CB IP1TBE XXVII
En dehors du centre palestinien, loin des autorités religieuses qui avaient succédé au sacerdoce aboli, la Diaspora continuait à s'étendre, sans faire de prosélytisme, uniquement par le mouvement des naissances. Sur ce point même, il y eut, à nn certain moment, des difficultés assez graves. La circoncision fut interdite par Hadrien. Il était impossible que les Jnifs se résignassent à observer une telle prohibition. Leur répugnance se traduisit par de nouvelles émeutes, si bien qu'Antonin révoqua l'interdiction et se borna à défendre de circoncire d'autres personnes que les enfants juifs, défense qui fut renouvelée par Sévère.
Ainsi la loi elle-même favorisait le confinement des juifs. Comme du reste elle continuait de les tolérer, ils se répandirent de plus en plus, s'occupant dans les bas emplois et dans le petit commerce. Au IVe siècle il y en avait partout. Les évêques se préoccupaient de leurs rapports avec les chrétiens, un peu enclins parfois à prendre part à leurs fêtes et à suivre leurs usages \
Les écrivains continuaient à discuter contre eux, comme l'avaient fait jadis Ariston et saint Justin. C'est toujours la même controverse. Les chrétiens veulent prouver l'Evangile par l'Ancien Testament et s'irritent quand les juifs n'acceptent pas leurs interprétations symboliques ou même contestent leurs citations.
1 Le concile d'Elvire, vers 300, interdit aux chrétiens de manger avec les juifs et de faire bénir par eux les récoltes fc. 49, 50;.
Il y avait eu jadis un judaïsme de langue grecque, capable de suivre de telles discussions. C'est pour lui qu'avait été faite la version des Septante. Au IIe siècle, discréditée par l'usage qu'en faisaient les chrétiens, elle fut abandonnée pour des traductions plus littérales. Celle de Théodotion représente une revision des Septante d'après l'hébreu reçu alors en Palestine ; celle d'Aquila est une version entièrement nouvelle, d'une minutie excessive et rebutante. Les polémistes pouvaient ainsi opposer version à version. A la longue, cependant, l'hellénisme fut éliminé tout à fait; les juifs abandonnèrent Aquila et Théodotion tout comme ils avaient délaissé les Septante. Dans leur service religieux ils s'en tinrent au texte hébraïque.
Paganismes anciens ou nouveaux, exotiques ou indigènes, philosophies mystiques, religions fraîchement écloses, judaïsme d'arrière-saison, autant de forces qui, au déclin du IIIe siècle, tenaient contre le christianisme. Il y en avait encore une, plus redoutable en apparence, mais d'hostilité intermittente, celle de l'Etat romain. Le destin de celle-ci était d'être vaincue et de passer au service de l'Evangile vainqueur. Toutefois ce changement ne s'accomplit pas sans une lutte terrible que nous avons maintenant à étudier.