‹ Histoire ancienne de l'EgliseChapitre 1 sur 26 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

J'ai mis le nom d'Eusèbe en tête de mon premier volume. C'est encore sous le patronage de l'évêque de Césarée que commence celui-ci. Les trois derniers livres de son Histoire ecclésiastique et les quatre de sa Vie de Constantin traitent à peu près le sujet de mes cinq premiers chapitres. Fidèle à son habitude de reproduire ses documents,' Eusèbo nous a conservé, pour le temps où il a vécu lui-même, un grand nombre de pièces officielles. On aimerait qu'il eût plus souvent donné la parole à ses souvenirs et à ses impressions; malheureusement, plus les événements se rapprochent de lui, plus il semble avoir peur de les voir et surtout de les raconter. En dehors de la glorification générale de l'Eglise et de l'éloge spécial de Constantin, tout est chez lui enveloppé de tant de réticences, de précautions oratoires, de sous-entendus, qu'on a souvent de la peine à savoir ce qu'il veut dire.

VI AVANT-PKUPOS

Api'èslui l'histoire de l'Eglise resta longtemps délaissée. Rufin d'Âquilée fut le premier qui se remit à l'œuvre. A sa traduction de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, exécutée au temps où Marie ravageait l'Italie, il joignit deux livres supplémentaires, où le récit est poursuivi jusqu'à la mort de Tbéodose (395). C'est un assez médiocre travail, rapidement bâclé, qui n'a d'intérêt que dans les dernières pages, alors que l'auteur raconte ce qu'il a vu lui-même.

Le sujet fut repris à Constantinople, peu avant le milieu du v' siècle \ par deux hommes du monde, Socrate et Sozomène. Le premier, à tout le moins, fit son profit de Rufin, qu'un certain Gélase avait mis en grec. Vers le même temps, Théodoret, évêque de Gyrrhos en Euphratésienne, entreprenait, lui aussi, de continuer Eusèbe. Enfin Philostorge, un arien de la nuance la plus avancée, eunomien ou anoméen, s'attacha au même travail, dans l'esprit de sa secte. Son livre ne s'est pas conservé ; nous n'en avons que des extraits, assez étendus.

i Le prèlre Philippe de Sidé avait publié, vers 430, sous le titre d'Histoire chrétienne, une immense compilation sans ordre et sans méthode. Elle est perdue; ce (ju'en disent Socrate (VII, 27) et Photius (cod. 35) n'est pas de nature à nous la faire regretter . l3ien vivement.

AVANÏ-PUOPOS VII

Pliilostorge est intéressant en ceci, qu'il nous permet d'entendre la voix d'un parti vaincu, partant réduit à un silence plus profond que ne le voudrait l'histoire. Théodoret nous consei've des traditions, des anecdotes, des légendes d'Antioche ; Socrate ' et-Sozomène nous rendent le même service pour Constantinople et la région voisine. Socrate avait beaucoup causé avec les Novatiens de la grande ville : ils lui avaient appris des choses curieuses sur leur église. Mais ce qu'il y a de plus important, c'est que les trois historiens orthodoxes ont travaillé sur des recueils de documents officiels, qu'ils reproduisent souvent des pièces originales, et que, même sans les reproduire ni les citer, ils en trahissent l'emploi par les détails de leur narration. Il suit de là que, d'autorité faible quand ils parlent d'après leurs souvenirs ou suivant des traditions orales, ils offrent de sérieuses garanties quand on peut retrouver sous leur texte le témoignage des documents contemporains. Cette distinction est toujours à faire ; elle m'a guidé, cela va sans dire, dans l'emploi de ces auteurs ; elle ne doit pas être perdue de vue dans l'appréciation des renvois que je fais à leurs ouvrages.

1 Bon travail de F. Geppert sur les sources de Socrate, dans les Studien zur Geschichte der Theoloçjie und der Kirche, t. III, fasc. 4, Leipzig, 1898.

Viii AYANT-PROPOS

Si nombre de pièces originales se sont trouvées à la portée de ces auteurs, c'est qu'il s'en était fait divers recueils, où il était aisé de les rencontrer. Saint Athanase en constitua un, vers 350, dans son « Apologie contre les Ariens », plaidoyer pro (hmw, où, réinstallé de fait sur son siège d'Alexandrie, mais déposé en droit, aux yeux de ses adversaires, il s'eôorce-^e montrer le mal fondé de la sentence de déposition, et d'établir qu'elle était annulée par des décisions plus autorisées. D'autres documents avaient été joints par lui à son traité « Les décrets du concile de Nicée », de peu postérieur à 1' « Apologie » S ainsi qu'à sa « Lettre aux Africains ». Son c( Histoire des Ariens, adressée aux moines » ,

1 G. Loeschcke, dans le hhein. Miisciim, t, LIX, p. 451, qui a cru pouvoir identifier ce recueil avec l'énigmatique Synodicon d'AUianasc; E. Schwartz, Nachrichtcn de Gottingen, 1904, p 391. Le Synodi(iue d'Athanase, allégué dans le ch. 13 de Socrate contenait la liste des évéques de Nicée. Or on n'en connaît qu'une, celle des collections canoniques, en diverses langues. Elle provient d'une rédaction constituée à Alexandrie vers la fin du iv'= siècle, (|ui contenait, outre le symbole et les canons de Nicée, quelques appendices apocryphes. E. Révillout (le concile de Nicée, 1881) et H. Gelzer (PP. Nicaenorinn nomina, éd. Teuhner, 1898, p. XLvni) rattachent cette pièce au concile d'Alexandrie de 362, sûrement à tort (cf. BuU. crit., t. I, p. 330). — Le passage de Socrate oîi le Synodique figure est interpolé, comme l'ont bien vu E. Preuschen {Theol. Lilz., 1902, p. 209) et E. Schwartz {Nachrichten, 1904, ]). 39')). Le texte primjtif est conservé par Théodore le Lecteur.

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