AutiocJie
Depuis le commencement du second siècle la Syrie formait trois provinces : la Syrie proprement dite, au nord: la S^'rie Palestine, ancien royaume d'Hérode; en-
' Les écrits certains de saint Grégoire le Thaumaturge sont: 1° le Panégyrique d'Origène; 2° l'épître canonique, adressée à un !-î(ÔTaTs; T:â-»;, sans doute un évêque de son voisinage, j qui l'avait consulté; 3° le Symbole; 4" la Paraphrase de l'Ec-j clésiaste. Moins assurés sont les traités à Théopompe sur l'im- j passibilité et la passibilité de Dieu, à Tatien sur l'âme, àPhi-{ lagrius ou Evagrius sur la consubstantialité. Le premier de ces ouvrages n'existe qu'en sj'riaque (Eyssel, Greg. Thaum., 1880, p. 73 [version allemande] ) ; le troisième figure parmi les œuvres des ss.' G-régoire de Nazianze et de Nysse [P. G., t. XXXVII, p. 383; t. XL VI, p. 1101). Les autres écrits qui circulent sous son nom sont apocryphes, notamment le Karà a:'pi; -tort;, qui est une œuvre apollinariste. — Sur sa biographie, outre ses œuvres, v. Eus., VI. 30; TT:I, 14, 28, .30. Son panégyrique par: saint Grégoire de Nysse et les quelques détails que tbui-nitj saint Basile représentent des traditions recueillies dans le Pont environ un siècle après la mort du saint, soit par les auteurs eux-mêmes, soit par Macrine, leur grand-mère, qui avait habite le Pont peu de temps après la mort de Grégoire et l'avait peutêtre vu lui-même.
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fin, à l'est et au sud de celle-ci. l'Arabie, qui correspondait au ro^^aume nabathéen, annexé à l'empire en 1( »5 : elle comprenait Bostra et Pétra, ainsi que la presqu'île du Sinaï.
Antioclie. l'ancienne capitale des Séleucides, maintenant chef-lieu de la province du nord et quartier-o-énéral de l'armée d'Orient, demeurait pour tous ces pays une métropole morale. C'était une très grande ville. Par sa population (TOO.CKX) liab.j et son commerce elle n'était guère inférieure à Alexandrie. Elle la dépassait par son importance militaire. L'hellénisme y était plus homogène, plus organisé. Elle jouissait de son autonomie municipale. Athènes avait ses souvenirs, Tarse des écoles célèbres : Antioche était, au fond, la plus grande ville grecque, celle où l'esprit grec, malgré l'influence dissolvante du milieu oriental, était encore le plus puissant. On y était très frondeur. Les empereurs ne l'aimaient pas: elle corrompait leurs généraux, les transformait aisément en compétiteurs. C'est là que régnèrent Avidius Cassius, sous Marc-Aurèle, et Pescemiius Xiger, le rival de Septime Sévère. La victoire de Sévère fut suivie de représailles très dures. La province de Syrie fut démembrée : on en détacha la Phénicie, qui forma une cpiatrième province: on essaya même d'abolir la mimicipalité d'Antioche et de faire de cette grande ville un bourg dépendant de Laodicée. Mais cette fantaisie dura peu. On avait beau faire: Aiitioche était toujours au point précis où l'Euphrate se rapproche le plus de la Méditerranée, et par suite au centre naturel de la dé-
fense sur la frontière orientale. Elle recouvra bientôt I ses privilèges et continua d'être la reine de l'Orient.^ Jusqu'au temps de Julien, sa situation ne diminua pasJ Nous avons vu qu'elle avait été, après Jérusalem,! la première métropole du christianisme. Dans la géné-j ration qui suivit celle des apôtres, elle eut pour évê-: ques Evode et Ignace, le célèbre mart^n^. C'est le tempsj où les hérétiques Ménandre et Saturnil y semaient { rivraie gnostique. Depuis Hadrien on perd entièrement i de vue l'église d'Antioche. La liste épiscopale, trans-j mise à Eusèbe par Jules Africain, porte ici les noms,; obscurs pour nous, de Héron, Cornélius, Héros. Après; eux vient Théophile, qui paraît avoir siégé dans les derniers temps de Marc-Aurèle et sous Commode. Il nous! est connu par ses ouvrages. Le seul qui se soit conservéi est mi traité en trois livres, adressé à un certain Auto-| lycus et contenant une apologie du christianisme contrei les objections des païens \ Précédemment il avait écriti contre Marcion et contre Hermogène. Celui-ci était unj peintre frotté de philosophie et encore à demi-païen. C'est le même que Tertullien réfute dans son livre adrer.siis Hermogenem ; on peut croire, eu égard à ses
^ Comme il y cite (III. 271 un livre de Cliryseros où était marquée la mort de Marc-Aurèle (180), il a dû l'écrire sous le règne de Commode, en 181 au plus tôt. Sur les ouvrages de Théophile, v. Eus., lY, 24 et saint Jérôme, De viris, 25. Aux ouvrages connus d'Ensèhe, saint Jérôme ajoute, avec une nuance de doute, des commentaires sur le livre des Proverbes et une «orte d'harmonie des évangiles, analogue au Diatessaron dt Tatien.
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habitudes de composition, qu'il y a fait entrer en grande partie celui de Théophile, en l'assaisonnant dïnvectives nouvelles \ Les écrits de l'évêque d'Antioche étaient très appréciés : en Occident on les lut de bonne heure. Dès avant Tertullien, Irénée et Hippolyte en avaient fait leur profit. Théophile publia aussi de petits ouvrages catéchétiques. Cette activité littéraire convenait bien à l'évêque de la grande métropole de l'Orient. Le clergé d'Aiitioche fut toujours très cultivé; la catéchèse devait avoir, en ce milieu, un développement analogue à celui qu'elle atteignit à Alexandrie. Dans ses livres à Autolycus. Théoj^hile cite " un ouvrage antérieur, zsii [cttoikôv, qui parait avoir été une sorte de chronique depuis l'origine du monde. En ce genre de composition, cultivé quarante ou cinquante années^ plus tard par Jules Africain et Hippolyte, il aurait ainsi le mérite de la priorité.
Après lui l'église d'Aiitioche fut dirigée par Maximin^ dont on ne sait absolument rien, puis par Sérapion, qui est plus connu. Son épiscopat correspond à peu prèsau règne de Septime Sévère. C'est de son temps que Pescennius Niger fut vaincu et Aiitioche si durement traitée. Sérapion prit part à la controverse contre lesMontanistes^; c'est dans cet ordre d'idées qui'il écrivit sa
' Il y cite l'Apocalypse (•22, 34 1, comme Eiisèbe le remarque de Théophile ; le Yerbe y est appelé Sophia. comme dansles livres à Autolycus, etc.
« II, 28, 30. 31 ; III, lit.
' Ci-dessus, p. 277.
lettre à Pontius et Caricais. Elle faisait partie d'un recueil de lettres analogue à ceux d'Ignace et de Denys de Corinthe. Eusèbe. qui avait ce recueil sous les yeux ', nous donne un curieux extrait d'une épitre adressée à l'église de Rliossos en Cilicie, sur la côte syrienne du golfe d'Issus. Il y est question de l'évangile de Pierre. Voici ce qu'en disait Sérapion :
« Xous, mes frères, nous recevons comme le Christ » lui-même et Pierre et les autres apôtres : quant aux » ouvi'ages qu'on met faussement sous leurs noms, l'expé- » rience nous apprend à les repousser, car nous avons » conscience de ne les avoir pas reçus par tradition. » Lorsque je me suis trouvé au milieu de vous, je sup- » posais que vous étiez tous dans la rectitude de la foi : » aussi, sans examiner l'évangile dit de Pierre qu'ils* me » présentaient, je dis que si l'interdiction de le lire était le » seul motif pour lequel je vous voyais déconcertés, ou » pouvait en faire la lecture. Mais maintenant j'ai ap- » pris que mes paroles ont été un prétexte à ces persoimes » pour s'engager dans l'hérésie ; aussi aurai-je soin d'aller » vous voir bientôt. Attendez-moi donc »,
On voit par ce récit et par ce qui suit que des hérétiques, dont le plus en vue était uii certain Marcianus, avaient commencé par introduire à Rhossos l'évangile apocryphe en question, et qu'une fois cet évangile admis
• Eus., Tl, 12.
2 Ici et daus la phrase suivante, Sérapion parle cl"un groupe de personnes qu'il avait dû désigner dans le commencement, maintenant jserdu, de sa lettre.
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à la lecture publique avec la tolérance de l'évêque d'Aiitioche, ils s'en autorisaient pour documenter leurs doctrines. Sérapion voulut tirer la chose au clair et lire l'évangile de Pierre K II fut obligé d'en emprunter un exemplaire aux Docètes, hérétiques déjà combattus par saint Ignace et qui peuvent avoir quelque rapport avec les sectes de Saturnil et de Marcion. Le docétisme aura toujours une grande vogue à Antioche-. De cette lecture Sérapion déduisit que l'évangile de Pierre était pour l'ensemble, orthodoxe, mais qu'il contenait des étrangetés inspirées précisément par le docétisme. C'est bien l'impression que l'on ressent en lisant le fragment de cet évangile que les papyrus d'Egypte ont rendu, il y a peu d'années, à la lumière^.
Après Sérapion, qui mourut vers l'année 211, l'église d'Antioche élut pour évêque un confesseur appelé Asclépiade. C'est à cette occasion qu'Alexandre, évêque de Césarée en Cappadoce, confesseur lui-même et incarcéré, écrivit de sa prison aux fidèles d'Antioche une lettre
' Il aurait peut-être dû commencer par là, avant d'en autoriser la lecture.
' Au IVe siècle, le dialogue d'Adamantins et la rédaction mterpolée des lettres de saint Ignace insistent beaucoup contre cette doctrine.
3 Publié pour la première fois (1892j par M. Bouriant, dans le tome IX, fasc. 1, des Mémoires de la mission archéologique française au Caire; cf. Harnack, Texte ii. U., t. IX. — Origène (in Matth., X, 17) parle aussi de l'évangile de Pierre, où il était dit que les frères de Jésus étaient des fils de Joseph et d'une première femme. Le fragment Bouriant correspond à la fin du texte, à l'histoire de la Passion et de la Résurrection.
XhjCHESîŒ. Ilist. anc. de l'Eijl. - T. I. 29
qui leur fut portée par Clément d'Alexandrie ^ ; elle contenait de grands éloges du nouvel évêque. C'est tout ce qu'on sait d'Asclépiade ; sur son épiscopat, comme sur les suivants, ceux de Philetus et de Zebinus, nous n'avons aucim renseignement ^ Après eux vient Babylas, qui siégea jusqu'à la persécution de Dèce : il en a été question à ce propos ^.