‹ Histoire ancienne de l'Eglise (volume 5)Chapitre 42 sur 54 · Le judaïsme · texte numérisé non relu

Le judaïsme

Quant aux juifs \ leur opposition, déclarée depuis les origines, devenait de plus en plus irréductible. A la longue ils se relevèrent des catastrophes qui, depuis Néron jusqu'à Hadrien, s'étaient abattues sur leur nation. Les massacres dont ils payèrent, à la fin du règne de Trajan, leurs révoltes en Egypte, à Cyrène, en Chypre et en Mésopotamie, avaient sans doute diminué, en ces pays, l'importance de leurs communautés. Il en fut de même en Judée, après la guerre de Vespasien et surtout après la défaite de Bar-Kochéba (135). Les juifs durent quitter le pays; il ne leur fut plus permis d'approcher des ruines de Jérusalem et de la colonie

1 Sur ceci, v. le livre déjà cité de Schurer, Geschichte des jiidischen Volkes, 4e éd., t. I, p. 113-138 et 642-704.

d'iElia qui s'élevait sur l'emplacement de la cité sainte. D'autres colonies s'organisèrent en Judée et en Samarie, Neapolis, Emmaûs (plus tard Nicopolis), Diospolis, Eleutheropolis. La terre de Juda et d'Ephraïm passait définitivement des fils de Jacob aux enfants d' Edom K Les « restes d'Israël » se rassemblèrent à l' ouest de la Judée à Jamnia (Jabné), localité de la côte philistine, au sud de Joppé. Parmi leurs chefs on cite alors Johanan-ben-Sakkaï et Gamaliel le jeune. On parvint, grâce à la tolérance des gouverneurs, à s'organiser tant bien que mal. L'aristocratie sadducéenne avait péri dans l'insurrection ; ses faibles débris s'étaient réfugiés au loin, surtout dans les contrées mésopotamiennes, où il y avait encore des princes juifs ou judaïsants. Le temple était détruit; ce qui restait de prêtres et de lévites disparut bientôt par extinction. Il ne resta plus que les Pharisiens et les Scribes ou docteurs de la Loi. A ces derniers échut la direction, qui ne pouvait plus être politique, mais simplement religieuse. Le sanhédrin (T'jvi^piov), jadis le principal organe de la vie politique, ne pouvait être reconstitué. Il y eut tout de même un conseil, auquel on donnait quelquefois l'ancien titre; et ce conseil eut un président qui, à la longue, prit de l'importance et fut plus ou moins officiellement reconnu sous le nom de patriarche. Comme dans toutes les autres colonies juives, les chefs eurent la juridiction civile sur leurs ressortissants. Quant à la juridiction

1 Au temps où nous sommes, le nom d'Edom servait aux juifs, par une sorte de calembour, à désigner Rome et les Romains.

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criminelle, ils l'usurpèrent quelquefois. Cette organisation était soutenue par les offrandes des juifs de tous les pays. Des personnages qualifiés d'apôtre* allaient les recueillir, et, en même temps, procédaient à une sorte d'inspection.

La vie religieuse devint très fermée. Le temps des juifs libéraux, en coquetterie avec l'hellénisme et avec le gouvernement, est passé et bien passé. On ne tient plus à se faire bien voir des autres peuples ni surtout à recruter des prosélytes. En ceci on laisse le champ libre aux « Nazaréens » . On se replie sur soi-même ; on s'absorbe dans la contemplation de la Loi ; on met sa joie à l'observer dans toutes ses minuties. Sans doute il y a des points où il n'est plus possible de l'observer; mais qui sait si le culte aboli ne se rétablira pas un jour, si le Temple ne ressuscitera pas de ses ruines? J En attendant, il reste assez de prescriptions réalisables pour que la fidélité ait un objet précis et la vie religieuse un aliment quotidien.

La Loi était tout. L'enthousiasme qu'elle inspirait, les canonistes le traduisaient en commentaires. Le travail des Scribes continua dans l'exil. Lydda (Diospolis), non loin de Jamnia, devint le siège d'une école rabbinique très importante. Vers le milieu du IIe siècle elle fut remplacée par celle de Tibériade.

1 Les apocalypses de Baruch et d'Esdras, écrites dans la génération qui suivit la catastrophe, promettaient à bref délai la restauration d'Israël. Sur ces livres, v. Schùrer, op. cit., t. III, p. 223 et suiv.

C'est à Tibériade que se transporta aussi le conseil national avec son chef. C'est là qu'au IHe et au IVe siècle résident les patriarches juifs. La Galilée, à ce moment, était de nouveau remplie de juiveries florissantes: on cite celles de Capharnaùm, Sepphoris, Diocésarée, Tibériade, Nazareth; tout le pays de l'Evangile était couvert de synagogues, dont on voit encore les ruines l. C'est là que l'on forma les premiers recueils de commentaires sur la Loi. Le plus ancien qui se soit conservé, la Mischna, est de la fin du IF siècle; il ne comprend pas moins de deux mille sentences ou réponses des rabbins les plus célèbres, depuis Johanan-ben-Sakkai jusqu'à Judas le Saint, contemporain de Marc Aurèle et de Commode. Judas est considéré comme l'auteur de la Mischna 2. Ce recueil de jurisprudence ne tarda pas à prendre une grande autorité. Il devint, comme la Loi elle-même, un thème à discussions, et donna lieu à deux recueils de commentaires : l'un, formé en Galilée assez avant dans le IVe siècle, s'appelle le Talmud de Jérusalem; l'autre, sorti au siècle suivant des écoles juives du royaume de Perse, est connu sous le nom de Talmud de Babylone 3.

1 Sur ce milieu, v. les curieuses histoires rapportées par saint Epiphane, Haer., 30.

2 Un recueil un peu postérieur, la Tosrphta, n'est pas parvenu à l'autorité canonique dont jouit la Mischna parmi les juifs.

3 Dans les Talmuds il y a lieu de distinguer entre la Misc/n/a, qui leur est commune et qui forme le texte, d'une part: et, d'autre part, la Gemora, qui représente le commentaire et diffère d'un Talmud à l'autre.

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