédagogue. Après avoir terminé ce dernier ouvrage. Clément se remit aux Stromates, qu'il n'eut pas le temps d'achever '.
* Le huitième Hvre ou ce que, dej^uis Eusèbe, on aj^pelle
iinsi, n'est qu'un recueil d'extraits tirés des philosophes pro-
:anes; il devait probablement servir, avec les «Abrégés de Théo-
lote», et les «Extraits des Prophètes», à la continuation de
ouvrage.
Di-CBESKE. Illit. anc. de VEcjl. - T. I.
ç^ CHAPITRE XXm.
Clément était extrêmement éruclit. H possédait à fond toute la littérature biblique et chrétienne, autlientique et apocr^^plie, et non seulement la littérature orthodoxe, mais encore les productions gnostiques. Il n'est pas moins informé sur les œuvres des poètes et des philosophes païens. Ses citations, car il cite beaucoup ', ont conser^'é nombre de fragments de livres perdus.
Ce n'est pas un esprit synthétique. Il court souvent d'mi sujet à l'autre et donne beaucoup à faire à qui recherche dans ses œuvres mi dessein médité et surtout un plan réalisé. Au début de son Pédagogue il semble s'ouvi'ir à ce sujet et distingaie entre les trois fonctions que le Verbe remplit par son organe: il convertit (npo- -r:s::Ti/.o:i. il éduque (ïlaiâaywYÔ:. formation morale), il instruit {AuV.G/.aXi/.d:, formation inteUectueUe). Si les Stromates, comme cela est probable, correspondent à cette troisième fonction, c'est que le gnostique chrétien,! tel que le concevait Clément, n'avait guère besoin de sjmthèse. L'ouvrage est tout en digressions, en propos détachés. Et cela est d'autant plus étonnant que les écoles rivales, ceUes de Yalentin et de Basilide, se distinguaient au contraire par la forme spithétique de leur enseignement. Origène devait combler cette lacune.
Clément ne finit pas sa carrière à Alexandrie. La persécution s'abattit sur TEg-j^te en 202 ; comme elle visait spécialement les catéchumènes, elle dut avoir des|
1 II est possible qu'elles ne soient pas toujours de première luain et qu'il ait puisé à des florilèges.
L'ÉCOLE CHRÉTIEXXE D'alEXAXDRIE 339
conséquences lâcheuses pour Tinstitution à laquelle il présidait. Les deux premiers livres de ses Stromates, écrits en ce moment, contiennent plus d'une allusion à cette crise. Finalement il fut obligé de s'éloigner. On le retrouve peu après à Césarée de Cappadoce, près de l'évêque Alexandre, qui avait suivi ses leçons après celles de Pantène. Là aussi la persécution sévissait cruellement • Alexandre fut jeté en prison: Clément prit à sa place la direction de l'église, raiïermit les fidèles et provoqua des conversions nouvelles. Ce témoignage lui est donné en 211 ou 212 par Alexandre lui-même, dans une lettre ' qu'il écrivit à l'église d'Aiitioche et que Clément se chargea de porter à destination. Il était connu des fidèles d'Antioche. Dans une autre lettre ^ écrite vers 215 et adressée à Origène, Alexandre parle de lui comme d'un mort.
Outre ses livres de pédagogie théologique, Clément en avait écrit d'autres, d'ordre moins spéculatif, comme le fameux discours sur le salut des riches, que nous avons à peu près en entier, et ses homélies sur le jeûne et sur la médisance. Il prit part aux controverses qui s'élevèrent de son temps à propos de la Pâque. Son livre sur ce sujet 3 était en rapport avec un ouvrage analogue deMéhton; un autre, dédié à son ami Alexandre, semble,
» Conservée eu partie par Eusèbe, //. E., YJ, H. Clément y ■st 1 objet de grands éloges: o.à KXra^v.c; .o5 ..«.«of.. ^,-.,rI f'pî'J, avosi; |vap='To-j /.ai Ss/.iy.su.
^Eus., H. E., VI, 14.'
^Eus., H. E., IV, 26: V, 13.
à en juger par son titre, « Canon ecclésiastique, contre les Judaïsants», se rattacher au même ordre d'idées, Les bizarreries théologiques ne sont pas ce qu'il y a de plus critiquable dans l'œuvre de Clément. On peut lui faire à lui, comme à Origène et sans doute comme à leurs prédécesseurs, une objection fondamentale, c'est qu'ils donnent à la science, la science religieuse, bien entendu, une valeur excessive. Le fidèle gnostique, c'est-à-dire ' théologien, est, dans leur esprit, religieusement supérieur au fidèle tout court. Cette conception est, à la vérité, très différente de la distinction hérétique entre psychiques et pneumatiques, distinction fondée sur la nature même des âmes. Comme ceUe-ci, cependant, eUe se rattache à la philosophie platonicienne, d'après laqueUe la science, au lieu d'augmenter la responsabihté de l'homme ajoute à sa moralité. Le didascalée d'Alexandrie avait la prétention de former des chrétiens non seulement plus instruits, mais meilleurs que les autres. Ceci était difficile à concilier avec les principes généraux de l'orga irisation ecclésiastique. L'Eglise locale finit par le sentii et peu à peu s'incorpora, en en modifiant l'esprit, tani en ceci que sur d'autres points, une institution qui aurar pu mettre en question l'unité nécessaire.
On ne sait au juste si Clément était né à Athène ou à Alexandrie. Origène ' son nom l'indiquerait tou
1 II dévive de celui d'Horus, divinité égyptienne. - Sur 1 biographie d'Origène, v. surtout le livre VI de l'Histoire eccl'
l'école chrétienne D'ALEXANDRIE 341
seul, est un fils de la terre égyptienne. Ses jDarents étaient chrétiens et de condition honorable : il eut pour premier maître son père Léonide. Dès sa plus tendre enfance Tenthousiasme le possède et le dévore: tout l'exalte, la science, le martyre, l'ascétisme. Léonide, victime d'une dénonciation, est condamné comme chrétien (202-3). Son fils, faute de pouvoir mourir avec lui, l'exhorte à confesser la foi. Privé des biens paternels, sur lesquels s'est abattue une sentence de confiscation, il trouve le moj^en de vivre et de soutenir la famille nombreuse dont il est devenu le chef à dix-sept ans. L'école des catéchèses vient d'être dispersée par la persécution : mais l'exemple des martyrs convertit des païens homiêtes, qui vont se grouper autour de cet enfant, célèbre déjà par sa science autant que par sa foi. L'évêque Démétrius l'accepte comme catéchiste. Mais l'édit de Sévère fait de nouvelles victimes dans l'école à peine reformée. Le docteur adolescent conduit ses disciples ^ au martyre : d'autres se forment autour de lui : rien n'arrête son zèle : il finit par attirer sur sa personne toute la rage des païens fanatiques.
siastiqne d'Eusèbe, en tenant compte de la tendance apologétique de l'historien. Il avait pu consulter des personnes qui s'étaient trouvées en rapport avec Origène ; la bibliothèque de Césarée contenait toutes les œuvres du maître ; quant à ses lettres, c'est Eusèbe lui-même qui en fit le recueil (VI, 36) ; elles aa ont fourni beaucoup de détails biographiques.
- Plutarque, frère d'Héraclas, Serenus, Héraclide, Héron, ■'11 autre Serenus, une femme Héraïs, Basil ide, Potamiennè, ^larcella. Eus., \1, 4, 5.
Viennent des jours plus calmes ; à la bravoure qu'il a déployée sous le feu de la persécution succède l'enivrement de l'ascèse. Par sa vie mortifiée, Origène est un précurseur des Antoine et des Hilarion. H ne tient pas à lui que le ckristiaiiisme orthodoxe le cède en ascétisme aux philosophes les plus durs à leur chair, aux gnostiques et aux moutanistes les plus acharnés contre elle. Il va même plus loin, trop loin. Au temps de saint Justin ', un jeune chrétien d'Alexandrie, pour démentir les calomnies qui diffamaient les mœurs chrétieinies, avait demandé au préfet d"Egypte l'autorisation de faire le sacrifice de sa virilité. Origène ne demande pas la permission: il la prend, prétendant ainsi couper court aux soupçons que ses fonctions de catéchiste pouvaient soulever chez les emiemis du nom chrétien.
Instruit de ce sacrifice plus généreux que raisonnable, révêque Démétrius maintient pourtant Origène à la tête de son école. Le jeune docteur devient bientôt la gloire d'Alexandrie. Tout en distribuant son enseignement à des disciples chaque jour plus nombreux, il ne cesse pas de s'instruire lui-même. Justin, Tatien, Clément, étaient passés du paganisme au christianisme: leur formation avait été d'abord philosophique, puis religieuse. Origène suivit l'ordre inverse. Elevé dans les principes de la foi chrétiemie. il n'emprunta d"abord au monde profane que les éléments des sciences iudifiërentes, de la grammaire surtout. Ce n'est que plus tard ,
' ApoL, I, 29. 2 Eus., YI, 19.
L'ÉCOLE CHRÉTIEXXE D-ALEXAXDRIE 343
à mesure qn-H sentit le besoin de connaître les doctrines qii-n avait à combattre, qu-il se mit à étudier les diverses pkilosophies helléniques et les livres des hérétiques. Il suivit alors les leçons d'Ammonius Saccas, en oompagme dun de ses disciples plus âgé que lui, Héraclas, qui Tavait précédé de cinq ans dans cette école ' En même temps qu'il doimait carrière, dans toutes les directions scientifiques, à son puissant esprit, il cherchait à vérifier la tradition, à discerner qtiel était au juste renseignement authentique de l'Eglise. C"est. il me semble, dans cette préoccttpation qu'il fit, vers 212, le voyage de Eome. « désireux, disait-il, de voir cettJ très anciemie église » \ De même cet exégète si hardi dans ses interprétations de la Bible sentit plus que oersomie le besoin d'en fixer le texte par des recher- ■hes critiques. H apprit Thébreu et chercha de tous côtés les versions dififérentes de ceUe des Septante, qui ser- -issent à contrôler celle-ci. Ses voyages étaient d'utiles ■ccasions pour de telles recherches. On le trouve sans
^Poi-phyre. dans Eus., YI, 19, § 5, 13. Ammonius Saccas st considère comme le premier maître de l'école néoplatonienne. Il n'a rien écrit. Porphyre (/. c. > dit qu'élevé dans le mstianisme, il abandonna sa religion pour se faire païen. Ce •nseignement n'est pas très sûr, car, au même" endroit, Pori}Te attribue à Origèue contre toute vérité, l'évolution conau:e. Eusèbe, lui, a confondu ici le philosophe Ammonius Sacs avec un autre Ammonius, auteur de quelques livres, notament d'un traité « sur l'accord de iloïse et de Jésus ,>, peut-être ssi dune hamionie des évangiles qu'Eusèbe cite dans sa lettre 'arpianus.
*Eus., Mi, U.
g^4 CHAriTRE XVIII.
cesse sur les cliemins, à Rome, en Grèce, à Xicopolis d'Epire, à Nicomédie, à Antioclie, en Palestine, en Arabie. Héraclas, déjà associé par lui à son enseignement, prenait en son absence la direction de l'école. Ce n'était pas toujours la curiosité seule qui mettait le docteur en mouvement. Sa renommée de savant clirétien le faisait appeler auprès des grands personnages soucieux de se renseigner sur le cliristianisme. C'est ainsi que le légat d'Arabie le fit demander par exprès, et que, vers 218, la princesse Mammée, mère du futur empereur Alexandre Sévère, l'envoya chercher d'Antioche avec une escorte de cavaliers.
Quelque temps avant ce voyage, lors du sac d'Alexandrie par les troupes de Caracalla, Origène avait été obligé de s'enfuir; il se réfugia en Palestine, auprès des évêques Théoctiste de Césarée et Alexandre d'^lia. Ces prélats, amis de la science et fiers de montrer à leurs fidèles le célèbre catéchiste d'Alexandrie, le décidèrent à parler dans leurs églises, non plus seulement aux catéchumènes, mais aux fidèles eux-mêmes: Démétrius protesta vivement contre ce qu'il considérait comme une irréo-ularité et réclama son fils spirituel. Les évêques palestiniens s'excusèrent en citant des précédents \
Quhize ans se passèrent encore. L'évêque d'Alexandrie, fier de ses succès et du renom de son école, le
' Evelpiiis, autorisé à prêcher par l'évêque de Laranda, Néon; Paulin, par celui d'Iconium, Celse ; Théodose, par Atticus de Synnada. Ces personnages ne sont pas autrement connus (Eus., YI. liM.
l'école chrétienne d' ALEXANDRIE 345
laissait enseigner à sa gnise et ne songeait nullement à lui interdire ces hardiesses de pensée qui, vers le temps où nous sommes, commencèrent à se révéler dans ses premiers ouvrages, surtout dans le fameux livre des Principe)^ '. Un ami aussi riche que dévoué, Ambroise, mettait à sa disjDosition tout un personnel de sténographes et de copistes. Les commentaires du maître jouissaient ainsi, en dehors même de l'école, de la plus large publicité.
Cette situation fut troublée par sa rupture avec l'évêque. Origène, appelé en Achaïe pour combattre certaines hérésies, fut ordonné prêtre à son passage en Palestine, par ses amis les évêques d'^Elia et de Césarée. Démétrius s'était abstenu de lui conférer cette dignité. En laissant Origène dans la condition laïque, il le confinait dans l'enseignenaent extérieur, celui des catéchumènes, et lui interdisait toute prédication à l'église. Il n'en avait pas usé de même avec Héraclas, qui avait été admis dans le corps presbj'téral, sans avoir à renoncer à ses études philosophiques, ni même à déposer le manteau de philosophe ^. Peut-être l'usage d'Alexandrie était-il déjà contraire à l'ordination des eunuques ^. Eusèbe insinue et saint Jérôme déclare que le prélat s'inspirait uniquement d'une jalousie mesquine. Cela est
' Oi'igène, dans Eus., VI, 19.
^ Cent ans après, le concile de Nicée, où l'évêqne d'Alexandrie eut une grande influence, ouvre la série de ses canons par une disposition en ce sens.
346 CHAPITRE xvin.
possible. Les évêques palestiniens auxquels Démétrius défendait de laisser prêcher Origène parce qu'il n'était pas prêtre, voulurent sans doute éliminer ce prétexte. Ils n'avaient pas, au sujet des eunuques, les mêmes principes que leur collègue d'Alexandrie. Ils ne firent non plus aucune difficulté d'ordonner un fidèle d'une autre église \ Quoi qu'il en soit, Démétrius réclama très énergiquement, mais sans faire valoir d'autre objection que la mutilation volontaire. Origène, après une tournée en Ach.aïe, en Asie-Mineure et en Syrie, revint en Egypte et essaya de reprendre la direction de son école. Mais l'évêque s'y opposa. Deux conciles réunis consécutivement déclarèrent qu'il cesserait d'enseigner, qu'il quitterait Alexandrie, enfin qu'il serait déposé de la prêtrise. Ces sentences furent communiquées aux autres évêques et ratifiées sans discussion par un grand nombre d'entre eux. Il semble qu'on les ait reçues à Rome, comme plus tard on reçut une sentence semblable, portée contre Arius '.
' Dès le commeuceuient du IV* siècle il est reconnu dans tous les conciles que nul n'a le droit d'ordonner les clercs d'une autre église : j^lusi tard cette pi'ohibition fut étendue aux laïques. Origène, malgré l'importance des services qu'il rendait à l'église d'Alexandrie, n'était encore que laïque.
"^ Eusèbe [YI, 23j renvoie ici au II* livre de son apologie d'Origène, ouvr-age perdu. Photius fcod. 118), qui en a sauvé quelques traits, semble y avoir lu qu'Eusèbe et Pamphile ne faisaient intervenir dans la condamnation d'Origène d'autres évêques que ceux d'Egypte. Saint Jérôme 'Rufin, Apol., II, 20) paraît avoir eu vent d'une adhésion épiscopale plus large: Damnatur a Demetrio episcopo; excepHs Palaestinae et Arabiae et Phoenices afque Achaiae sacerdotibus in damnationem eius
l'école chrétienne d'alexaxdrte 347
En Palestine, au contraire, en Cappadoce et jusqu'en Achaïe, la considération d'Origène était assez forte pour résister à ce coup. H trouva asile et protection auprès des évêques palestiniens, sïnstalla à Césarée et continua sur ce nouveau terrain son enseignement d"école ses publications et ses prédications devant les fidèles. Sa personne seule avait été repoussée d'Alexandrie. Sa docti'ine y demeura, interprétée par son ancien collaborateur, Héraclas. Peu après le départ d'Origène, Démétrius mourut : Héraclas lui succéda. Il semble que son amitié poiu' Origène se fût affaiblie dans les derniers temps, et que, devenu évèque, il ait maintenu à son égard Tattitude de son prédécesseur \ Le maître demeura eu Palestine, et l'iui de ses disciples, Denys, prit la direction des catéchèses. Malgré l'incontestable râleur de ce nouveau maître, Fécole d'Alexandrie n'était 3lus à Alexandrie. C"est à Césarée que l'on voyait affluer les plus illustres disciples, comme G-régoire, le futur
omvitit orbis; Roma ipm cnnfra hune cogit sénat um; non >ropter dogmatum novUatem nec jjropfer haereshn, ut mine aclersus eum rabidi eanes simulant, snl quia gloriam eloquentiae lus et scientiae ferre non poterant, et illo diesnte omnes muii mtobantur.
' Je ne vais pas plus loin, malgré Harnack, ChronoL, t. II, • 25 icf. Ueberlief., p. 332) et Bardenhever, Gesch., t. II, p. 80. ■e texte de Photius, sur lequel on se fonde, dérive de quelque :^gende malveillante comme il y en eut tant sur Origène. Voir e texte dans Dôllinger, Hippolyt und Kallist, p. 264, et dans larnack, Ueberlief., p. 332 (cf. :Migne, P. G., t. CIV, p. 1229). -vant qu'il n'eût été amélioré par Dôllinger, Tillemont avait ejà débrouillé très clairement les traditions sur ce point (Hist. -cl., t. m, p. 769 j.
Qig CHAPITRE XII.
Thaumaturge, et son frère Athéiiodore. C'est à Césarée qu'arrivaient à Origène les lettres des plus illustres prélats d'Orient, comme Firmilien, évêque de Césarée en Cappadoce. C'est là qu'il entreprit les plus considérables de ses pubbHcations, notamment ses fameuses éditions des Hexaples et des Octaples. C'est là encore qu'on venait le clierclier pour résoudre les difficultés doctrinales, réfuter les hérétiques et argimienter contre les évêques qui s'écartaient de renseignement traditioimel. Sa science, sa dialectique, son éloquence, étaient invincibles. A tout cela, du reste, s'ajoutait le charme de la sainteté la plus douce et le prestige d'mi ascétisme éclatant. Sa gloire était universeUe: ses écrits, ses lettres, se répandaient dans tout l'Orient et jusqu'f Eome, où pourtant on ne le lisait guère, car on commençait à désapprendre le grec. En même temps qu'il édifiait l'Eglise par sa vertu et illustrait la foi par son enseignement, il la défendait contre tous ses ennemis: hérétiques, jiiifs, païens, il faisait face à tout. C'est a cette dernière période de sa vie qu'appartient son fameux traité contre Celse. Une gloire lui manquait encore, ceUe des confesseurs de la foi. Déjà, en 235, là persécution de Maximin l'avait forcé de quitter la Palestine et de se réfugier en Cappadoce. Deux de se^ amis, Ambroise et le prêtre Protoctète, de Césarée, fu rent jetés en prison, n reprit alors la plume avec la quelle, encore enfant, il avait encouragé son père ; , mourir pour la foi. et adressa aux deux confesseurs soi «Exhortation au martyre». La tempête passa: mai>
l'école chrétiexxe d'alexaxdrie 349
quinze ans après, la persécution de Dèce le trouva et le saisit à son poste de maître chrétien. On le mit à la question: il fut jeté en prison, chargé de chaînes, soumis à la torture de l'écartement des jambes. On le menaça du feu, on le fit passer par d'autres supplices. Rien ne put vaincre sa constance. Pourtant, moins heu- •eux que son ami Alexandre, qui mourut en prison, Origène atteignit vivant le terme de la persécution. Il survécut deux ou trois ans, pendant lesquels il eut le emps de s'associer aux mesures miséricordieuses prises )ar les grands évêques du temps, Corneille, Cj'prien, )enys, envers les fidèles qui avaient défailli dans les iiauvais jours \ Son ami Ambroise mourut avant lui. Jne des dernières lettres qu'il reçut lui vint de son ncien disciple Denys, maintenant évêque d'Alexandrie : lie traitait du martj're -. Il mourut enfin, couronné de Dûtes les gloires auxquelles un chrétien peut aspirer Q ce monde et pauvre jusqu'à son dernier jour. C'est
Tyr qu'il rendit à Dieu sa beUe âme : son tombeau
fut longtemps visité.
Je n'ai pas dit vénéré. En ce temps-là le.s honneurs e l'anniversaire solennellement fêté n'étaient encore déîmés qu'aux martyrs, et, en un certain sens, aux évêiies. Il n'eut pas de légende: si grande qu'elle ait été, m activité scientifique a dit peu de chose au popuire. D'ailleurs son œuvre doctrinale fut bientôt disitée; les luttes qui s'engagèrent autour de sa mé-
lEus., VI, 39.
«Eus., YI, 46.
moire n'étaient pas propres à lui donner une auréole. H trouva des défenseurs excessifs et maladroits, plus, souvent des ennemis: peu de noms ont été plus mau-| dits que le sien. Mais il est facile à l'historien de discerner les passions, les unes avouables, les autres inexeu-j sables, qui ont excité contre lui les Démétrius, les Mé-' thode, les Epiphane, les Jérôme, les Théophile, les Ju> tinien. Bien que nous n'ayons pas, à beaucoup près, toutes ses œuvres, il en reste assez pour le juger, poui apprécier en particulier le rapport entre ses idées et la doctrine reçue de son temps, et surtout pour se coi! vaincre de Tabsolue pureté de ses intentions.
Son œuvre littéraire est immense. Pour la phigrande part elle est consacrée à la Bible. Il faut men tioimer tout d'abord le célèbre recueil des Hexaples où figuraient en colonnes parallèles le texte hébreu ei lettres hébraïques et en lettres grecques, les versiorides Septante, d'Aquila, de Symmaque et de Théod.tion, ainsi que diverses traductions partielles. Ce livr^ monumental existait encore à Césarée au temps d'Eu sèbe; il est douteux qu'il se soit conservé jusqu'ai temps de saint Epiphane et de saint Jérôme. On ei fit une transcription, qui comprenait seulement ^ quatre versions grecques (Té traples). Origèue avait et;; bli aussi mie recension des Septante où des obèles signe laient les passages qui manquaient à Thébreu, et de astérisques encadraient certains suppléments emprunte à la version de Théodotion, quand l'hébreu semblait pin
L'ÉCOLE CHRÉTIEXXE D'ALEXAxni!,E Bjj
complet que les Septante. A ces trava..x critiques fait smte, logiquement sinon chronologiquement, une masse énorme de commentaires, cliiï&.e„,s de forme (scholie, homélies, tra,tés ou .0,0., mais embrassant tous les livres de 1 Ancien et du JCouveau Testament En dehors de ces travaux bibliques, Origène laissa
autres ouvrages sur des sujets partioidiers, ses traités le la pnère et de la résurrection, son exhortation au nart3-,.e, d>x hvres de Stromates et ses deux œuvres es plus célèbres, la réfutation de Celse et le traité des
mcpes, nspi ip,«„. Une centaine de lettres avaient te remnes par Eusèbe et formaient un important sup-
ement à cette littérature. Deux d'entre elles étaient Iressees à l'empereur Philippe et à sa femme Otacilia
îvera.
Saint Epiphane évalue à six mille volumes la pro-
.ction littéraire d'Origène. Ce chitfre énorme n'est pas
misemblable, si l'on tient compte des usages de la
■rairie antique et de la faible étendue des rouleaux
•lumma, roj.oO sur lesquels on transcrivait. Quoiqu'il
soit, mie partie seulement de cette grande œuvTe
st conservée jusqu'à nous. Les anathèmes qui s'abat-
™t bientôt sur eUe détournèrent les transcripteurs
tout les transcripteurs grecs. Les Latins furent plus'
aents. Grâce à eux nous avons encore le traité des
ncipe^; œuvr-e fondamentale, sur laqueUe on peut ju-
lasj-nthèse théologique d'Origène. Encore ne nous
■■este-t-U qu'une version retouchée en plus d'un en-
'• Enfin, le traducteur, nous en prévient dans .sa
Q-o CHAPITRE XVIII.
préface. Saint Jérôme en avait fait une autre, plus | exacte; malheureusement, de cette version, comme du | texte original, il ne subsiste plus que des fragments. L'idée même d'une synthèse est caractéristique. Depuis saint Justin, pour ne pas dire depuis saint Jean, on avait souvent cherché dans la philosophie, dans ses , CDUceptions et dans sa langue, le moyen d'expliquer la I tradition chrétienne. Mais ce n'étaient là que des ef-j forts partiels. On développait en langage philosophique! les points que Ton entendait faire valoir ou défendre:' pour le reste on s'en tenait à la tradition. Justin et| les autres apologistes, plus tard Irénée, Hippolyte et, Tertullien, en sont ici au même point. Leur théologie, comme teUe, demeure toujours partielle, fragmentaire.! La synthèse doctrinale était représentée par le symbolej où. depuis Dieu tout-puissant jusqu'à la résurrection dej la chair, les fidèles trouvaient en raccourci tout ce qu'U.| avaient à croire et à espérer. En dehors de cette formule simple et populaire, il n'y avait que les systèmes gnos tiques, complets eux aussi, depuis l'Abîme ineffable jus qu-au retour à Dieu des âmes prédestinées. Clément avai, philosophé sur le christianisme sans que des nécessités dt controverse eussent attiré sa pensée sur des points par ticuUers, mais aussi sans éprouver le besoin de groupe les éléments de la doctrme en un système harmonique C'est Origène qui. le premier parmi les penseurs chn tiens, eut l'idée d'une spithèse théologique et la re£ lisa. Je vais en donner un résumé, d'après le traité de Principes. j
l'école chrétienne D 'ALEXANDRIE 353
Dieu est essentiellement simple, immuable et bon. En vertu de sa bonté il se manifeste et se communique, en vertu de son immutabilité il se manifeste et se communique éternellement. Pour cela, comme il est impossible d'admettre des rapports directs entre l'essentieUe simplicité et la pluralité contingente. Dieu doit d'abord ' se mettre lui-même dans un état susceptible de teUes relations. De là la production du Verbe, personne distincte, divinité dérivée, Stà;^ non ô Sià; ni surtout yJj- TÔO^o:. Origène ne recule pas devant le terme « second Dieu». Le Verbe, engendré de la substance du Père, lui est coéternel et consubstantiel. Cependant, outre qu'iï procède du Père, le Verbe d'Origène a encore une autre infériorité, c'est qu'il contient Tarcliétype des choses finies, de la pluralité. A ce point de vue il rentre dans la catégorie du créé, il est créature, /.rf^aa, comme dit la Bible '.
Ici encore, comme chez les apologistes, la producîtion du Verbe est nécessitée par la création. Les créatures n'existeraient pas, que le Verbe n'aurait aucune •aison d'être. Mais — et ici Origène est conséquent — a bonté essentielle de Dieu exige qu"il y ait toujours les créatures, de sorte que le Verbe est nécessaire et teniel.
' Ordre logique; la chronologie n'a rien à voir ici.
^ Prov., VIII, 22, suivant le grec: 'O Kjîti; Utigî y.î àpyj.-, î'^v aÙTsÙ. S. Jérôme traduit: Domimis possedit me. Ailleurs, Gen. -IV, il rencontre deux fois le même verbe (qânâ), au partipe présent (qôné); la première fois (v. 19) il le rend par qui 'eavit, la seconde (v. 22) par possessor.
îCHKsîTE. Ilist. anc. de l'Eyl. - T. I. sjg
g-^ cHAnxRE xvni.
Dans ce système, toujours comme dans celui des apologistes, on ne voit pas (luelle place peut occuper une troisième personne divine. La théorie proposée n'a nul besoin du Saint-Esprit. Origène l'admet pourtant, comme tous ses prédécesseurs orthodoxes, car il est fourni par la tradition \ et cela avec une telle évidence qu'il est impossible de biaiser. Le Saint-Esprit complète donc la Trinité, ou plutôt la liiérarcliie des personnes divines, hiérarchie dont les degrés se caractérisent relativement aux créatures en ce que le Père agit (indirectement) sur tous les êtres, le Yerbe sur les êtres raisomiables ou esprits. l'Esprit-Saint sur les êtres raisonnables et saints. Tel est le monde divin, constitué par les trois personnes «immuables»: au dessous vient le monde des esprits inférieurs, sujets au changement. Ils ont été créés libres, et, tout aussitôt, ont abusé de leur libertés de telle sorte qu'une répression et ime correction est devenue nécessaire. A cet effet est créé le monde sensible. Les corps sont destinés à fournir aux esprits une sorte d'épreuve purificatrice. Suivant la gravité de leur faute, les esprits sont pourvus d'un corps subtil (anges), pesant (hommes) ou difforme (démons). Ainsi la création
1 Cepedant la tradition ne lui semblait pas décider si VEsprit-Saint était devenu ou non (-;.-.-:; r k^i^r^h ^i s il était ou non Fils de Dieu (I, 1). Cf. ci-dessus, p. 266.
« Cette conception du péché originel, commis en dehors du xnonde sensible, diffère notablement de celle de l'^g -. E le .e rapprocherait plutôt de celle de ^ a entin. .^^1-^- ' ^;'^; Valentin, la faute primordiale est attnbuable a un etie divin, ce cj^ui n"est pas le cas ici.
l'école cheétlexxe d'alexaxdrie 3ÔÔ
des corps est corrélative à celle des esprits ; il n'y a pa^' de matière incréée.
L'union des corps et des esprits fournit à ceux-ci ime occasion de lutte et de mérite. Dans cette lutte où leur liberté demeure intacte, les hommes sont aidés par les anges, contrariés par les démons. Mais le conflit prendra fin V: le mal n'est pas étemel; la purification s'étendra même aux démons.
Ici se place la théorie de la rédemption. Le Verbe, s'mtéressant à l'épreuve soutenue par les âmes himiaines, leur a envoyé des aides, esprits d'élite, qui ont pris un corps: ce sont les Prophètes; il a même fait de tout \m peuple mi instrument de salut : enfin, tous ces intermédiaires étant demeurés inefficaces, il est venu lui-même. Une âme absolument pure ^ a pris corps : il s'est uni à cette âme, laquelle conserve sa liberté, et demeure susceptible de mérite ou de démérite. De là une croissance du Christ extérieur. Le salut, c'est, jJonr le chrétien ordinaire, l'œuvre de la croix, le sacrifice, rançon de la dette, émancipation de la servitude du démon: pour Je chrétien gno.stiqiie, c'est mi enseignement d'ordre supérieur. Xi pour l'un ni pour l'autre ce n'est le Verbe fait chair, divinisant la nature humaine par une intime communion. Devant le chrétien du commun le Christ d'Origène écarte des obstacles : au chrétien gnostique il offre modèle et lumière: mais c'est tout.
' Fin relative, bien-entendu, et qui ne concerne que le.s îtres en particnHer, car le roulement des choses est étemel. ^ Exception au péché universel.
La fiii des choses n'est que relative, les choses devant toujours exister et le roulement recommencer. La vie terminée, ce qui reste à expier l'est d'une autre façon, par un feu immatériel et purificateur. Après quoi l'esprit créé prend son état définitif. Revêtu d'un corps o-lorieux, qui n'a rien à voir avec les formes humaines, il est désormais déterminé au bien. La matière abandomiée par les uns sert ensuite pour d'autres, et cela dans un éternel recommencement.
Tel est le système. La méthode suivie pour le construire est exposée au début du livre des Principes. Origène commence par dresser l'inventaire des points clairement admis par l'Eglise : il sépare avec soin ce qu'il trouve dans la prédication ofiicielle de ce qui n'est qu'opinion particulière ou croyance vague. Il s'en faut que l'enseignement authentique lui donne la clef de tous les problèmes: c'est cependant sur lui qu'il entend fonder sa synthèse : « Voilà les éléments, les fondements dont » il faut se servir si l'on veut, suivant le précepte « Eclai- » rez-vous de la lumière de la science » . former un en- » semble doctrinal et comme un corps rationnellement » disposé. On aura recours à des déductions claires et » incontestables : on empruntera à la Sainte Ecriture ce » qu'on Y trouve directement et ce qu'on en peut dé- » duire par voie de conséquence : puis, de tous ces ensei- » gnements on formera un seul et même corps » .
On ne saurait imaginer une méthode plus louable.
■Malheureusement il est sous-entendu que l'Ecriture sera
traitée par l'exégèse allégorique, qui permet de trouver
l'école chrétienne D' ALEXANDRIE 357
n'importe quelle doctrine en n'importe quel texte: c'est la porte ouverte au sens privé, aux hardiesses de la pensée, aux spéculations de la philosophie ambiante. Ainsi Origène est arrivé à construire un système où le christianisme pouvait difficilement se reconnaître, une sorte de compromis entre l'Evangile et la gnose, une théologie où la tradition est plutôt côtoyée qu'incorporée, où même les éléments qui satisfont d'abord, si on les considère à part, deviennent inquiétants dès qu'on tient compte de leur voisinage.
Après la mort de son auteur, la doctrine d'Origène souleva beaucoup de critiques, mais plutôt sur des points particuliers que pour l'ensemble: on ne cite personne qui se soit attaqué au système comme tel. Encore cette opposition tarda-t-elle à se produire. Le llspî àp/wv n'est pas mi des derniers ouvrages de son auteur, loin de là. Il l'écrivit à Alexandrie, avant ses démêlés avec l'évêque Démétrius. Celui-ci ne s'en effaroucha pas ; il ne doit pas, du reste, avoir été très difficUe en fait de doctrines, car c'est de son temps déjà que Clément avait publié ses Hypotyposes. Quand il entra en conflit avec Origène et le dénonça à l'Eglise entière, il ne lui reprocha que sa mutilation volontaire et son ordination par des évêques étrangers. Héraclas, ami et collaborateur d'Origène au moment où celui-ci publiait le Utzl àp/ûv, ne protesta m alors ni quand il fut devenu évêque d'Alexandrie. Denys, qui gouverna l'église après Héraclas, était luimême disciple d'Origène: jusqu'à la fin il se maintint en bons termes avec lui. On sait en quelle vénération
358 CHAPITIiE XVIII.
le tenaient les évêqnes de Palestine, d'Ai-abie, de Phénicie, de Cappadoce, d'Achaïe. A Eome on accepta les sentences de l'évêque Démétrius, qui n'avaient, on l'a vu, aucun considérant doctrinal, et d'abord on s'en tint là. Sur la fin, cependant, des rumeurs fâcheuses s'élevèrent et parvinrent au pape Fabien. Origène se crut obligé de lui écrire, ainsi qu'à d'autres évêques, « sur son orthodoxie » . Il se plaignait beaucoup des gens qui falsifiaient ses écrits et même de l'indiscrétion d'Ambroise \ toujours empressé à publier les productions de son ami, sans lui domier le temps de les revoir \ Il faudrait être bien optimiste pour accepter cette explication les yeux fermés. Cependant il demeure certain, non seidement qu" Origène est mort dans la communion de l'Eglise, mais que sa doctrine, quelque étonnement qu'elle ait pu causer ici ou là, ne fiit jamais, de son vivant, l'objet d'une réprobation officielle.
1 Eusèbe, H. E., YI, 36. Cf. Jérôme, ep. LXXXIV, 10 et Eufin, in Hier., I, 44. Voici ce que dit saint Jérôme : Ipse Oriycnes in epistola quam scribif ad Fahianum Romanae iirbis episcopum paenitentiam agit cur talia scripserit et caums tènieritatis in Âmbrosiiim refert quod secreto édita in puUicum protiderit. — Si saint Jérôme avait alors eu le moindre vent d'une condamnation doctrinale prononcée à Rome contre Origène vivant, on peut être sûr quUl s'en fût fait un argument dans sa querelle avec Rufin.
« V. note précédente; v. aussi la lettre d" Origène à ses amis d'Alexandi-ie, dans Rufin, De adulter. libroram Origenis, Migne, F. G., t. XYII, p. (>24.
L'Eglise et l'Etat au III^ siècle.
La persécution par édits spéciaux. — Septime-Sévère interdit les conxersions. — Le syncrétisme religieux: Jnlia Domna, Elagaluil. Alexandre Sévère. — Edit de Maximin contre le clergé. — Persécutions de Dèce, de Gallus, de Yalérien. — La propriété ecclésiastique.
Le.s dernières années de Marc-Aurèle sont marquées dans l'histoire chrétienne en traits sanglants. La persécution, comme tant d'autres choses, se relâcha sous Commode, non cependant en ce sens que la prohibition du christianisme ait été abolie alors: mais, le gouvernement central s'abstenant d'insister et se montrant même assez tolérant à Eome, les autorités provinciales avaient plus de facilité pour être, suivant leur gré et les circonstances, ou sévères ou complaisantes. En Asie, le proconsul Arrius Antoninus (18-1-5) se distingua par son zèle à poursuivre les chrétiens. Un jour qu'il instrumentait contre eux, tous les fidèles de la ville se présentèrent en masse devant son tribunal. Il en fit exécuter quelquesuns et dit aux autres; «Mais, malheureux, si vous te- •' nez tant à mourir, il y a des cordes et des précipices » . Situation caractéristique, où se révèle bien le conflit entre la rigueur de la loi et la difficulté de l'ap-
pliquer. A Eome, en dépit de Taifaire d'Apollonius, on était assez tranquille. Il en était de même en Afrique. TertuUien signale, en ce temps-là, des proconsuls bienveillants '.
Ces fluctuations de la justice romaine et le système des condamnations individuelles n'étaient guère propres à entraver sérieusement les progrès du christianisme. Le danger politique, dont Celse s'était préoccupé si vivement, finit par exciter les empereurs à prendre des mesures plus efficaces. Pendant tout le II* siècle la persécution n'avait eu d'autre base légale que la prohibition dont nous avons plus haut recherché l'origine. On va maintenant, sans révoquer cette prohibition générale, porter des édits nouveaux, spécifiant les catégories de chrétiens à poursuivre, la procédure, les pénalités, les confiscations, les mesures de police. Leur application ne sera plus abandonnée au zèle des gouverneurs; ceuxci devront se mettre en campagne et suivre de point en point le plan de répression tracé par la chancellerie impériale. De là des persécutions beaucoup plus violentes que celles d'autrefois, mais, en revanche, d'assez courte durée: les changements d'empereurs et même, dans certains cas, l'insuccès des mesures de rigueur amèneront assez vite le retrait des édits.
1 Ad Scap., 4 : « Cincius Severns, qui Thysdri ipse dédit remedium quomodo responderent christiani nt dimitti possent; Vespronius Candidus, qui christianum quasi tumultuosum civibus suis satisfacere dimisit » .
l'église et l'état au in« siècle 361