‹ Histoire ancienne de l'OrientChapitre 15 sur 47 · I . La Comagène · texte numérisé non relu

I . La Comagène

l'imposition d’un tribut, l’introduction du culte des divinités assyriennes dans le pays et l’expatriation d’une partie de ces populations dans l’intérieur de l’empire.

Tiglat-Piléser marche ensuite contre le pays de Kharia habité par de nombreuses tribus, que protègent des montagnes et des forêts d’un difficile accès. Il s’agit probablement de populations établies dans les hautes vallées qui couvrent l’Assyrie, vers le nord et le levant, du côté de l’Arménie et de la Médie.

C’est au sud que se portent les armées du monarque dans les expéditions suivantes, qui amènent la soumission du Nahiri (la région des rivières ou Mésopotamie), celle d’Andiabi, d’Amadana et d’Élama. On reconnaît ici la terre d’Élam, dont il est si souvent question dans les traditions bibliques, et l’Adiabène des auteurs classiques.

Les contrées de l’Orient sont soumises. L’inscription nous reporte ensuite au couchant.

« A la tête de mon armée, dit le roi, je marchai vers le pays d’Aram, ennemi de mon dieu Assour. J’arrivai à la ville de Karkamich (Gharchémis), qui appartient au pays des Khatti (les Chétas des inscriptions hiéroglyphiques) : je tuai les hommes de guerre, j’enlevai leurs richesses et leurs bestiaux, en quantités innombrables*. Ceux qui s’enfuirent devant les vaillants serviteurs du dieu Assour traversèrent l’Euphrate; je franchis le fleuve après eux dans des bateaux couverts de peaux, enduits de bitume*. Je pris six de leurs villes dans le pays de Bisri. Je les livrai aux flammes ; je les détruisis de fond en comble, et j’emportai leurs richesses dans ma cité d’ Assour. »

La Syrie ne fut pas le terme de ces expéditions. Téglat- Piléser attaqua ensuite l’Égypte. « Mon dieu Assour m’ayant commandé d’aller en avant, je marchai contre la grande con-

Ct. Isaïe, chap. x : « Les princes qui me servent ne sont-iis pas autant de rois? Chalanné m’est soumise comme Charchémis, Einath comme Arphad, Samarie comme Damas. C’est par la force de mon bras que j’ai fait ces grandes choses ; j’ai enlevé les anciennes bornes des peuples, j’ai pillé leurs trésors et j’ai arraché les rois de leurs trûnes. » a. Cf. Hérodote, liv. I, chap. cxxiv.

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trée de Misri (Mîsraïm des Hébreux), je me rendis maître du pays dans toute son étendue; j’en ravageai les cités. Les armées du pays de Koumani accoururent au secours du pays de Misri; je les joignis dans les montagnes et je les vainquis. »

Enfin, le roi nous apprend qu’il s’est* rendu maître de quarante-deux pays et de leurs rois, depuis la région qui est au delà du Zab avec ses plaines, ses forêts et ses montagnes, jusqu’à la contrée qui est au delà de l’Euphrate, jusqu’au pays des Khatti et à la mer supérieure du couchant.

Le roi rappelle ensuite les temples et les palais qu’il a construits ou réparés. Il dit quels canaux il a ouverts pour l’irrigation du pays, quels animaux utiles il y a introduits, quels arbres inconnus avant lui il y a propagés. « J’ai ajouté, dit-il en terminant ses annales, des territoires à des territoires, des populations à la population. J’ai rendu meilleure la condition du peuple, et je lui ai procuré l’abondance et la sécurité. »

A Téglat-Piléser succéda Sardanapale III le Grand, dont les exploits furent encore surpassés par ceux de son fils Salmanasar III.

Les expéditions de Salmanasar III, qui se succèdent d’année en année, sont dirigées, comme celles de son aïeul Téglat-Piléser, tantôt au nord, du côté de l’Arménie ; tantôt à l’orient et au sud-est, vers la Médie et les tribus montagnardes de la Perse ; tantôt enfin à l’ouest, vers les pays syriens et la contrée de Khamâna (les pays voisins de l’Amanus).

« Dans la onzième année de mon règne, dit le royal narrateur, je sortis de la ville de Nineveh et, pour la neuvième fois, je traversai l’Euphrate. Je pris les quatre-vingt-sept villes appartenant à Aralonza, et cent villes appartenant à Arama, et je les livrai au pillage. Je réglai ce qui regardait le pays de Khamâna, et, passant par le pays de Jéri, je descendis aux villes de Hamath, et je pris la ville d’Esdimak avec quatre-vingt-neuf villes qui en dépendent, exterminant les ennemis d’Assour et enlevant leurs trésors. Hémithra, roi d’Atesch, Arhouléna, roi de Hamath, et les douze rois de

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du neuvième siècle ou au commencement du huitième avant Jésus-Christ. Sans douté Sémiramis, après la mort de son mari, aura illustré son administration par quelqu’une de ces grandes guerres qui remplissent la période que nous étudions en ce moment, et les Perses longtemps après auront associé son nom à celui du premier fondateur de l’empire. Ce qui est certain, ce qui nous est attesté par Hérodote lui-même, c’est qu’on lui attribuait les premiers embellissements de Babylone; qu’elle en avait agrandi l’enceinte, qu’elle y avait élevé des monuments magnifiques et en avait fait une cité vraiment royale. Hérodote lui attribue, en particulier, les fameuses digues destinées à préserver de l’inondation les plaines basses de la Mésopotamie.

Sémiramis fut probablement la mère de ce roi si tristement connu sous le nom de Sardanapale, et qui fut dépossédé par les satrapes révoltés de Médie et de Babylonie, Arbacès et Bélésis. Suivant la tradition qui nous a été transmise par Diodore, ce fut un prince fainéant, et son nom est resté l’emblème d’une vie molle et efféminée". Tout le monde connaît l’épitaphe qui résumait d'une manière si tristement expressive le règne de ce prince.

Il doit y avoir sur ce point de l’histoire assyrienne quelque confusion. La défense vigoureuse du dernier Sardanapale, la lutte prolongée et longtemps heureuse qu’il soutint contre les confédérés, son genre de mort, lorsqu’il se vit écrasé sous le nombre de ses ennemis, semble incompatible avec les honteuses voluptés qui remplirent sa vie. L'épitaphe dont il s’agit doit s’appliquer à un autre Sardanapale, car on en compte plusieurs dans la dynastie. D’ailleurs le Sardanapale de Diodore était le trentième roi depuis Ninus, et Bérose en compte quarante-cinq dans la dynastie. 4

Quand on sait, du reste, que jamais les monarques assyriens ne purent parvenir à vaincre et à réunir en un seul corps de nation les nombreuses populations qu’ils avaient soumises par les armes, quand on voit au commencement de chaque règne, pour ainsi dire, la révolte éclater tantôt sur un point, tantôt sur un autre, il n’est pas nécessaire, pour expliquer le

succès ds la révolution de 788, de supposer que le monarque qui régnait alors fût nécessairement un prince incapable ou perdu de débauche.

Quoi qu’il en soit, le sentiment de l’indépendance nationale se réveilla chez les peuples vaincus, et Sardanapale fut renversé par une insurrection qui détruisit le premier empire assyrien.

Les deux principaux chefs du mouvement furent Arbacès, alors commandant du contingent annuel des troupes de la Médie, et Bélésis, le chef des Babyloniens, qui était en même temps un des membres les plus influents de la caste des Ghaldéens. Ces deux personnages se concertèrent avec les autres chefs et résolurent de renverser Sardanapale. Arbacès s’engagea à soulever les Perses et les Mèdes, tandis que Bélésis insurgerait Babyîone. Au bout de l’année, les chefs rassemblèrent leurs soldats au nombre de quarante mille devant Ninive, sous prétexte de relever, selon l’usage, les troupesde l’année précédente. Sardanapale, tiré brusquement des voluptés du sérail, se montra tout à coup plein d’ac tivité et de courage; il se mit à la tête de l’armée qui lui restait, affronta les rebelles et les battit complètement; il triompha encore des révoltés dans deux autres rencontres, et déjà les conjurés commençaient à désespérer du succès, lorsque Bélésis, appelant la superstition au secours d’une cause qui semblait perdue, leur déclara que s’ils voulaient tenir encore cinq jours, les dieux, dont il avait consulté la volonté en observant les astres, leur assureraient infailliblement la victoire.

En effet, quelques jours après, un puissant renfort qui arrivait de la Bactriane au secours du roi, prit parti pour les rebelles et leur donna la victoire. Sardanapale alors se renferma dans Nivive, bien déterminé à s’y défendre jusqu’à la mort. Le siège dura deux ans, car on ne savait encore qu’entourer une place et attendre que la famine la forçât d’ouvrir ses portes. Sardanapale ne redoutait rien, se confiant en un oracle qui avait déclaré que Ninive ne serait jamais prise, à moins que le fleuve ne devînt son ennemi. Mais voilà que, la troisième année, il tomba des pluies si abon-

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dantes que les eaux du Tigre inondèrent une partie de la ville et renversèrent un mur dans une étendue de vingt stades. Alors le roi, persuadé que l’oracle était accompli, désespéra de son salut, et pour ne pas tomber vivant aux mains de l’ennemi, il fit dresser dans son palais un immense bûcher sur lequel il plaça son or, son argent, ses vêtements royaux ; puis, s’enfermant avec ses femmes et ses eunuques dans une chambre construite au milieu du bûcher, il disparut dans les flammes. Ninive ouvrit ses portes aux assiégeants et fut en partie détruite. L’empire fut renversé, et les peuples qui avaient pris part à la révolte formèrent des États indépendants, les Mèdes sous Arbacès, les Babyloniens sous Bélésis. Quant à l’empire assyrien, il fut réduit aux modestes proportions de l’ancien royaume de Ninive (788 avant Jésus- Christ).

Second empire assyrien.

Ninive se releva assez promptement du désastre qu’elle venait d’essuyer, ét, bien qu’elle ne régnât plus sur la haute Asie ni sür la Chaldée, elle ne tarda pas à redevenir une puissance redoutable. Contenus au nord et à l’est par les Mèdes et les Perses, au sud par les Babyloniens, les Ninivites tournèrent leurs armes à l’occident, où le commerce et la civilisation avaient entassé d’immenses richesses. La division qui régnait parmi les royaumes de Juda et d’Israël et la faiblesse des petites principautés syriennes semblaient d’ailleurs leur promettre une conquête facile.

Ce fut vers le milieu du huitième siècle que Phul ou Phal, roi d’Assyrie1, voulant profiter des troubles qui agitaient le royaume d’Israël, résolut d’en tenter la conquête. Manahem venait de monter sur un trône qu’il avait souillé par le meurtre de son prédécesseur; il ne put détourner l’orage qui le menaçait, qu’en se reconnaissant tributaire de Phul, auquel il paya mille talents (742). A ce prix, Israël fut délivré, mais les rois d’Assyrie avaient retrouvé le

t. Le même que Bélésis, suivant quelques-uns; il aurait ainsi régné pendant quelque temps sur Babylone et sur Ninive.

chemin de la Judée. Vers ce temps régnait en Juda ud prince impie et méchant, Achaz. Phacée, roi d’Israël , et Razin, prince de Damas, s’unirent contre lui. Le roi de Juda appela à son aide le successeur de Pliul, Tiglat-Piléser IV. Ce monarque attaqua les rois ligués, tua Razin, s’empara de Damas, sa capitale, et en transporta les habitants dans ses États. Mais Achaz paya cher le service que lui avait rendu le roi d’Assyrie; il fut obligé de lui envoyer un tribut, de donner place dans le temple de Jéhovah h l’image impie d’une divinité assyrienne et d’aller rendre hommage lui-même , à Damas , au roi de Ninive. Le royaume d’Israël subit alors un premier démembrement; Tiglat-Piléser envahit la contrée de Galaad , la Galilée, la terre de Nephtali, et emmena les habitants captifs en Assyrie. C’est là le commencement de la captivité des dix tribus.

En vain Isaïe multipliait ses terribles avertissements, en vain il menaçait Israël de la colère du Seigneur. « Le Seigneur fera venir sur vous des temps si malheureux, par les armes du roi des Assyriens, qu’on n’en aura jamais vu de semblables depuis le jour qu’Éphraïm se sépara de Juda. Il appellera d'un coup de sifflet la mouche qui est à l’extrémité des fleuves d’Égypte et l’abeille qui est au pays d’Assur. » Le roi d’Israël ne voulut pas reconnaître les signes qu’Isaïe lui montrait, quoiqu’ils fussent clairs pour tous. L’Egypte aussi songeait à sortir de ses frontières, et à arrêter les progrès des Assyriens à l’ouest de l’Euphrate. La Palestine devenue le champ de bataille des deux empires ne pouvait manquer d’être écrasée dans le choc. Ce fut Israël qui tomba le premier. Salinanasar IV continua l'œuvre de son prédécesseur, marcha contre Osée et lui fit payer tribut; mais quelque temps après, Osée s’affranchit de cette dépendance et rechercha l’alliance de Sua, roi d’Égypte. Salmanasar revint en Israël, attaqua Saruarie, la capitale, qui fut prise au bout de trois ans. Il transporta les Israélites dans le pays des Assyriens, et les établit dans les villes mèdes de Hala, de Habor, près du fleuve Gozan. Pour s'assurer la possession du pays qu’il avait conquis, le roi d’Assyrie y envoya des co-

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Ions tirés de la Babylonie, de Cutlia, d’Avab, d’Hamath et de Sépharvaïm.

Salmanasar IV est-il le même que ce roi Sargon dont parle Isaïe1, et qui éleva ce palais dont M. Botta a retrouvé à Kborsabad les magnifiques débris ? C’est une question qui ne semble point encore résolue. Ce qui est certain, c’est que, grâce à cette importante découverte, de tous les rois de Ninive Sargon est peut-être celui que nous connaissons le mieux. Conquérant comme son prédécesseur, nous le voyons diriger ses efforts contre les provinces de l’ancien empire, qui avaient repris ou tenté de rétablir leur indépendance. Babylone ellemême retomba de nouveau sous le joug de son antique suzeraine. Sur tous les autres points, dans le pays d’Élam, en Arménie, dans la haute Mésopotamie, dans la basse Égypte et jusque dans l’ile de Chypre2 3, les armes assyriennes recouvrent leur ancienne suprématie, et sous ce règne glorieux la monarchie se trouve reconstituée (721-702).

Laissons, du reste, ce monarque raconter lui-même ses exploits à la postérité.

* Voici ce que j’ai fait, dit-il dans la grande inscription dé Khorsabad, depuis le commencement de mon règne jusqu’à ma quinzième campagne.

« J’assiégeai, j’occupai Samarie et réduisis en captivité 27 280 personnes qui l’habitaient,

* Hanon, roi de Gaza, et Sebech, sultan d’Égypte, se réunirent à Rapih (Raphia) pour me livrer combat ; ils vinrent en ma présence, je les mis en fuite. Sebech s’enfuit, et jamais on n’a revu sa trace.

« J’imposai des tributs à Pharaon, roi d’Égypte, à Samsië, reine d’Arabie, à Itymyar le Sabéen, de l’or, des herbes odorantes, des chevaux, des chameaux *.

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