ORIGINES DE L'ÉGLISE ROMAINE
des éléments dont se composait la jeune communauté. Comme la plupart des autres, elle était née d'un schisme du judaïsme local. Dans cette séparation, un certain nombre de juifs de race, un nombre probablement plus grand de païens à demi-convertis (ooêo'jjj.îvoi tov jso^^) avaient été entraînés et s'étaient formés en un groupe nouveau, où ils vivaient en bonne intelligence, les premiers avec peu de chances de se voir renforcés par un recrutement considérable, les autres ayant devant eux l'avenir de la propagande.
Un tel terrain était de plain pied avec celui où Paul opérait depuis douze ans. La situation de Tégiise romaine, c'était celle de l'église d'Antioclie, abstraction faite de l'incident passager entre Paul et Pierre : c'était celle des églises de Galatie, de Macédoine, de Grèce, d'Asie, ■ tant que la contremission judaïsante n'y fut pas venue porter le trouble. Il est impossible de mesurer exactement, à une date déterminée, la proportion des éléments judéo-chrétiens et pagano-chrétiens qui pouvaient se rencontrer dans le groupe romain. Une chose est sûre, c'est que. une fois consommé le divorce avec la synagogue, l'avenir apparaissait plus favorable, beaucoup plus favorable, au recrutement chez les païens. Cependant il n'y avait encore eu aucune lutte. Les fanatiques de Jérusalem ne s'étaient pas montrés : les questions qu'ils venaient de soulever en Galatie et ailleurs ne se posaient pas encore à Rome.
Qu'arriva-t-il les années suivantes ? Paul, arrêté à Jérusalem et retenu deux ans en Palestine, dut ajourner
ses projets de voyage en Espagne. Lorsqu'il vint en Italie (61), sous escorte et comme accusé devant le tribunal impérial, il trouva des chrétiens à Pouzzoles, qui lui firent bon accueil. Ceux de Eome se portèrent au devant de lui sur la voie Appienne.
Aussitôt installé \ il se ménagea une entrevue avec les juifs les plus considérables (to-j; ô'vtz; twv 'lo-ji^zioiv -pwTou;) de E-ome et se mit à leur parler de l'Evangile, comme s'ils ne l'eussent point déjà connu. Le résultat fut ce qu'on pouvait attendre : quelques adhésions nouvelles, xme résistance marquée de la part des chefs -.
La captivité de Paul se prolongea deux ans. Un seul de ses écrits d'alors, l'épître aux Philippiens, nous ouvre quelques perspectives sur ce qui se passait autour de lui. Les gens de Jérusalem avaient enfin trouvé, eux aussi, le chemin de Rome : l'évangile était annoncé non seulement par des amis de l'apôtre, mais aussi par ses ennemis. Lui-même faisait sensation dans le « prétoire » . En somme, sa présence à Pome était plutôt avantageuse à la propagation du christianisme : les chrétiens se montraient plutôt confiants qu'abattus. Ce bon résultat atténuait pour lui le chagrin de voir s'attacher à ses pas
1 D'après ime variante ou glose très ancienne de AcL, XXVIII. 16. Paul aurait été remis, avec les autres prisonniers, au commandant des Castra peregrinorum. Ce quartier se trou- " vait sur le Cœlius, à l'est du temple de Claude, vers l'hôpital militaire actuel. Paul obtint d'habiter en dehors du quartier, extra castra. Cf. Sitzuugsber. de l'acad. de Berlin, 1895, p. 491-503 (Harnack et Mommsen).
2 Act., xxvm.
ORIGTXES DE l'ÉGLISE ROMAINE 59
une opposition judaïsaute que ses chaînes elles-mêmes, portées pour la foi commune, ne parvenaient pas à désarmer.
Son procès finit par être jugé. Comme les procurateurs Félix et Festus, comme le roi Agrippa II lui-même, le tribmial impérial estima que Paul n'avait rien fait qui méritât la mort et la prison.
Remis en liberté, il en profita, sans doute, pour aller en Espagne, où les origines chrétiennes semblent bien se rattacher à son apostolat \ Il revit aussi ses chrétientés de la mer Egée ; de ce dernier voyage il nous reste des traces importantes dans les lettres dites Pastorales, à Tite et à Timothée.
De la primitive église romaine plusieurs membres sont connus, par leurs noms tout au moins. Dès avant de venir à Rome, Paul j avait beaucoup d'amis : à la fin de son épitre aux Romains il salue expressément jusqu'à vingt-quatre personnes : Aquilas et Priscille, qu'il avait rencontrés déjà à Corinthe et en Asie, où ils lui avaient rendu de grands services, et qui étaient, à Rome, le centre d'mi petit groupe chrétien, d'une église domestique : Epénète, le plus ancien fidèle d'Asie : Marie, qui avait beaucoup travaillé à Rome pour la foi : Andronic et Junie, apôtres de renom, venus au Christ avant Paul lui-même ; Ampliatus, Urbain, Stachys, Apelles, Hérodion: Tr^^phaena, Tryphosa, Persis, trois bonnes ouvrières de l'Evangile ; Rufus et sa mère ; Asyncritos,
^ / C/em., 5.
Phlégon, Hermès. Patrobas, Hermas, qui formaient aussi, avec d'autres, un groupe spécial: Philologue, Julie, Xérée, sa sœur, Olympas, et les leurs: enfin deux groupes Tun de chez Aristobule, l'autre de chez Narcisse. Ce dernier nom est sans doute celui du célèbre affranchi de Claude, comme Aristobule est celui d'un petit-fils d'Hérode le Grand, qui vivait à Eome en très bons termes avec ce même empereur. L'expression dont se sert saint Paul, « ceux d'entre les gens d'Aristobule, ... de Narcisse » , donne lieu de croire à des groupes recrutés dans la clientèle ou la domesticité de ces riches personnages \ Ecrivant de Eome aux Philippiens, Paul leur envoie entre autres le salut des fidèles de la maison de César. Plus tard, la finale de la H* épître à Timothée nous fournit les noms de quatre autres chrétiens de Eome, Eubule, Pudens, Linus. Claudia.
Ce Linus doit être le même dont le nom fig-ure en tête de la li^te épiscopale de Eome. Les noms de Pudens et de Priscille sont entrés dans des compositions légendaires sans autorité. Cependant il y avait à Eome, dès le IV* siècle, une église de Pudens et une de Prisque ou Priscille. Ce dernier nom était celui du plus ancien cimetière de Eome, et ce cimetière conservait les tombes d'an Pudens et d'une Priscille. On a retrouvé sur la voie Ardéatine une crypte funéraire chrétienne, ornée de peintures du temps des Antonins, sinon plus anciennes encore, et portant le nom d'un Ampliatus ^
' Liglitfoot, Philippians, p. 175.
2 De Rossi, Bu/L, 1881, p. 57-74.
ORIGINES DE l'ÉGLISE ROMAINE 61
Vers le temps où saint Paul recouvrait sa liberté, saint Pierre se transporta à Rome. Peut-être y était-il venu auparavant: cela est possible, mais non démontrable. De son activité apostolique en ce milieu aucun détail n'est connu. Les écrits, canoniques ou autres, qui nous sont parvenus sous son nom, ne contiennent, à ce sujet, aucun renseignement.
Mais le fait même de son séjour à Rome a porté de telles conséquences et suscité de si graves controverses qu'il vaut la 23eine de se rendre compte de son attestation.
Passé le milieu du second siècle nous trouvons sur ce point une tradition précise et universelle. Il suffit <le citer Denys de Corinthe pour la Grèce, Irénée pour la Gaule, Clément et Origène pour Alexandrie, Tertullien pour l'Afrique. Quant à Rome, Caïus y montre, vers l'an 200, les tombeaux des apôtres \ Dès le IIP siècle on voit les papes argumenter de leur qualité de successeurs de saint Pierre; nulle part ce titre ne leur est contesté. Pour toute la chrétienté, aussitôt que l'attention est éveillée sur les souvenirs apostoliques et sur les droits qui s'y rattachent, l'église de Rome est l'église de saintPierre : c'est là qu'il est mort et qu'il a laissé son siège. Toutes les controverses entre l'Orient et Rome laissent cette position intacte, et cela est bien remarquable, pour un fait si gros de conséquences.
^ Denys et Caïus dans Eus., II, 25; Clément, ibicL, VI, 14; Origène, ibid., III, 1; Irénée, Haer., III, 1, 3 (cf. Eus., V, 6, 8): Tertullien, Praescr., 36, Adv. Marcion., IV,. 5, Scorj)., 15, De Baptismo^ 4.
g2 CHAPITRE V.
Mais on peut remonter beaucoup plus liaut que le déclin ou même le milieu du II* siècle. Dans sa lettre aux Eomains \ saint Ignace d'Antioche vise leurs traditions apostoliques et nous montre ainsi qu'elles étaient déjà connues et acceptées en Asie et en Syrie. Après avoir adjuré les chrétiens de Eome de ne pas s'opposer à son martyre, il continue: « Ce n'est pas comme » Pierre et Paul que je vous commande: eux étaient » des apôtres, moi, je ne suis qu'un condamné » . Ces paroles ne sont pas l'équivalent de l'assertion : « Pierre est venu à Eome » : mais supposé qu'il y soit venu, Ignace n'aurait pas parlé autrement: supposé qu'il n'y soit pas venu, son raisonnement manque de base.
Du reste, il ne faut pas croire que la mort de saint Pierre ait été cbose obscure, rapidement oubliée dans l'Eglise. Sans parler des traces que l'on a cru pouvoir relever dans l'Apocah'pse et dans l'épître aux Hébreux, le dernier chapitre du quatrième évangile ^ contient une allusion fort claire au supplice de l'apôtre. Quel que soit celui qui a tenu ici la plume, il est sûr qu'il vivait au temps de Trajan ou bien peu après.
A Eome, naturellement, les souvenirs étaient encore plus clairs. Saint Clément ^, dans son célèbre passage
^ Ign. ad Eom., 4.
^ Joh., XXI, 18, 19: «Je te le dis en vérité, quand tu étais » jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où il te » plaisait ; mais quand tu seras devenu vieux, tu étendras les » bras, un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas > . Il (Jésus) lui dit cela, signifiant de quelle mort il 'Pierre) devait glorifier Dieu.
3 / Clem., 5, 6.
ORIGINES DE l'ÉGLISE ROMAINE 63
sur la persécution de Néron, réunit les apôtres Pierre et Paul avec les Danaïdes, les Dircés et autres victimes immolées à propos de l'incendie. Tous ensemble ils sont représentés comme formant un seul groupe (G'jrn^ooioHr,); ensemble il ont été pour les Romains, parmi eux, èv r.y.tvj un grand exemj^le de courage.
Il n'est pas jusqu'à saint Pierre lui-même qui ne documente son séjour à Home. Sa lettre aux chrétiens d'Asie-Mineure ' se termine par un salut qu'il leur envoie au nom de l'église de Babjdone (r, êv Ba^^uAcôv. (7'jv;x,ls/,T/,), c'est-à-dire de l'église de Rome. Ce symbolisme est fort connu, ne serait-ce que par l'Apocalypse.
Pendant l'été de l'année 64, un incendie terrible détruisit les principaux quartiers de Rome. Peut-être n'avait-il d'autre cause que le hasard: l'opinion, d'une voix unanime, accusa Néron de l'avoir allumé, ou tout au moins secondé. Pour détourner les soupçons, l'empereur rejeta la faute sur les chrétiens. Un grand nombre furent arrêtés, jugés sommairement et exécutés. Néron imagina de transformer leur supplice en spectacle; dans ses jardins du Vatican il donna des fêtes de nuit, où les malheureux, enduits de poix, dévorés par les flammes, jetaient sur les exercices du cirque une lumière sinistre. Tacite, de qui nous tenons ces détails, parle
^ / Pétri, y, 13. Quand même la lettre ne serait pas de saint Pierre, ce serait toujours une pièce très ancienne ; son auteur, en se servant du nom de T apôtre, se serait bien gardé de le faire écrire d'un endroit où il n'aurait 2?as fait ifn séjour connu de tout le monde.
gj^ CHAPITRE Y.
d'une multitude énorme, multitudo ingens. Il laisse bien voir que personne n'attribuait l'incendie aux chrétiens: cependant ils étaient mal réputés ; on les disait « ennemis du genre humain » . on racontait leurs désordres : il fallait que Néron fût bien détesté pour qu'on s'avisât, comme on le fit. d'avoir pitié d'eux.
Ceci, c'est l'appréciation * de Tacite, qui étend ici aux chrétiens l'injustice et le mépris dont il aime à accabler les juifs. Eeste le fait, les horribles scènes du Vatican et le témoignage rendu à leur foi par une multitude de fidèles, des deux sexes, car les femmes ne furent point épargnées ^ L'apôtre Pierre parait bien avoir été compris dans ces lugubres exécutions: c'est au Vatican, tout près du cirque de Néron, que se trouvait son tombeau, et la tradition sur le lieu de son supplice, si haut qu'on peut remonter, nous conduit au même endroit. C'est donc en 64 qu'il convient de placer son martyre ^ La même raison ne peut être allég-uée pour saint Paul. Lui aussi trouva à Eome le terme sanglant de sa carrière. Mais rien ne prouve qu'il ait été condamné à propos de l'incendie de Eome. La tradition, qui oublia bientôt la multitude des martyrs de l'an 64, rapprocha les deux apôtres et voulut qit'ils fussent morts non seulement la même année, mais le même jour.
1 Sur ce jugement, v. Boissier, Tacite, p. 146.
* Ce sont les Danaïdes et les Dircés de saint Clément.
3 Eusèbe le met en (37 ou 68; cependant, comme il indique en même temps la persécution de Néron, son attribution n'est pas sans' ambiguïté. La persécution de Néron, c'est-à-dire les supplices décrits par Tacite, commença à l'été de 64.
OmaiXES DE I/ÉttLISE ROMAIXE G5
Quoiqu'il en soit, quand les débris de la communauté romaine purent se rejoindre et se réorganiser, la jeune église se trouva consacrée par la haine de Néron, le sang des martyrs et le souvenir des deux plus grands apôtres. De leur vivant déjà elle était en grand renom parmi les fidèles du Christ. Paul, qui ménagea si peu ses Corinthiens et qui trouva tant de reproches à faire aux Galates et aux Asiatiques, n'eut pour les Eomains que des éloges. La lettre qu'il leur écrivit et qui prit place en tête de son recueil épistolaire, est un hommage rendu à leurs vertus. Quant à Pierre, le fait d'avoir été ses derniers disciples immédiats constitua pour les Eomains une prérogative importante. Au lendemain des scènes du Vatican commençait (6(3) la catastrophe de Jérusalem. Les chrétiens de la ville sainte n'échappèrent à la crise de leur nation qu'en se dispersant. On parla encore quelque temps d"uue éghse de Jérusalem : mais elle n'était plus à Jérusalem : son nom ne représentait qu'une série de groupe^ éparpillés dans toute la Palestine, surtout à Test du Jourdain, isolés des autres communautés chrétiennes, de plus en plus confinés dans leur parler sémitique et leur légalisme intransigeant. Le christianisme perdait son premier centre, juste au moment où l'église de Eome se trouvait mûre pour la succession. La capitale de l'empire devint bientôt la métropole de tous les chrétiens.
DcCHïsxE. Ilist. anc. de l'Egl. - T. I.
CHAPITEE Yl.
Les premières hérésies.
La curiosité religieuse et la spéculation chez les premiers clirétiens. — Epîtres aux Epliésiens et aux Colossiens. — Les semeurs de doctrines. — Judaïsme transcendant. — La ckristologie de saint Paul. — L'hérésie dans les Pastorales, dans l'Apocalypse. — Nicolaïtes et Cérinthiens. — L'hérésie dans les lettres de saint Ignace.
On voit par les premières épîtres de saint Paul avec quelle liberté s'exerçait alors la propagande évangélique. Les missionnaires allaient où l'Esprit les poussait, tantôt en des pays où l'Evangile n'avait pas encore été prêché, tantôt en des endroits où des communautés chrétiennes existaient déjà. De ceci Paul s'abstenait : il s'était fait une règle de ne point semer dans le champ des autres: s'il fit un assez long séjour à Eome, ce fut contre s,a volonté. Mais tout le monde n'avait pas le même scrupule. De là des conflits de persomies, d'autorités, même d'enseignements. La doctrine inculquée d'abord était naturellement très simple: elle s'encadrait,. comme j'ai essa^'é de le montrer, dans l'éducation religieuse Israélite. Mais la ferveur des premiers chrétiensétait trojD intense pour demeurer inactive. Dans l'ordre de la comiaissance elle se traduisait par une incessante avidité de savoir. Le retour du Christ, sa date, ses conditions et conséquences, la forme, la durée et presque
LES PREiUÈRES HÉRÉSIES 67
la topographie de son roj-anme, tout cela excitait au plus liaut degré la curiosité et produisait cette tension d'esprit dont témoignent les lettres aux Thessaloniciens. Quand on avait fini de disserter sur les obligations légales et sur les rapports entre le vieil Israël et la jeune Eglise, la personne du fondateur faisait, de son côté, travailler les esprits. Dans quelles conditions avait-il préexisté à son apparition en ce monde ? Comment le classer dans le personnel céleste? En quels rapports avait-il été, se trouvait-il présentement, avec les puissances mystérieuses que la tradition biblique, dans une certaine mesure, mais surtout les spéculations des école's juives interposaient entre notre monde et l'Etre infiniment parfait ?
Sur ces points et sur bien d'autres il pouvait y avoir lieu à des explications, qui venaient s'ajouter, se superposer au fond premier de l'évangélisation. C'est ce que saint Paul appelle la surédification {z7:ovA.o^0'j.r,). de laquelle procède une connaissance supérieure (ï-i^vonii). Il admet ce progrès dans l'instruction religieuse ; il y travaille même très efficacement. Mais il ne se dissimule pas qu'il j a plusieurs manières de développer l'enseignement premier, et que, sous prétexte de le compléter, on peut fort bien le pervertir \
C'est ce qui arriva dans ses chrétientés d'Asie: nous en avons le témoignage dans les lettres qu'il leur écrivit de sa captivité romaine. Je veux parler des épîtres aux
' / Cor.. III. 11-16.
g3 CHAPITRE VI.
Ephésiens et aux Colossiens. La première paraît avoir été une sorte de circulaire, dont des exemplaires furent adressés à diverses communautés. Elle ne présente aucun trait local. H n'en est pas de même de l'épître aux Colossiens, dont les destinataires sont bien déterminés. Un court billet s'y trouve joint, l'épître à Philémon.
Avec ces lettres nous sommes transporté à la lisière entre le pays phrygien et les anciennes régions de Lydie et de Carie. Hiérapolis, Laodicée, Colosses, trois villes importantes, s'élevaient de ce côté, à peu de distance l'une de l'autre, dans la vallée du Lycus. Paul n'avait pas évangélisé en personne cette partie de la province d'Asie: cependant on le reconnaissait pour maître spirituel. Sans doute il avait envoyé là quelqu'un de ses auxiliaires. Dans sa captivité il a-eçut la visite d'Epapliras, l'un des principaux chefs religieux de la région, qui le renseigna sur la situation intérieure de ces communautés. Paul se décida à écrire les deux lettres dont j'ai parlé et dont je vais extraire les passages propres à renseigner sur la crise doctrinale qui travaillait les esprits des chrétiens asiatiques.
Coloss. I, 15-20: « E (Jésus- Christ) est l image de Dieu » invisible, le premier-né de toute création, car par lui ^ » a été créé tout ce qui existe au ciel et sur la terre, » les choses visibles et les choses invisibles, même les » Trônes, les Dominations, les Principes, les Puissances ^,
1 'E-/ aÙTw, sémitisme.
» tout a été créé par lui et pour lui. H est avant tout » et tout se tient ^ en lui. Il est la tête du corps, de » l'Eglise. Il est le principe et le premier né des morts, » afin qu'en tout il occupe le premier rang; car en lui » il a plu ik Dieu) de faire habiter toute plénitude ^ » (Dieu) a voulu réconcilier tous les êtres par le sang » de sa croix, par lui-même, tout ce que la terre et le » ciel renferment » .
Coloss. II: «Je veux que vous sachiez quelles an- » goisses j'éprouve à votre sujet et au sujet de ceux » de Laodicée et de tous ceux qui ne m'ont pas vu en » personne. Je voudrais consoler vos cœurs, les fortifier « dans l'amour et les doter de toutes les richesses de » la pleine intelligence, les amener à une pénétration » plus haute ^ du mystère de Dieu, c'est-à-dire du Christ, » en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et » de la science ^ Je vous dis ces choses afin qiie per- » sonne ne vous détourne du vrai chemin par des paroles » malencontreusement persuasives; car si je suis absent » de corps, par mon esprit au moins je suis avec vous, » me réjouissant de vous voir dans l'ordre et la solidité » de votre foi au Christ. Comme vous avez reçu Jésus- » Christ, ainsi demeurez en lui, enracinés, solidement » bâtis, affermis dans la foi telle qu'on vous l'a enseignée, » abondant en eUe d'un cœur reconnaissant. Prenez
* n>.Tp(i)u,a.