‹ Histoire ancienne de l'église (volume 4)Chapitre 9 sur 68 · J-Q CHAPITRE · texte numérisé non relu

J-Q CHAPITRE

» ganle qu'on ne vous trompe avec de la philosophie et de » vains mensonges dénm's de la tradition des hommes, » conformes aux éléments du monde, non à Jésus-Chrid. » Car c'est en lui qu'habite corporellement toute la pléni- » tude de la divinité: en lui vous jouissez de cette pléni- » tude: il est la tête de tout Principe et de toute Pnis- » sance': en lui vous avez été circoncis d"une circon- » cision qui n'est pas de main d'homme: vous avez » dépouillé votre chair corporelle par cette circoncision » du Christ: vous avez été ensevelis avec lui dans le » baptême ; avec lui vous êtes ressuscites par la foi à la » puissance de Dieu qui l'a ressuscité, lui, d'entre les » morts. Tous étiez morts par vos péchés et votre incir- » concision corporelle : il vous a vivifiés avec lui-même, » vous remettant tous vos péchés. Il a effacé le décret » de notre condamnation: il Fa supprimé en l'attachant » à la croix: il a vaincu les Principes et les Puissances; » il a montré hardiment leur faiblesse par son triomphe » sur eux » ,

« (lue personne ne vous critique au sujet du manger » et du boire, des fêtes, des néoménies^ des sabbats. Tout » cela c'est l'ombre de l'avenir : de cet avenir qui, devenu » présent, appartient à Jésus-Christ. Que personne ne » condamne vos efforts, ne vous abaisse ^ dans le culte » des anges, ne vous en impose par ses visions, enflés » que sont ces gens-là par le vain orgueil de la chair.

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LES PREMIÈRES HÉRÉSIES Tl

» Ils ne se tiennent pas à la tête, à laquelle tout le corps ^> est relié et qui eu tire sa vie et sa croissance selon » Dieu. Avec le Christ vous êtes morts aux éléments » du monde. Pourquoi alors, comme si vous viviez dans » le monde, venez-vous dogmatiser ainsi: Xe prenez pas, » ne mangez pas, ne touchez même pas à ces choses dont » l'usage souille, car il est abusif. Ce sont là des j^réceptes » et des enseignements humains, qui ont sans doute ime » apparence de raison clans leur système de superstition, » d'abaissement de l'esprit et de se'verite' enfers la chair, » mais au fond rien d'honorable, rien qui ne tende à » la satisfaction de la chair » .

De ces textes on déduit cpie les adversaires combattus par saint Paul cherchaient à introduire: V des observances de fêtes, de néoménies, de sabbats: 2° des abstinences de certains ahments et des pratiques d'himiiliation: 3° un culte des anges. Peut-être était-il encore question de la circoncision (II, 11 i. qui semble être visée par le terme d'humiliation. Tout ceci a un aspect assez judaïque, mais nous ne sommes plus dans la controverse de l'épître aux Galates. Il ne s'agit plus de l'opposition entre la Foi et la Loi, mais de rites spéciaux, coordomiés à des doctrines particulières, que l'on songe à établir au dessus du fondement de la prédication apostoKque.

Derrière ces obsel'^-ances apparaît un dogmatisme spécial, dont le trait prédominant est mie importance excessive donnée aux anges \ Saint Paul n'entre pas dans le

Le.s Esséniens attribuaient une vertu particulière à la connaissance des noms des anges (Josèphe, Bell', jud.. II. 8, 7);.

détail: il expose plutôt sa doctrine qu'il n'analyse celle de ses adversaires. Mais l'insistance avec laquelle il affirme que tout a été créé par et pour Jésus-Christ, qu'il a la première place dans l'œuvre de la création et dans celle de la rédemption, montre bien que les docteurs de Colosses avaient cherché à diminuer le rôle du Sauveur dans l'esprit des fidèles de Phr^-gie. Nous verrons plus tard des systèmes hérétiques opposer les anges à Dieu, leur attribuer la création du monde et la responsabilité du mal, tant moral que physique. Ici les rapports de Dieu et des anges sont tout différents. Les anges ne sont pas les ennemis de Dieu, puisqu'on leur rend un culte et qu'on a besoin d'eux pour compléter l'œuvre du salut, laissée inachevée par le Christ. Cependant ces intermédiaires entre Dieu et le monde, ces distinctions d'aliments, ces abaissements de la chair, sont des traits qui permettent de rattacher aux gnoses judaïsantes que nous verrons bientôt apparaître les fausses

ils pratiquaient aussi diverses abstinences. Quoique leur institution eiit un caractère local, il y avait pourtant des Esséniens en dehors d'Engaddi, répandus dans les villes et vivant au milieu des autres juifs, tout en maintenant leurs propres observances. Le culte des anges reparut en Asie au IV® siècle, et précisément aux environs du LycRis. Le fameux sanctuaire de saint Michel à Khonae, près de l'ancienne Colosses (Bonnet, Xorrafio de miraculo a Michaele Archangdo Chonis ijatrato; cf. Bïill. critique, 1890, p. 441) peut remonter à ce temps-là. Le concile de Laodicée (can. 35) signale des coteries religieusse qui tenaient des assemblées en l'honneur des anges et les invoquaient par leui's noms. En dehors des trois anges que mentionne la Bible, les juifs en connaissaient beaucoup d'autres, Uriel, Jérémiel, etc.

LES TREMIÈRES HÉRÉSIES 73

doctrines que saint Paul dut extirper de Féglise de Colosses K

Telle est Vk-iy^oiGi: inculquée par l'apôtre. Le progrès dans la foi objective est le progrès de la conception du Clirist. On peut remarquer que les expressions employées dans ces épîtres ne visent pas les rapports entre le Christ et son Père céleste. Le mot de Verbe n'est pas prononcé. Paul n'en a pas besoin, car il ne se préoccupe que des rapports du Christ et des créatures. On prétend l'abaisser au rang des anges: il le relève au dessus de toute créature, et ce n'est pas seulement la première place qu'il lui donne: il fait de lui la raison d'être, la fin, l'auteur même de la création.

A cette haute conception du Christ se rattache la théorie de l'Eglise \ L'Eglise est l'ensemble des êtres auxquels est appliquée l'œuvre du salut. Cette application est faite par Dieu aux hommes de toute origine, Grecs, Juifs, Barbares, Scythes, esclaves, hommes libres, et cela par un don gratuit. L'Eglise ainsi recrutée tient tout de Jésus-Christ : il en est la raison d'être, le principe vital, la tête, le chef II est descendu du ciel pour la constituer, en opérant sur la croix l'œuvre du salut;

^ Ou prétend quelquefois que saint Paul a en vue ici des hérésies gnostiques, parce qu'il parle d'éons et de plérôme. Mais c'est Paul lui-même, non ses adversaires, qui emploie ces termes, et cela en des sens différents de oenx qu'ils auront chez les \ alentiniens. Ce sont les Gnostiques qui ont emprunté ces mots à saint Paul, tout comme ils ont pris à saint Jean ceux de Logos, Zoé, etc.

- Eph., IV; cf. CoL, in, 11.

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remonté au ciel, il opère en elle la propagation et la perfection de son œuvre. Il a institué dans son sein les différents degrés du ministère ecclésiastique, les apôtres, les prophètes, les évangélistes, les pastours, les docteurs, en vue de l'adaptation des saints à l'œuvre commune, à l'édifice sacré qui est le corps du Christ. Sous l'effort du Christ, transmis par ces instriunents, nous croissons tous dans une miême foi, une même science (è-t'yvoiÇ'.:), foi et science dont l'objet est toujours le Fils de Dieu, et nous arrivons à Taccomplissement de notre vocation, à cet âge d'homme qui est la possession du Christ dans toute sa plénitude.

Ainsi, dans l'Eglise, toute vie doctrinale vient de Jésus-Christ, tout progrès en science procède de lai et tend à mie connaissance plus parfaite de lui et de ce plérôme, de cette plénitude divine qui habite en lui. Toute la vie chrétienne va de lui à lui. Cette forte pensée trouvera plus tard une image dans l'A et VO) de saint Jean.

Le danger qui menace cette croissance doctrinale, ce sont les vains enseignements des faux docteurs, variables comme le vent et les hasards du jeu, procédant de la malice humaine et conduisant artificieusement à l'erreur les esprits encore mal assis dans la vraie foi \ Paul laisse même entendre que ces systèmes étrangers à l'enseignement traditiomiel aboutissent à la justification de la con-uption charnelle.

' Eph., IV, 17-24.

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La suite des événements ne justifia que trop les appréhensions de l'apôtre. Les documents dont nous disposons pour apprécier ces premiers stades de l'hérésie nous transportent, il est vrai, assez loin du temps où saint Paul écrivait aux Colossiens: ils sont du reste plutôt polémiques que descriptifs. Mais il en résulte clairement que, longtemps même avant Fapparition des fameuses écoles gnostiques sous le règne d'Hadrien, des enseig-nements analogues aux leurs s'insinuaient un peu partout, divisant les fidèles, pervertijssant TEvangile, et tendant à le transformer en une sorte de justification des faiblesses humaines. ;.

Telle est la situation qui se révèle dans les lettres dites Pastorales, dont deiix, adressées à Timothée, semblent viser une situation asiatique. Les prêcheurs d'hérésie n'y sont plus indéterminés, comme dans Tépitre aux Colossiens: leurs noms sont indiqués: Hyménée Philète, Alexandre. Ils se posent en docteiu's de la loi (v&fAo^'.^â<7xa).oi): leurs enseignements sont des fables judaïques: ils s'adressent aux esprits faibles, cui'ieux, tourmentés de la démangeaison d'apprendre, aux femmes en particulier, les occupant de questions sottes autant que subtiles, de mythes, de généalogies interminables. Dans la pratique on inculque Taversion pour le mariage et pour certains aliments. Quant à la résurrection, elle est déjà faite, cest-à-dire qu"il n'y a qu'une résurrection morale. En dehors du danger que la foi court dans les entretiens avec ce^ prétendus docteurs, il y a là une «ource de querelles où s'usent les liens' de la charité.

Les Pastorales nous représentent saint Paul affligé de constater tant d'ivraie dans sa moisson apostolique. En d'autres documents des hérésies et de la sollicitude qu'elles excitaient chez les chefs de l'Eglise, ce n'est plus seulement la tristesse Cjui se révèle, c'est Tindignation: ainsi, dans la lettre de saint Jude, dans la seconde épître de saint Pierre, dans l'Apocalypse de saint Jean. Les hérétiques sont dénoncés comme des théoriciens d'immoralité, qui mettent la grâce de Dieu, l'Evangile, au service de la luxure: les plus terribles châtiments leur sont réservés par la justice divine. Ici encore il est question de mj^thes subtils, habilement combinés: d'autres détails sont réprouvés, mais avec plus d'énergie que de clarté.

Saint Jean aussi, dans les sept lettres par lesquelles s'ouvre l'Apocalypse, se montre fort irrité. Dans les églises d'Asie ' sévit une propagande à conséquences immorales. Elle autorise la fornication et les viandes provenant des sacrifices païens. L'enseignement sur lequel se greffe cette morale relâchée n'est décrit nulle part: il est caractérisé par mi terme énergique: les profondeurs de Satan. Les faux docteurs se disent apôtres et ne le sont pas, se prétendent juifs et ne sont que la s;)magogue du démon. Par deux fois ^ ils sont désignés : ce sont des Xicolaïtes.

Ce n'est sûrement pas avec de tels renseignements que l'on peut se faire une idée des erreurs propagées

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