Les provinces africaines
L'Afrique des anciens s'étend, comme une grande | île, entre le désert et la mer. depuis les Syrtes jusqu'à | l'Océan. Les premiers habitants que nous lui connais- 1 sons appartenaient à une race assez semblable à celles de l'Europe. Des noms divers, Maziques, Maures, Nu-j mides, Gétules, désignaient, dans l'antiquité, certains; groupes de leurs tribus: à leur ensemble nous appli-i C[Uons maintenant les dénominations de race berbère oui kabjde. Jamais elles ne furent rassemblées en un étatl unique: il est même assez rare qu'elles aient vécu long-j temps en groupements partiels un peu considérables^ Le régime des tribus, encore en vigueur dans tout cej pays et surtout dans sa partie occidentale, leur convient
plus que tout autre. Mais il les défend mal contre l'envahisseur : aussi sont-ils voués à la colonisation de l'étranger.
Les premiers colonisateurs furent les Phéniciens. Carthage, fondée pour être la reine des mers occidentales, devint aussi la métropole du continent africain. Ses comptoirs s'échelonnaient tout le long du littoral: à l'intérieur aussi elle essaima, dans la fertile vallée du Bagradas et même plus loin, dans les régions productives qui portèrent plus tard les noms de Byzacène et de Numidie. Tout ce pays était couvert de villes et de villages où régnaient les mœurs, les institutions, la langue de Chanaan. En arrière de cette zone colonisée et assimilée, le pays berbère s'ouvrait à l'influence politique des Carthaginois et surtout à leur commerce.
Le conflit avec Eome vint mettre un terme à cette expansion. Après la deuxième guerre punique, Carthage, exclue de la mer, ne conserva plus sur le continent africain qu'un domaine fort limité, correspondant à peu près à la région de l'intérieur où l'on jDarlait phénicien. Au delà s'étendaient les ro^^aumes de Numidie et de Mauritanie. Ceux-ci survécurent à la catastrophe définitive (14(3 av. J. C): Massinissa avait aidé les vainqueurs. Les Romains détruisirent Carthage et gardèrent pour eux son territoire : mais tout d'abord ils n'en firent rien. La colonisation latine ne commença qu'un siècle plus tard, lorsque César (44 av. J. C.) ressuscita l'antique rivale de Eome, annexa le royaume de Numidie et forma, de cette nouvelle Afrique (Africa nova) et de la province
déjà existante (Africa veius), une seule et même province. Des colonies d'émigrés latins s'établirent, tant sur remplacement de Carthage que dans quelques villes du littoral, ou même de l'intérieur. Les municipalités phéniciennes furent organisées à la façon romaine: les duumvirs succédèrent aux suffètes, les dieux de Rome aux anciennes divinités cliananéennes, la langue latine à la langue punique. Puis, au delà du pays déjà colonisé par les Carthaginois, on gagna sur la région berbère, où s'élevèrent peu à peu de nombreuses cités latines.
Il s'en faut pourtant que l'assimilation ait été complète. Le phénicien se maintint longtemps dans les campag-nes, comme le celte en Gaule et le copte en Egj^te. Il finit par être supplanté, mais très tard, et probablement pas avant les Arabes, qui l'abolirent avec le latin lui-même. La langue berbère, eUe, se défendit; elle s'est même conservée, à travers tant de changements, jusqu'à nos jours. C'était celle des états indigènes de Numidie et de Mauritanie, qui durèrent plus longtemps que l'état pimique: c'était ceUe des Gétules et désastres populations indépendantes qui avoisinaient le pays romain; c'était celle enfin qui se maintenait, avec toutes les institutions berbères, en nombre d'ilôts autonomes, épars à l'intérieur des provinces et gouvernés, soit par des chefs nationaux, soit par des administrateurs romains.
Pour tenir en respect des populations si éloignées encore des mœurs romaines, une armée était indispensa-
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l)le. Le i3roconsul. quoique relevant du sénat, avait, par «sception, une légion sous ses ordres. Des conflits sortirent de là. Pour les faire cesser, il fut décidé, en Fan 37, que la province proconsulaire serait séparée de la :Jsrumidie et que celle-ci serait administrée par le légat de la légion. La première commençait à l'ouest d'Hippone (Bône) et s'étendait jusqu'à la Tripolitaine ; l'autre tou- ■chait la mer entre TAmpsaga (Oued-el-Kebir) et le territoire d'Hippone, puis s'étendait en éventail vers le sud, faisant largement face aux tribus du désert. Le quartiergénéral fut installé au pied de l'Aurès, d'abord à Théveste, puis à Lambèse.
A 1 ouest de l'Ampsaga commençait le royaume de Mauritanie, qui dura jusqu'en 40. Il fut alors annexé, €t l'on en fit deux provinces, la Mauritanie Césarienne et la Mauritanie Tingitane, qui tiraient leurs noms de leurs capitales, Césarée (Chercliell) et Tingi (Tanger^ Dans ces pays la colonisation, commencée trop tard, ne réussit pas, tant s'en faut, au même degré que dans les provmces de l'est. Les postes romains n'allaient pas si loin au sud; les montagnes du littoral restèrent aux mains de peuplades indépendantes. En Tingitane surtout on ne comptait qu'un très petit nombre de villes, presque toutes sm- la côte de l'Atlantique. L'intérieur ne devint pas plus latin qu'il n'était devenu phénicien. La provmce de Bétique, en Espagne, était sans cesse menacée par les pirates du Eif, sur qui les autorités romaines avaient alors aussi peu d'action que n'en ont maintenant les autorités marocaines.
Les Romains faisaient une grande différence entre le pays mauritanien et les provinces orientales. Une barrière de douanes les séparait: en Mauritanie on se servait, pour compter les années, non point des fastes consulaires de Rome, mais d'une ère provinciale. Les gouverneurs étaient de simples procurateurs, comme dans les districts peu civilisés des Alpes.